En Russie, le meilleur miel du monde ne coule plus

Reportage à retrouver sur Ouest-France.fr

Oufa. De notre correspondant Paul Gogo. 20428114_10212712536269532_1087195702_n

Les chasseurs de miel sauvage du Bachkortostan (également appelé Bachkirie), petite république autonome de l’Oural, à 1 300 km à l’est de Moscou, déplorent des pertes inédites.

La technique de récolte du miel sauvage d’Alkham Issianamanov est ancestrale. Depuis des générations, les « bortevikis », ces chasseurs de miel bachkirs (peuple d’origine turc, vivant notamment en Bachkirie) entretiennent leurs ruches installées dans les troncs des pins et chênes de la taïga. Les abeilles sauvages qui s’y installent produisent un miel d’exception, l’un des meilleurs au monde. Il s’agirait même d’un des plus chers, vendu jusqu’à 3 500 roubles le kilo (plus de 50 €).

Mais cet été, ce miel pourrait ne pas faire son apparition. « Comme partout en Europe, la météo a été mauvaise, nos abeilles meurent par milliers » raconte Alkham Issianamanov, en s’apprêtant à ouvrir une ruche.

Ruches vides

Les apiculteurs du monde entier font face à une mortalité inédite des abeilles. Les changements de températures entraînent l’apparition de virus qui déciment les ruches ; l’usage de pesticides n’arrangeant rien. Dans les réserves naturelles du Bachkortostan, il faut également faire avec les ours bruns, capables de grimper aux arbres pour déguster le miel.

Son masque de protection enfilé, Alkham attrape une corde, l’installe autour de l’arbre, et grimpe le plus naturellement du monde jusqu’au sommet, à hauteur des ruches. À cinq mètres de hauteur, l’apiculteur ne prend même pas la peine de l’ouvrir : « Il ny a pas dabeilles » s’écrie-t-il, dépité. En attendant le soleil, les bortevikis nourrissent leurs abeilles de sucre.

« Cette année, les prix vont considérablement augmenter » promet Rishat Galeev, président de l’association des apiculteurs du Bachkortostan et entrepreneur dans le domaine.

« Nous souhaiterions profiter de la chute du cours du rouble pour commencer à vendre ce miel à létranger, les chinois sont vraiment intéressés, mais nos apiculteurs ont perdu 40 % de leurs ruches. Si le mauvais temps continue, la floraison des tilleuls tardera encore et la récolte sera vraiment catastrophique » prévient-il. Alkham, qui vit de ses cultures et de la vente de son miel, relativise la situation : « La culture du miel fonctionne par cycles, ça sarrangera dans les années à venir. »

Mais aujourd’hui, les jeunes quittent les villages isolés des bortevikis pour rejoindre les villes. Qui perpétuera cette culture ancestrale du miel ? Au Bachkortostan, les bortevikis pourraient disparaître avant les abeilles…

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