RFI – Reportage, la rue Nikolskaïa en effervescence pendant la Coupe du Monde

La rue de la fête pendant le Mondial. C’est la rue Nikolskaïa en plein centre de Moscou. Elle est devenue, malgré elle, le point de ralliement des supporters du monde entier. Jour et nuit, des milliers d’entre eux viennent y faire la fête et ils bravent, sans le savoir, des interdits sur lesquels les policiers russes ferment exceptionnellement les yeux. Paul Gogo.

Reportage sur Soundcloud : https://soundcloud.com/paul-gogo/accents-deurope-reportage-nikolskaia

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À Kaliningrad, les Russes regardent vers l’Ouest

Reportage à retrouver sur Ouest-France

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Dans cette enclave russe nichée entre la Pologne et les pays Baltes, les habitants sont aux premières loges quand les relations se tendent entre Moscou et l’Europe.

« Je n’ai jamais mis les pieds en Russie, à Moscou ou Saint-Pétersbourg », explique Julia, employée de 32 ans. La Russie, elle y vit pourtant, à Kaliningrad, cette enclave russe de 200 km² entre la Lituanie et la Pologne. Mais d’aucuns ici font un distinguo entre le petit territoire, l’ancienne Königsberg allemande rattachée à l’URSS en 1946, et le reste de la Russie.

Cette région ultra-militarisée de près d’un million d’habitants a longtemps été fermée, mystérieuse. « Les choses ont changé. Aujourd’hui, la population augmente, des entreprises investissent, les étrangers sont les bienvenus », explique Vadim Khlebnikov, rédacteur en chef adjoint du média indépendant Novyi Kaliningrad.

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70 % des gens ont un visa Schengen

Pour autant, certains lieux sont déconseillés aux étrangers, notamment la proximité des installations de l’armée, employeur numéro un de cette région. La flotte de la Baltique y a son siège, des missiles Iskander y sont déployés face à la présence de troupes de l’Otan en Europe de l’Est.

Le début, hier, des manoeuvres Saber Strike en Pologne et dans les pays Baltes, impliquant 18 000 soldats de l’Alliance atlantique jusqu’au 13 juin, est suivi de près. « Le moindre regain de tension se ressent d’abord chez nous », souligne Vadim Khlebnikov.« Cela ne nous inquiète pas, acquiesce Olga, employée de bureau de 33ans. Mais nous subissons les conséquences plus quà Moscou. »

Près de 70 % des habitants ont un visa Schengen dans leur passeport, délivrés par les consulats lituanien, allemand ou polonais installés à Kaliningrad. « Les récentes tensions internationales rendent l’obtention plus compliquée, mais nous continuons à en recevoir », explique le journaliste.

Résultat, l’embargo de la Russie sur les produits européens est très facilement contourné par les locaux comme par les supermarchés qui proposent quantité de produits allemands. Côté tourisme, le port de Gdansk en Pologne ou Berlin attirent les habitants de l’enclave plus que la capitale russe.

Propagande stérile

Depuis quelques années, les médias d’État s’inquiètent d’une influence de l’Allemagne qui lorgnerait son ancien territoire.

Un centre culturel allemand, qualifié d’agent de l’étranger, a été fermé par les autorités en 2016.

 «Le Kremlin s’inquiète parce que la propagande antieuropéenne ne fonctionne pas ici, puisque nous sommes en Europe et que nous voyons qu’il s’agit de mensonges. Pour autant, il n’y a pas de séparatisme, constate Vadim Khlebnikov. Être attaché à la Russie n’empêche pas d’aimer l’Europe, d’apprécier son esprit, ses libertés. Cela ne semble pas incompatible ici. »

Paul GOGO

Russie: l’opposant Alexeï Navalny et plus de 1500 manifestants arrêtés

Reportage pour RFI dans la manifestation d’opposition du 5 mai 2018 à Moscou.

Alexeï Navalny l’appelle « le vieillard peureux ». Vladimir Poutine sera investi lundi 7 mai pour un nouveau mandat à la tête de la Russie, et le président russe n’aime pas qu’on lui gâche la fête : des dizaines de manifestations organisées à travers tout le pays par son principal opposant Alexeï Navalny ont été réprimées. Il y a eu plus de 1 500 arrestations selon une organisation de défense des droits de l’homme.

Avec notre correspondant à Moscou,  Paul Gogo

« Poutine voleur » ou encore « A bas le Tsar ». Les Russes opposés à Vladimir Poutine ont été nombreux samedi à répondre à l’appel de son opposant principal Alexeï Navalny.

Des rassemblements ont été organisés dans toutes les grandes villes du pays, mais c’est dans la capitale que la situation a été la plus tendue. Car à deux jours de l’investiture du président russe, la police y est présente en nombre. Vladimir Poutine entamera lundi son quatrième mandat. Artëm, 20 ans, milite pour une alternance du pouvoir : « 20 ans au pouvoir ce n’est pas normal parce que le changement de pouvoir c’est la condition du progrès d’un pays. Sans alternance, il se passe ce qui arrive en ce moment dans notre pays, la corruption. Dans n’importe quel pays le pouvoir tourne, ici nous n’avons que Poutine, ce n’est pas normal. »

Le rendez-vous semble avoir mobilisé l’opposition russe dont certains slogans ont fait référence au récent mouvement de protestation arménien. « Comme en Arménie » en référence à la révolution pacifique que vit le pays depuis plusieurs semaines. À l’image de Glen, 21 ans, les manifestants sont nombreux à souhaiter un mouvement de ce type en Russie mais sans forcément y croire : « On verra comment ça va se passer après-demain, j’aimerais que l’on reste dormir sur cette place, que l’on fasse une nouvelle Arménie qui changera notre pays. De toute façon, Poutine a déjà été réélu, il restera encore six ans donc une révolution pacifique est aujourd’hui le seul moyen de faire changer les choses ». Quelques minutes plus tard, Glen sera arrêté comme plus de 1 600 autres manifestants à travers le pays samedi.

Chose rare en Russie, des projectiles ont été lancés sur la police très présente qui a répondu avec des gaz lacrymogènes pour empêcher le blocage d’une avenue. Rassemblés place Pouchkine, les militants ont également dû faire face à une centaine de partisans du président Poutine dont certains en sont venus aux mains. Des cosaques en costume traditionnel étaient également présents. Ils ont participé à l’arrestation d’Alexeï Navalny.

 

Transition politique en Arménie : les manifestants maintiennent la pression

Après la démission, lundi, du chef du gouvernement Serge Sarkissian, la rue exige le départ du pouvoir du Parti républicain et la nomination de l’opposant Nikol Pachinian au poste de Premier ministre.

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Une capitale barricadée, des klaxons qui résonnent en permanence, des voitures qui déboulent dans les avenues à toute vitesse, et la police, qui observe (voire qui approuve) les actions des manifestants par un sourire ou un petit geste de la main. Depuis lundi et la démission forcée du Premier ministre Serge Sarkissian, mis sous pression par la rue, Erevan et plusieurs grandes villes du pays vivent dans une sorte d’état de grâce. «Cette démission a surpris tout le monde, nous pensions que Sarkissian allait agir comme en 2008, quand il avait envoyé l’armée pour tirer sur la foule. Dix personnes avaient alors été tuées. La semaine dernière, il avait même rétorqué au chef de la contestation, l’ancien journaliste et député Nikol Pachinian, qui réclamait sa démission : « Vous n’avez pas retenu les leçons de 2008 ? » avant de le faire arrêter, raconte Maria, une jeune manifestante. Résultat, son arrestation a fait descendre encore plus de gens dans la rue.»

Vingt-quatre heures plus tard, Serge Sarkissian, ancien président de 2008 à mars 2018 avant de devenir ce Premier ministre contesté armé des pouvoirs exécutifs par un tour de passe-passe constitutionnel, annonçait sa démission d’une façon pour le moins originale. «Nikol Pachinian avait raison et moi, je me suis trompé», a-t-il déclaré. Dans la foulée, des centaines de milliers de personnes descendaient dans les rues dans un mouvement de liesse jusqu’alors jamais vu en Arménie.

Mais depuis mercredi, le mouvement de contestation reprend de plus belle. La population veut transformer l’essai de cette «révolution de velours» en exigeant sa participation à la transition politique de cette ex-république soviétique du Caucase du Sud. «Nous voulions le départ de Sarkissian, mais ce sont tous les représentants de son parti, le Parti républicain, qui doivent laisser la place à notre force d’opposition, explique Tigran, architecte. Car sinon, Sarkissian trouvera un moyen de garder la main sur les affaires politiques et aucun changement structurel ne sera jamais possible.» Mercredi et jeudi, il a fait partie des dizaines de milliers de personnes qui ont accompagné Nikol Pachinian pour une longue marche de protestation. Pas moins de 20 kilomètres dans les faubourgs de la ville et une mobilisation générale de la population. Au passage de la longue colonne de manifestants, les habitants les plus âgés frappent sur des casseroles depuis leurs fenêtres. «Nous avons rarement vu de telles scènes en Arménie, le pays est plus soudé et solidaire que jamais, les enjeux de ce mouvement sont bien compris de tous», poursuit Tigran.

Hérésie

Alors que le charismatique Nikol Pachinian traîne la foule dans son marathon de protestation, les défections dans la coalition au pouvoir se multiplient. Mercredi, Mikel Melkumyan, un député du parti d’opposition «Tsarukyan», d’ordinaire proche des gouvernants, a rejoint le cortège à mi-chemin après que sa base a déclaré soutenir la protestation. «Le pouvoir ne pourra pas rester, les désertions sont nombreuses au sein du Parlement, l’usage de la force n’est plus possible contre les manifestants car il y a trop de monde dans les rues, il faut maintenant trouver une porte de sortie avec la rue», explique-t-il. L’opposition, portée par la foule, veut s’assurer la tenue d’élections parlementaires anticipées honnêtes en nommant Pachinian Premier ministre par intérim. Une hérésie pour le parti au pouvoir, qui considère que ce n’est pas à la rue de prendre ce genre de décisions. Cet opposant de longue date, toujours vêtu d’un treillis, âgé de 42 ans, n’a pas d’expérience à ce niveau de responsabilité politique.

«Mais le pouvoir ne pourra pas résister très longtemps, la foule souhaite un changement systémique, estime le député d’opposition. Elle veut un nouveau pays, une nouvelle démocratie, une nouvelle justice avec moins de corruption et de conflits d’intérêts, moins de pouvoir laissé aux oligarques… et Pachinian est le seul à incarner ces espoirs. Les Arméniens sont fiers de ce mouvement, c’est la première fois que ce genre de chose se passe sans violence dans un ancien pays soviétique, nous ne lâcherons rien.»

Au calme du mouvement s’est ajoutée la neutralité de la Russie. Loin d’être radicalement opposés à l’influence de la Russie sur le pays, les manifestants sont nombreux à se satisfaire de l’attitude jusqu’ici effacée de ce rare soutien du pays dans la région. Il est fort probable que le Kremlin ne goûte guère la révolution douce de cette ex-république soviétique, car le Premier ministre démissionnaire était proche de Moscou. Mais la diplomatie russe se contente d’observer, qualifiant le mouvement d’«affaires intérieures». Mercredi, le président Poutine a appelé le président arménien. Au même moment, le ministre des Affaires étrangères arménien s’envolait en direction Moscou.

«Soupape»

Dans les carrefours du centre-ville de Erevan, les vieilles Lada soviétiques côtoient les belles autos européennes, garées de sorte à bloquer la circulation. La musique à plein volume, les jeunes étudiants de la ville dansent jour et nuit sur les passages piétons de la capitale, drapeaux arméniens sur les épaules. «Nombre d’entre eux rêvent de quitter l’Arménie et de rejoindre la diaspora en Europe, mais dans la ferveur du moment, la possibilité de construire un pays plus démocratique et plus propre leur donne envie de rester au pays», estime le jeune architecte. Car c’est bel et bien le manque de perspectives qui poussent les manifestants, particulièrement jeunes, à occuper la rue.

«La démission du Premier ministre a fait l’effet d’une soupape, mais la colère des Arméniens est plus profonde, la qualité de vie s’est nettement dégradée ces dernières années, la corruption est présente à tous les niveaux de la société, beaucoup d’Arméniens ont quitté le pays», explique Hrant Galstyan, journaliste pour le site internet Hetq. Selon les statistiques officielles, quelque 30% des 2,9 millions d’habitants vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. «Une démission ne changera rien, les manifestants veulent changer tout le système politique, les élus locaux les premiers. La corruption quotidienne, les arrangements entre politiciens ont une conséquence sur la dégradation de leurs conditions de vie, c’est tout l’enjeu de ce mouvement», conclut le journaliste.

Paul Gogo envoyé spécial à Erevan

En Russie, la campagne pour une « grève des élections » de Navalny

Reportage publié dans la Libre Belgique

L’opposant à Vladimir Poutine a réuni ses soutiens dans les grandes villes du pays dimanche. Objectif, pousser la population à bouder l’élection présidentielle.

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Ce scrutin ne laisse que peu de place au suspens. Selon toutes vraisemblances, Vladimir Poutine sera réélu le 18 mars prochain. Alexeï Navalny n’a pas été autorisé par la commission électorale à se présenter, il souhaite maintenant troubler la réélection de Vladimir Poutine en s’attaquant au taux de participation, chiffre qui marque la légitimité d’une élection. Dimanche, ses partisans sont descendus dans les rues du pays pour appeler au boycott du scrutin. Une manifestation que les militants ont préparé toute la journée, samedi dans leur QG moscovite. « On sait que le Kremlin va dire qu’il n’y avait personne dans les rues demain mais on ne veut pas forcément prouver des choses à Poutine, on veut juste donner envie aux gens de faire bouger la situation. Certains ont baissé les bras quand Navalny s’est vu refuser sa participation à la présidentielle mais je ne compte pas mourir le 19 mars, c’est le moment ou jamais de montrer qu’on n’est pas d’accord avec eux » raconte Alexandra Sokolova, militante de 31 ans. « Ma mère gagne 10 500 roubles par mois (150 euros), c’est une existence pauvre alors quand nos députés nous disent qu’ils sont pauvres avec leurs 150 000 roubles (2150 euros), nous sommes choqués ».

Tracts cachés

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Les journées de manifestations sont parfois risquées pour les soutiens d’Alexeï Navalny. Dimanche matin, Sergei Boiko, coordinateur du QG du candidat à Moscou a vécu une frayeur. Des hommes habillés en noir l’ont attendu en bas de chez lui. Effrayé, il a couru jusqu’au QG poursuivi par ces hommes qui l’ont finalement jeté dans une voiture non identifiée. Ces hommes se sont avérés être des policiers, le militant a été retrouvé dans un commissariat. « à la veille de nos rassemblements, nous cachons nos tracts dans divers appartements de Moscou car la police a tendance à nous suivre pour nous les confisquer » explique Alexandra Sokolova. Dimanche, les tracts avaient visiblement atteint la place Pouchkine à Moscou, où plus de 3 000 personnes étaient rassemblées.

Petite retraite

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En route vers le rassemblement, Alexeï Navalny s’est violemment fait arrêter par la police, traîné par terre puis jeté dans un bus de la police. Il devrait être libéré ce lundi matin. Sur la place, la foule s’écrie « La Russie sans Poutine », « Nous sommes contre un monarque présidentiel ». Un homme déguisé en Vladimir Poutine, une couronne sur la tête se fait acclamer par les manifestants. « Marchons jusqu’au Kremlin » s’écrie la foule rassemblée sur l’avenue Tverskaïa. Les accès bloqués, ils doivent se contenter d’une marche, encadrés par des centaines de policiers anti-émeutes et représentants de la garde-nationale. Dans le cortège, Tamara, 80 ans se démarque des milliers de jeunes venus manifester, plus de 3 000 à Moscou. « Je soutiens totalement les jeunes, mon fils est au chômage depuis deux ans, je suis obligée de m’occuper de lui avec ma petite retraite, je suis fatiguée de cette situation, de ces milliardaires au pouvoir qui nous volent notre argent » lance-t-elle, bousculée par la foule dense contenue sur les trottoirs par des centaines de forces de police appuyées par la garde nationale russe. Plus de 240 personnes ont été arrêtées dimanche à travers le pays.

Paul GOGO

Netanyahu et Poutine se rencontrent à Moscou

Couverture de la visite de Benjamin Netanyahu pour la chaîne I24News

https://www.i24news.tv/fr/tv/revoir/i24newsroom/x6dvgkz

« Alors que la visite éclair de Benjamin Netanyaou touche à sa fin, c’est la symbolique de ce déplacement qui a marqué les médias russes

Car les deux leaders se sont retrouvés ce midi au musée juif de Moscou, où ils ont pu découvrir une exposition dédiée au soulèvement du camp de concentration de Sobibor.

Il y a 75 ans, 420 personnes ont pu s’échapper de ce camp grâce au courage d’un soldat soviétique, l’officier Alexandre Pechersky.

C’est ce nom qui fait le tour des médias russes aujourd’hui comme symbole de l’entente israelo-russe.

Mais l’enjeu politique de ce déplacement n’a échappé à personne, c’est bel et bien la situation au moyen orient qui est au cœur des discussions entre les deux hommes

Le journal Kommersant affirme que Benjamin Netanyaou a tenté de convaincre Vladimir Poutine de le rejoindre dans sa lutte contre l’expansion de la présence iranienne en Syrie à proximité de la frontière israélienne.

Citant Harry Koren, l’ambassadeur israélien en Russie le journal russe affirme également qu’en dépit des déclarations officielles, Vladimir Poutine partagerait des préoccupations sur l’avenir du programme nucléaire iranien.

Enfin, devant la presse, les deux responsables se sont satisfaits des échanges réguliers entre Moscou et Tel Aviv, gage, selon Benjamin Netanyaou de stabilité et de sécurité au Moyen-Orient. »

Paul Gogo

En Russie, Vladimir Poutine soigne sa réélection

Point sur la présidentielle russe pour Ouest-France

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Dans une campagne sans suspens ni débat, le maître du Kremlin brigue un quatrième mandat à la tête de la fédération de Russie

Moscou. De notre correspondant

« Un président fort pour une Russie forte », c’est ainsi que Vladimir Poutine, homme fort de la Russie depuis 1999 et candidat à un nouveau mandat de six ans, se présente devant les électeurs. Le 18 janvier, à deux mois pile du vote, le chef du Kremlin lançait sa campagne en plongeant dans les eaux d’un lac gelé pour célébrer la fête de l’Épiphanie. Cette campagne, il la veut la plus courte possible, se posant au-dessus des autres candidats (nationalistes, communistes, libéraux) qui débattront certes à la télévision, mais sans lui.

D’après un sondage de l’institut FOM, 66% des électeurs auraient l’intention de voter Poutine –un score proche de ses 63,2% de la présidentielle de 2012. Le Président est incontestablement populaire. Depuis quelques semaines, il entretient son image d’homme proche du peuple en organisant des déplacements symboliques à la rencontre d’ouvriers, de professeurs, de religieux. Le 3 février, il organisera son premier événement de campagne, en appelant un million de ses partisans à descendre le soutenir dans la rue.

Une opposition sur mesure

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Avant de se lancer dans cette morne campagne, le pouvoir a « organisé » l’opposition. Objectif : que l’élection ait la couleur d’un vote démocratique. Un objectif d’autant plus important à la veille d’accueillir la coupe du monde de football. Il a pour cela fallu contrôler les attaques du trouble-fête Alexeï Navalny, un an durant. Navalny, l’opposant le plus incisif, est finalement interdit de candidature en vertu d’une condamnation ancienne, pour une affaire montée de toutes pièces selon lui.

Depuis janvier 2017, Vladimir Poutine redirige les critiques contre la corruption vers son Premier ministre Medvedev, il calme les jeunes manifestants en les arrêtant, en les faisant expulser de leurs écoles pour s’être « révoltés » ou en envoyant la police chez leurs parents et s’attaque aux réseaux sociaux russes.

L’opposition touchée, le Kremlin a souhaité la diviser en permettant à Ksenia Sobtchak, une opposante populaire chez les jeunes (créditée de 2% des voix) de participer à la campagne. Déclarée candidate une semaine après avoir rencontré Poutine au Kremlin, elle a tous les attributs d’une candidate « autorisée ». Elle a accès aux médias nationaux, ouvre des bureaux à travers le pays sans en être empêchée et bénéficie d’une parole libre. Un véritable traitement de faveur en Russie.

Depuis le début de la campagne, Ksenia Sobtchak a prononcé le nom interdit de « Navalny » sur une télé nationale, déclaré que la Crimée est ukrainienne et s’est rendue, hier, en Tchétchénie pour défier l’autoritaire de cette république autonome, Ramzan Kadyrov.

Alors que Vladimir Poutine mène désormais une bataille contre l’abstention, dernier obstacle qui pourrait délégitimer sa réélection, l’opposition, battue d’avance, se projette déjà dans l’après-Poutine. Une transition dans un monde sans l’homme fort du Kremlin que l’on souhaite organiser, du Kremlin à l’opposition, sans révolution sanglante.

 

Navalny ou la stratégie de l’abstention

Reportage

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Préparation de manifestation au QG moscovite d’Alexeï Navalny

Dimanche matin, Sergei Boiko, coordinateur du QG d’Alexeï Navalny à Moscou, et sa compagne Kristina, chargée des relations avec la presse, sont sortis de chez eux, suivis par des hommes habillés en noir. Effrayés, ils ont couru jusqu’aux bureaux de Navalny. Les policiers ont attrapé Sergeï et l’ont jeté dans une voiture non identifiée.

Navalny, qui avait appelé à manifester dans une centaine de villes, a réussi à atteindre le point de rendez-vous sur une grande artère. Après avoir multiplié les selfies, il a été projeté à terre, puis emmené dans un commissariat. Plus de 240 personnes ont été arrêtées dans le pays.

« Monarque présidentiel »

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« Le Kremlin va dire qu’il n’y avait personne dans les rues. On ne veut pas forcément prouver des choses à Poutine. On veut juste donner envie aux gens de faire bouger la situation » explique Alexandra Sokolova. Cette militante de 31 ans est « choquée » par le maigre salaire de sa mère (10 500 roubles soit 150 €), quand les députés gagnent quinze fois plus et « se disent pauvres ». Elle ne cache pas un certain désarroi dans l’opposition : « Certains ont baissé les bras quand Navalny s’est vu privé de candidature à la présidentielle. Mais c’est le moment ou jamais de montrer qu’on n’est pas d’accord. »

Dimanche, environ 3 000 personnes ont manifesté à Moscou, 1 500 à Saint-Petersbourg, contre une élection qualifiée de « supercherie » par Navalny. L’avocat pourfendeur de la corruption appelle à boycotter les urnes le 18 mars.

Tamara, 80 ans, dénote au milieu d’une foule très jeune. « Mon fils est au chômage depuis deux ans, je suis obligée de m’occuper de lui avec ma petite retraite, je suis fatiguée de cette situation, de ces milliardaires au pouvoir qui nous volent » lance-t-elle, ballottée par le cortège dense, contenu sur les trottoirs par des centaines de policiers, appuyés par la garde nationale. « Je suis contre un monarque présidentiel » scandent les manifestants, régulièrement coupés par les haut-parleurs de la police leur demandant de quitter la zone.

En fin d’après-midi, la candidate d’opposition Ksenia Sobtchak a pu rencontrer Navalny au commissariat. Il a été relâché dans la nuit.

à Moscou, Paul Gogo