Ukraine. Sur le front abandonné

La semaine dernière, l’ONU a annoncé que le conflit ukrainien avait dépassé les 9000 morts, sur le front, les escarmouches sont quotidiennes.

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Dans la cour d’une école de la ville de Hirske, dans la région de Lougansk de l’Est Ukrainien, des enfants improvisent une bataille de boules de neige. « Je suis la garde nationale, je vais te bombarder ! » lance un adolescent à ses amis prêts à répliquer. Les bombardements ont quitté la ville mais le traumatisme est toujours présent dans l’esprit de ces enfants dont certains sont ici en internat et retournent le week-end dans leur famille, côté séparatiste. Dans le froid de décembre, les fumées s’échappant de la mine de la ville, envahissent les rues de leurs effluves « métalliques ». « La mine fonctionne à plein régime mais nous sommes obligés de mélanger le charbon avec du sable pour gagner en poids et ainsi, pouvoir payer tout le monde » raconte Alexander, employé de la mine. Ce rare militant ukrainien en ville ne cache pas sa colère contre le gouvernement, « c’est comme si nous n’existions plus, nous n’avons plus de conseil municipal car nous sommes trop prés du front, le pouvoir politique a été délégué à la ville voisine de Popasna. Donc nous n’avons pas eu le droit de participer aux dernières élections locales. Ceux qui brûlaient les drapeaux ukrainiens de nos bâtiments l’année dernière sont toujours dans nos administrations. Notre police a changé de nom mais les agents sont toujours les mêmes, corrompus ».

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Le village est régulièrement traversé par les véhicules militaires qui se rendent sur le front. Les petites échoppes de la ville représentent une dernière chance pour y ramener des cigarettes. À la sortie de la ville, les dernières tranchées ukrainiennes séparées du camp adverse par une veille route cabossée. À sa gauche, dans le talus, les tranchées et bunkers ukrainiens enterrés. À droite, un no man’s land blanchi par la neige, menant aux positions séparatistes. Des kilomètres de tranchées, des bunkers faits de bois et de métal sur des centaines de mètres quotidiennement consolidés à l’approche des grands froids. Le cessez-le-feu est quasiment appliqué, mais des tirs sporadiques sont encore constatés quotidiennement. Un soldat tend des jumelles, « nous voyons les drapeaux séparatistes d’ici ». Un mannequin est installé contre un mur de sable, sa tête casquée dépasse le mur pour attirer les tirs ennemis. « Les snipers travaillent quotidiennement, les tirs de lance-mines sont aussi courant » affirme-t-il, témoignant d’un quotidien éprouvant. Plus de 9000 personnes ont été tuées depuis le début du conflit.

Textes et photos : Paul Gogo

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[Ouest-France] SOS guerre pour les soldats traumatisés

Situé en périphérie de Kiev, au premier étage d’un immeuble d’habitation, le bureau d’Alyona Kryvuliak est exigu. Depuis son centre d’appel, l’ONG internationale la Strada spécialisée dans le soutien des personnes touchées par les violences conjugales recueille la détresse de cette société heurtée par la guerre. Dans une salle, quelques téléphones et des appels qui ne cessent jamais. Peu de choses sont prévues par le ministère de la défense Ukrainien pour accueillir les soldats de retour du front. Pourtant, les conséquences psychologiques de la guerre sur l’ensemble de la population sont dramatiques. Le week-end dernier, un vétéran du conflit s’est fait exploser à Kiev, sur une île du Dniepr, grenade en main. Une réalité quotidienne en Ukraine. « Il y a les suicides par centaines, les divorces par milliers, quand les soldats reviennent du front alcooliques, drogués où qu’ils ont trompé leur femme sur place » explique-t-elle. Il y a aussi les femmes confrontées au départ soudain de leur mari appelé au front. Sans revenu et avec les enfants à la maison, vient alors la panique : « Elles nous appellent désespérées, elles pensent que nous pouvons demander au président de ne pas envoyer leur mari au front. Elles parlent de suicides puis craquent et se mettent à pleurer » raconte-t-elle. Une équipe de psychologues et de juristes répond aux appels. Car dans les villages, il est souvent très difficile pour les soldats conscients de leur stress post-traumatique, de trouver un psychologue. Il faut aussi gérer les agressions physiques, sexuelles et viols qui ne cessent d’augmenter depuis le début de la guerre, à la maison, comme sur le front. « Le pire, ajoute Alyona, c’est que quand les victimes appellent la police, il n’y a souvent aucune enquête d’ouverte. Ils arguent auprès de la victime qu’il faut comprendre que l’agresseur est allé défendre la patrie au front. Alors quand les appels viennent de la zone séparatiste ou de Crimée, là, nous ne pouvons vraiment rien faire pour les aider… ».

à Kiev, Paul Gogo

[Ouest-france] Ukraine. Incident diplomatique autour de tableaux volés

Avant la guerre, le quartier de l’aéroport de Donetsk était réputé pour abriter de nombreuses villas d’hommes d’affaires ayant fait leur fortune de façon plus où moins claires. C’est dans l’une de ces maisons, que quelques combattants du groupe nationaliste OUN ont retrouvé il y a un an 24 peintures et 70 objets en bronze. Toutes volées dans la nuit du 9 janvier 2005 dans le musée de Westfries situé au nord de la ville de Hoorn aux Pays-Bas. Visiblement plus attirés par l’argent que par l’art, les hommes organisent une équipée vers Kiev après avoir pris rendez-vous avec l’ambassade des Pays-Bas, photo des œuvres en poche. Un traducteur est fourni par l’ambassade, un représentant du musée est également présent pour participer aux discussions. Les soldats réclament 50 millions d’euros en échange des œuvres puis, 5 millions d’euros lors d’une seconde discussion. Mais pour l’ambassade, il est hors de question de payer pour récupérer ces toiles, d’autant plus qu’un expert néerlandais estime désormais leur valeur totale à 500 000 euros. Agacée de voir que des tentatives de ventes via d’autres canaux se multipliaient, l’ambassade néerlandaise a dénoncé l’inactivité du gouvernement ukrainien sans mâcher ses mots : « Les efforts diplomatiques n’ont mené à rien donc nous souhaitons rendre l’histoire publique pour dissuader d’éventuels acheteurs et exposer les pratiques des criminels ukrainiens qui agissent en contact avec les plus hautes sphères politiques du pays ». Des échanges diplomatiques auxquels le président Porochenko avait pris part personnellement lors d’une visite aux Pays-Bas il y a deux semaines. En vain, car les responsables publiquement connus n’ont toujours pas été inquiétés.

Paul Gogo