à Moscou, où se préparent les (longs) voyages spatiaux

La Libre Belgique

Six russes et américains se sont enfermés la semaine dernière dans une station spatiale factice. L’objectif : Se préparer aux voyages longs dans l’espace, destination Mars et la Lune.

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Ils sont jeunes et ambitieux, trois femmes, trois hommes, deux américains et quatre russes, ils vivront enfermés dans un espace confiné ces quatre prochains mois. Il ne s’agit pas d’une émission de télé-réalité de mauvais goût mais d’une expérience scientifique qui pourraient mener ces six personnes jusqu’aux tréfonds de l’espace. Cette expérience du projet « Sirius » est réalisée conjointement entre la Nasa et l’Institut pour les problèmes biomédicaux russe. L’objectif est simple : Il s’agit d’étudier la résistance physique et psychologique de l’homme en vue de longs vols spatiaux. Car si la technologie évolue et, selon les spécialistes du domaine, devrait permettre de réaliser des vols longs dans l’espace d’ici 10 à 15 ans, les scientifiques n’ont pas encore fait le tour des difficultés mentales, psychologiques et physiques que de tels voyagent entraîneront.

Le projet Sirius s’inscrit dans une flopée de programmes de recherches liés à la conquête de l’espace. Mais avec l’annonce récente par la Russie et les USA de leur volonté de créer une station en orbite doublée de modules disposés sur Mars et les ambitions de conquête de la Lune par la Chine, ces recherches sur les vols longs deviennent prioritaires pour les agences spatiales du monde entier.

D’ici la fin de la mission Sirius, en 2022, deux autres expériences de « huis clos » de 6 mois et d’un an seront organisées avec un scénario semblable à celui imaginé par les les agences spatiales engagées dans cette course de l’espace. Les séquences d’enfermement de Sirius reposent sur un scénario crédible. Il s’agit pour l’équipe de simuler un voyage de dix jours puis la vie dans une station spatiale en orbite autour de la Lune. Soit une centaine de jours « en orbite » pour l’expérience actuelle et 80 expériences à mener en plus des tests médicaux réalisés quotidiennement. Américains, chinois et russes ont déjà pensé les constructions de bases sur la Lune ou Mars en les réalisant depuis une station placée en orbite. Avec pour objectif, à terme, de pouvoir envoyer des hommes vivre sur ces planètes sur plusieurs jours, le temps d’y réaliser quelques expériences.

« L’objectif est de garder l’équipe motivée durant la mission et d’observer l’effet des différences de cultures et de genres qui font la force de notre « expédition » » explique Evgueni Tarelkine, 43 ans, responsable de la mission. Ce cosmonaute russe a déjà passé 143 jours dans l’espace, en 2012, au sein de la station spatiale internationale. Il fait partie des six compères enfermés, engagés à réaliser plus de 80 expériences destinées, entre autre à observer l’évolution de la santé et des performances de l’équipe, sa susceptibilité au stress, la capacité à multiplier les taches avec des partenaires différents mais également à créer une équipe capable de travailler en autonomie et de déterminer à quel point les différences culturelles et de genre peuvent poser problème.

Stress psychologique

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Cette fausse station spatiale est faite de trois grands tubes installés dans un hangar de l’institut des problèmes biomédicaux russe, en banlieue de Moscou. Fermé par un sceau de cire, la porte de cette réplique de métal et de bois de station spatiale ne sera rouverte que début juillet. « La date exacte n’est pas encore connue, il n’est pas impossible que nous les mettions à l’épreuve psychologiquement en décalant la fin de l’expérience de quelques jours au dernier moment » explique Oleg Orlov directeur de l’institut en charge de l’expérience.

« Les difficultés sont nombreuses, il faut faire face aux problèmes techniques mais il faut aussi être capable d’apporter une aide morale aux collègues, nous allons faire face à des stress psychologiques forts qui ne doivent pas nous empêcher de rester bons et solidaires dans notre travail » explique Stefania Fediaї, 28 ans, docteur psychiatre. L’équipe se distingue des équipes classiques de cosmonautes par sa jeunesse. Car pour les agences spatiales comme pour ces jeunes surdoués, cette expérience est un vrai pari sur l’avenir. « Nous sommes quasi certains que ce genre de missions pourront être réalisées d’ici 10 à 15 ans. Nous espérons un jour en faire partie! » Explique Anastasia Stepanova, ingénieure russe.

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« Personnellement, c’est le manque d’eau chaude, d’internet et le fait de devoir faire du sport en étant dans un espace réduit pendant quatre mois qui m’inquiète le plus » confie Stefania Fediaї. Pendant quatre mois, le réalisme de la mission sera poussé jusqu’au rationnement de la nourriture distribuée tous les 30 jours comme délivrée par une capsule envoyée par la terre. Pour ce qui est de la communication avec l’extérieur, ou la terre donc, elle n’aura lieu que quelques minutes par jour avec 5 minutes de battement entre chaque échange.

Ce n’est pas tous les jours que l’on voit américains et russes enfermés quatre mois durant dans une même pièce, à Moscou. Mais l’espace semble résister aux tribulations géopolitiques qui animent les deux pays. « Nos deux agences semblent prêtes à travailler ensemble. On ne sait pas encore quelle collaboration nous mènera aussi loin dans l’espace mais elle sera forcément internationale et certainement avec la Russie. L’espace et le confinement créaient une sensation de camaraderie qui passe au dessus de tout ça » assure l’américain Reinhold Povilaitis, 30 ans, chercheur dans le domaine de l’orbite lunaire, lui aussi de la mission.

Paul GOGO

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RFI : La Russie réitère son soutien à l’Algérie et appelle à un «dialogue national»

Le vice-Premier ministre et chef de la diplomatie algérienne Ramtane Lamamra était à Moscou, mardi 19 mars, pour rencontrer le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.

 

Ramtame Lamamra est arrivé mardi matin avec une lettre écrite, selon ses dires, par le président Bouteflika, à destination de Vladimir Poutine.

Le ministre algérien des Affaires étrangères a longuement discuté avec son homologue russe Sergueï Lavrov, un ami de longue date rencontré à l’ONU. Il lui a décrit une situation algérienne sous contrôle et vanté les mérites du dialogue national qui mènera à une nouvelle Constitution et de nouvelles élections.

« Notre collègue a parlé de la situation en Algérie, il a partagé ses plans dans un avenir proche. Nous les soutenons, a déclaré Sergueï Lavrov. Nous espérons qu’ils contribueront à stabiliser la situation dans cet Etat ami par le biais d’un dialogue national fondé sur la Constitution algérienne et, bien entendu, avec le respect des normes du droit international et de la charte des Nations unies par toutes les parties. »

Les deux hommes ont également discuté des dossiers importants de la région – Libye, Mali, Moyen-Orient, zone Sahara-Sahel – et rappelé l’importance d’une politique commune pour maintenir la stabilité de la région et entretenir, selon Sergueï Lavrov, la vaste coopération technico-militaire profondément enracinée entre la Russie et l’Algérie

Les russes dans la rue pour protéger leur Internet

Pour La Libre Belgique. Plus de 15 000 russes ont défilé dans le centre de Moscou dimanche pour protester contre la prise de contrôle du web par les autorités russes.

« Poutine voleur, Poutine démission, ils ne comprennent rien à internet » scande la foule sur l’avenue Sakharov traditionnellement utilisée pour les manifestations autorisées par les autorités. Dimanche, plus de 15 000 russes ont participé à ce rassemblement pour dénoncer la main du Kremlin de plus en plus présente sur le web russe. Cheveux long, manteau noir, Mikhail Svetov, 34 ans est devenue l’idole d’une frange, souvent jeune, de l’opposition russe. Ce blogueur membre du parti libertaire de Russie est en première ligne de la bataille pour la protection du web dont la prise de contrôle par le Kremlin, déjà forte, s’accentue depuis la réélection du président Poutine, l’année dernière. Cette semaine, c’est une loi destinée à isoler l’internet russe du reste du monde qui pourrait entrer en vigueur. « Il faut s’opposer à cet isolement. Notre gouvernement veut construire une infrastructure qui pourra limiter le trafic quand elle le souhaitera, au dépend de toutes nos libertés. Cela nous transformera en Corée du Nord » explique l’opposant. Si la mise en œuvre de cette loi est encore mystérieuse, les ambitions du Kremlin seraient liées à la situation internationale. La Russie aurait besoin de se protéger d’éventuelles attaques extérieures. « Comprenez, c’est leur invention après tout » expliquait Vladimir Poutine en février dernier en faisant allusion aux États-Unis. Ils écoutent, ils regardent et lisent tout ce que vous dites puis ils stockent ces informations. Ce n’est pas dans leur intérêt de nous couper de l’internet mondial, je pense qu’ils y réfléchiraient à 100 fois avant de le faire, mais mieux vaut s’y préparer ». Chez les observateurs russes, il se dit qu’au Kremlin on ne comprend pas grand chose au web. Vladimir Poutine l’a rappelé récemment, il n’utilise jamais internet. « Nos dirigeants ont peur donc ils adaptent des censures soviétiques à notre époque, ils préféreraient que tout le monde regarde la télévision pour que Kissilev (journaliste connu pour sa propagande acharnée en faveur du Kremlin) nous explique qu’il n’y avait que cinq manifestants aujourd’hui. Sauf que notre génération ne fonctionne pas comme ça » explique l’opposant blogueur.

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Difficultés techniques

Mais l’argument du style « guerre froide » du Kremlin ne convainc pas la jeunesse russe qui considère que cette volonté de créer un internet russe coupé du monde a des visées internes. La Russie compte des milliers de fournisseurs d’accès différents. L’objectif, à terme, serait de tout centraliser. En cas de mouvement de protestation, les autorités pourraient ainsi rapidement couper internet dans des villes et quartiers ou supprimer des contenus à leur guise.

Ces dernières années, face à une opposition de plus en plus organisée grâce aux réseaux sociaux, les autorités russes ont pris le contrôle du Facebook russe, Vkontakte et ont tenté de bloquer l’application de messagerie cryptée populaire en Russie, Telegram. En vain. « Ils veulent s’en prendre à internet pour se préparer à une éventuelle attaque de l’extérieur. Mais qui veut isoler l’internet russe ? Ce n’est pas l’Ouest » s’exclame un militant présent dimanche. Iaroslav, 17 ans, abonde en ce sens : « La version actuelle de cette loi est vraiment catastrophique en terme de liberté d’expression. Mais je suis sûr que la société civile parviendra à faire évoluer la position des députés ». On estime à environ 300 le nombre d’internautes condamnés tous les ans pour « diffusion de contenus extrémistes » parfois simples critiques du pouvoir. Ce web centralisé permettrait de repérer ce genre de contenus encore plus facilement. Si le projet de loi fait consensus au sein du parlement russe, rien n’est encore joué. L’échec du blocage de Telegram a montré que les tentatives de contrôle du web se heurtaient à de nombreuses difficultés techniques. À l’époque, plusieurs centaines de sites internet majeurs avaient subi des pannes alors que Telegram parvenait à maintenir son activité. De grandes entreprises s’inquiètent, l’Union russe des entrepreneurs qualifie ce projet de loi de « désastre ». Quant à Andreï Klichas, sénateur à l’origine de ce projet de loi, il a d’abord vanté les mérites de sa proposition sans parler argent. Les députés ont finalement découvert qu’isoler son internet national avait un coût élevé : Il faudrait au minimum 270 millions d’euros pour mener à bien ce projet que les institutions russes ne savent pour le moment pas comment financer. Un premier test est prévu le 1er avril prochain.

Paul Gogo

Marche de l’opposition à Moscou

RFI

L’opposition russe était dans la rue, aujourd’hui, à Moscou. Plus de 10 500 personnes ont défilé, 6 000 selon la police, pour rendre hommage à l’ancien ministre et opposant, Boris Nemtsov, assassiné il y a quatre ans dans le centre de la capitale russe. Paul Gogo était dans le cortège.

Le rassemblement est devenu une habitude pour l’opposition russe depuis février 2015, date à laquelle l’ancien ministre et opposant Boris Nemtsov a été assassiné au pied de la place rouge. Fait notable, il s’agit d’un rare évènement d’opposition autorisé par les autorités russes. Dimanche après-midi, plus de 10 500 personnes ont pu défiler sur 1,5km, après avoir été fouillées par la police. Ilia Iachine, opposant et maire de quartier.

Micro 1
C’est une manifestation politique contre la politique de Poutine et pour une Russie libre et démocratique.
Nous voulons la libération des prisonniers politiques, que les enquêtes sur les assassinats politiques soient faites. Non seulement Nemtsov, mais tous les autres aussi. Nous voulons des élections justes dans tous les organes du pouvoir. 2/51

Son 2
Pour les manifestants, cette marche est l’occasion de défiler sans prendre le risque de se faire arrêter, tout en mettant la lumière sur les prisonniers politiques actuels. Anastasya Bourakova, jeune manifestante.

Micro 2
Je suis venue à la marche pour dénoncer les affaires choquantes, comme dans le cas de Boris Nemtsov, les commanditaires n’ont jamais été retrouvés. Je veux aussi parler des jeunes gens torturés par le pouvoir et des affaires criminelles fabriquées.

Son 3
L’ancien candidat à la présidentielle, Grigori Iablinski du parti Iabloko et l’opposant médiatique Alexeï Navalny étaient notamment présents dans le cortège.

Paul Gogo, Moscou, RFI

En Russie, la vie discrète du président déchu Viktor Ianoukovitch

[La Libre Belgique] Il y a cinq ans, il s’échappait d’Ukraine exfiltré par les services russes. Désormais réfugié en Russie, condamné à 13 ans de prison en Ukraine, Viktor Ianoukovitch se fait discret.

Sur le grand boulevard Zubovski de Moscou, de nombreux policiers patrouillent autour de la rédaction de l’agence de presse « Rossiya Sevodnia ». En ce mercredi 6 février 2018, c’est l’ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch qui s’exprime. Une majorité de journalistes russes sont présents, la voix de celui qui considère avoir fait l’objet d’un putsch, à Kyiv, le 22 février 2014 alors que le parlement ukrainien décidait de le destituer, ne porte désormais guère plus loin que dans les médias moscovites. Il y a cinq ans, Viktor Ianoukovitch rejoignait Kharkiv puis Donetsk en hélicoptère. Bloqué en Ukraine, il atteignait ensuite la Crimée en voiture, avant de disparaître pendant 24h non loin de la base militaire russe de Sébastopol avant de réapparaître en Russie, à Rostov sur le Don (1000 km au sud de Moscou), où il résiderait depuis.

Condamné en Ukraine

L’année dernière déjà, le président déchu avait invité la presse moscovite à écouter sa version des tirs de la place Maidan, qui avaient fait plus d’une centaine de morts chez les manifestants en 2014. Un coup des « groupes nationalistes ukrainiens » assure-t-il, collant à la ligne de la célèbre rhétorique russe. Mais c’est bien lui que les autorités ukrainiennes accusent aujourd’hui d’être à l’origine de ces morts. Le 21 janvier dernier, un tribunal de Kyiv l’a condamné par contumace à 13 ans de prison pour haute trahison. En février 2014, à quelques heures de son échappée belle, il avait appelé la Russie à intervenir militairement en Ukraine. « Il estime de toutes façons que ce procès est une affaire politique parfaitement organisée. Il continuera à vivre dans ses résidences en Russie, à jouer au tennis et à profiter de la vie » dénonce le correspondant moscovite de l’agence de presse ukrainienne Unian, Roman Tsimbaliuk.

Quel statut ?

Viktor Ianoukovitch tourne désormais le dos à sa carrière politique. « Les politiciens comme moi n’ont plus leur place en politique assure-t-il. La politique ukrainienne a besoin de sang neuf, d’une nouvelle génération de politiciens ». Pour autant, son statut comme sa vie quotidienne demeurent mystérieux. Le 6 février dernier, c’est accompagné d’au moins un agent du FSO, service de sécurité des personnalités importantes, des ministres jusqu’au président Poutine, que Viktor Ianoukovitch est arrivé en conférence de presse. « Je ne suis qu’un simple réfugié promet-il. À Rostov, quand je sors dans la rue, beaucoup de réfugiés ukrainiens viennent me parler. Je m’y sens comme à Donetsk. Je suis dans le même bateau que ces gens jetés de leur pays ». Au quotidien, Ianoukovitch enchaînerait les rencontres avec des responsables ou acteurs de la vie politique russe comme ukrainiens. Le gèle de ses actifs par l’Union Européenne en 2014 ne semble pas avoir compliqué sa vie. S’il loue bien une maison de deux étages de près de 500m² avec piscine et salle de sport à Rostov-sur-le-Don, il n’y vivrait pas réellement. Des journalistes évoquent une maison dans la cité balnéaire de Sochi, une autre à proximité de Moscou. En novembre, c’est non loin de la capitale qu’il s’est blessé lors d’un cours de tennis.

De ses proches, il n’a officiellement plus que son fils Alexandre, homme d’affaire, à ses côtés. Son ex femme Lioudmila Nastenko est décédée en 2017 et son second fils, Viktor, est mort en mars 2015, à l’âge de 33 ans. Fan de grosses cylindrées et de vitesse, il a perdu la vie en traversant la glace du lac Baïkal en 4×4, alors qu’il y roulait à toute vitesse avec des amis.
 

Présidentielle

Viktor Ianoukovitch a un avis arrêté sur l’élection présidentielle ukrainienne dont le premier tour aura lieu le 31 mars prochain : « Je connais Petro Poroshenko depuis longtemps, il m’a aidé à construire notre parti, le Parti des Régions, à l’époque. Il ne pense qu’à ses intérêts personnels et utilise des méthodes sophistiquées pour arriver à ses fins mais il n’a aucune chance de remporter cette élection ». L’ancien président se dit nostalgique de ses « années Donbass » désormais en guerre. Ancien gouverneur de la région, il regrette cette époque durant laquelle il « passait son temps avec les mineurs ». Selon lui, les autorités ukrainiennes doivent désormais « ouvrir des discussions avec les responsables séparatistes du Donbass. La seule solution pour sortir de la guerre ».
Paul GOGO

Mer d’Azov. Pour le Kremlin, le contrôle de la région à tout prix

La Libre Belgique.

Bas dans les sondages et en quête d’un contrôle toujours plus fort de la mer noire, Vladimir Poutine prend le risque de l’intransigeance.

L’image aurait été symbolique. Un navire de guerre ukrainien passant sous le contesté pont de Crimée, construit par la Russie en dépit du droit international à l’issue de l’annexion de la Crimée. Mais le risque militaire et symbolique semblait trop important pour le Kremlin. En tentant de rejoindre la mer d’Azov en passant par le détroit de Kertch, la marine ukrainienne s’est attaquée à un tabou exploité par la Russie depuis le début de la crise qui oppose les deux pays. Un accord signé en 2003 par les deux pays donnent des droits équivalents à la Russie et l’Ukraine sur ces eaux stratégiques. Mais dans les faits, la Russie a bel et bien pris le contrôle de la région. L’image d’un bateau poussé sous l’arche du pont de Crimée pour bloquer la circulation du détroit dimanche est saisissante. La Russie a le pouvoir physique de décider qui entre et qui sort de la mer d’Azov. Un enjeu économique, militaire mais également de communication. Intransigeant sur le sujet, Vladimir Poutine ne prendra jamais le risque de décevoir la population russe, exaltée au lendemain de l’annexion, en la laissant croire qu’il puisse y avoir la moindre faille de sécurité à proximité de la péninsule annexée.

Lundi soir, la Russie détenait toujours les 23 militaires ukrainiens et leurs trois navires au sein du port de Kertch, en Crimée. Porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov dénonçait lundi une « provocation dangereuse de la part de l’Ukraine » et concédait des coups de feu tirés sur les navires ukrainiens par les forces spéciales russes : « Nous n’avions pas le choix pour empêcher une violation de notre frontière ».

Risque de sanctions

Le conflit couvait depuis plusieurs mois. Les deux pays n’ont cessé d’augmenter la militarisation de leurs ports situés en mer d’Azov durant l’année passée. En octobre dernier, exaspérée par l’attitude de la Russie à l’égard des bateaux ukrainiens et européens dans la mer d’Azov, l’Union Européenne a menacé la Russie de nouvelles sanctions en cas de conflit dans la zone. En vain. Ces derniers mois, prés de 200 navires européens et ukrainiens auraient été contrôlés et parfois bloqués pendant plusieurs jours par les autorités russes lors de leur passage par le détroit de Kertch.

« Si nos gardes-frontière réalisent autant de contrôles, c’est parce que les leaders de l’auto proclamée assemblée des tatars de Crimée et les groupes nationalistes ukrainiens ainsi qu’un certain nombre de politiciens ukrainiens ont appelé au terrorisme et à la destruction du pont de Crimée » affirmait au journal Kommersant, Grigori Karasin secrétaire d’état du ministère des affaires étrangères russe vendredi dernier.

En refusant le passage des navires militaires et commerciaux ukrainiens sous le pont de Crimée, la Russie teste la capacité de réaction de l’Union-Européenne tout en prenant le risque de subir de nouvelles sanctions. Comme en Ukraine, l’explication de cette manœuvre risquée se trouve très certainement dans la politique nationale. Depuis l’été dernier et l’annonce de l’impopulaire réforme des retraites, le taux de popularité de Vladimir Poutine subit une dégringolade inédite. Le président russe n’aurait plus que le soutien de 45% de la population contre 64% en mai dernier. Cette impopularité n’avait pas été aussi importante depuis… la veille de l’annexion de la Crimée. L’introduction de la loi martiale en Ukraine joue le jeu du Kremlin. Les médias russes ont repris, lundi, un ton proche de celui de 2014 destiné à décrédibiliser le pouvoir ukrainien et à jouer la carte de l’Ouest russophobe. Dans la suite de son interview au journal Kommersant, Grigori Karasin déclarait « le sujet de la mer d’Azov a été intentionnellement inséré dans l’espace médiatique. Le régime de Kiev a créé un nouveau thème anti-russe avec ses mentors étrangers (…) le seul objectif de l’ouest est de pouvoir durcir les sanctions contre la Russie ».

France Culture. Six policiers arrêtés, accusés de torture en prison

Six policiers ont été arrêtés lundi en Russie. Ils sont accusés d’avoir participé à la torture d’un prisonnier en juin 2017, une affaire révélée la semaine dernière par le journal d’investigation russe Novaia Gazeta qui a mis en ligne une vidéo des faits.

Il s’agit d’un extrait d’une dizaine de minutes montrant un prisonnier de la colonie de correction numéro 1 de Yaroslav, subir des actes de tortures.

Sur cette vidéo mise en ligne par le journal d’investigation indépendant du pouvoir Novaia Gazeta, on peut voir une dizaine de policier s’acharner à coups de matraques sur Evgueni Makarov, le prisonnier.

Lundi, les autorités russes ont arrêté six policiers soupçonnés d’avoir participé à ces actes de violence.

Anastasya Garina du comité indépendant de lutte contre la torture se félicite de la réaction des autorités.

« Il y a eu une réaction de la part des autorités. Et elle a été bonne, adéquate. Mais il faut comprendre que cette situation de violence en prison n’est pas une exception, c’est plutôt la règle en Russie. »

D’après le comité, une centaine de prisonniers se seraient plaints de violences dans cette même prison. Des violences semble-t-il cautionnées par la direction.

 » Les détenus russes font très souvent l’objet de violences de la part des membres de l’administration pénitentiaire. Parfois ces violences viennent de détenus a qui l’administration de la prison commande ces violences. Nous avons aussi d’autres cas dans lesquels les administrations ferment les yeux sur des bagarres entre détenus. »

Devant l’écho inédit de cette vidéo, les enquêteurs ont promis d’arrêter d’autres policiers dans les jours à venir.

Paul GOGO pour France Culture

RFI. Reportage, après la liesse, le cas Sentsov

Après la victoire, le sacre. Tournée en bus pour les Bleus à Paris, « Deschamps Elysées » à l’Etoile, ou plutôt aux « deux étoiles ». Les Bleus perchés sur le toit du monde. On ne vous refera pas le film dans Accents d’Europe.

On a juste sélectionné deux images, en marge de la performance sportive. Celle de Kylian Mbappé tapant dans la main d’une opposante des Pussy Riot, qui avait fait irruption sur la pelouse pour interrompre brièvement le match. Ou cette autre photo, d’une fan zone vide avec cette légende : « La liberté est finie. Bienvenue dans la vraie Russie ». Deux photos qui font, bien sûr, référence à la situation des droits de l’homme à Moscou. Car derrière cette formidable liesse mondiale, il y a bien sûr une opération de communication bien orchestrée par Vladimir Poutine. Et le sort d’un homme Oleg Sentsov qui se meurt dans une colonie pénitentiaire du nord de la Russie. Le cinéaste ukrainien, engagé contre l’annexion de la Crimée, est en grève de la faim. Il a été condamné à 20 ans de prison pour terrorisme et trafic d’armes, à l’issue d’un procès qualifié de « stalinien » par Amnesty. Pour l’instant, aucune pression internationale n’a fait plier Poutine. Et en Russie, le cas Sentsov est quasiment tabou. A Moscou, le reportage Paul Gogo.

 

La Libre Belgique. Poutine et Trump réunis à Helsinki pour un exercice de com’

Ce lundi, quelques heures après la fin de la Coupe du monde, le président russe Vladimir Poutine se rendra à Helsinki pour rencontrer le président américain Donald Trump pour une première rencontre bilatérale. Dans les médias russes, on n’attend pas grand chose de cette rencontre, si ce n’est un exercice de communication que la presse estime déjà remporté par le président russe. Car cette rencontre est avant tout une question de symbole et d’images. Mille quatre cents journalistes de 61 pays seront présents, ce lundi, à Helsinki. D’après le journal russe Kommersant, Vladimir Poutine et Donald Trump auraient accepté le principe d’une conférence de presse commune durant laquelle ils devraient présenter une déclaration commune de deux pages insistant sur “l’importance de maintenir le dialogue entre leurs deux pays et leurs services de sécurité”. Objectif pour le Kremlin : parvenir à organiser une prochaine visite du président américain à Moscou. “Les médias étrangers ont publié de nombreux reportages présentant Trump comme un président soudain prêt à échanger. Par exemple, sur la question d’une redéfinition des influences en Europe et sur ‘l’Ukraine donnée à Moscou’. Mais les experts sont formels, aucun changement géopolitique notable ne se produira à l’issue de ce sommet”, modérait dimanche le journal populaire “Komsomolskaia Pravda”. Le président Trump n’a pas dit autre chose dimanche sur CBS en déclarant qu’il avait “de faibles attentes” quant à son entrevue avec M. Poutine.

Un Mondial diplomatique

Cette rencontre arrive à l’issue d’un Mondial réussi. “La meilleure coupe de tous les temps” a déclaré le président de la Fifa Gianni Infantino, samedi, lors d’un gala organisé par le président Poutine dans la grande salle du prestigieux théâtre Bolchoï. Ne cachant pas le rôle de “soft power” d’un tel événement, le président russe a pris la balle au bond devant de nombreuses délégations étrangères en remerciant les supporters étrangers “ d’être venus constater que la Russie de 2018 ne correspondait pas aux clichés de l’étranger”. L’air de rien, le Mondial a fait office de séquence diplomatique pour le président russe. Pendant un mois, Vladimir Poutine a rencontré des dizaines de chefs d’Etat venus échanger quelques mots à l’occasion d’un match de football. Persuadé que son équipe n’irait pas loin dans le Mondial, le président russe s’est bien gardé d’assister aux matchs, envoyant son premier ministre Dmitri Medvedev assurer une présence officielle. Mais la plupart des chefs d’États venus à Moscou ont fait un arrêt par le Kremlin avant de se rendre au stade. En ce week­end de finale, ce ne sont pas moins d’une douzaine de responsables politiques qui ont défilé au Kremlin, de Palestine, du Gabon, de Moldavie, de Hongrie, du Soudan jusqu’à la présidente Croate Kolinda Grabar-Kitarovi et au président français Emmanuel Macron venus supporter leurs équipes finalistes. La semaine dernière, c’est le dossier syrien que le président russe a tenté de faire avancer en rencontrant dans sa maison de campagne à quelques kilomètres de Moscou un responsable iranien et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou dans la même journée. De quoi pousser certains observateurs à soupçonner le président Poutine d’avoir utilisé la Coupe du monde pour s’organiser son sommet diplomatique personnel en miroir au sommet de l’Otan organisé à Bruxelles les 11 et 12 juillet derniers.

La Libre Belgique. Des Nigérians pris au piège du Mondial

Entrés sans visa en tant que supporters, ils espéraient rester et trouver du travail. C’était un leurre.

L’offre paraissait alléchante pour les quelques centaines de Nigérians aujourd’hui coincés sans billet retour, à Moscou et Saint-Pétersbourg. Des agents touristiques leur ont vendu un forfait en apparence très avantageux. Il comprenait un billet d’avion pour Moscou; un ticket pour assister à un match de la Coupe du monde, et surtout, une “Fan ID”. Ce document offert aux détenteurs de tickets de matchs permettait à quiconque de se rendre en Russie sans visa le temps de l’événement. Les Nigérians pensaient profiter de leur présence sur le territoire russe pour y trouver du travail.

“On a dit à ces jeunes hommes que ce Fan ID leur permettrait de travailler en Russie. Le Fan ID a représenté une opportunité pour les trafiquants d’êtres humains. Certains de ces hommes espéraient trouver du travail en usine, d’autres, à qui on a expliqué que la Russie manquait de footballeurs, ont pensé pouvoir intégrer un club de football en arrivant”, explique, dépitée, Ioulia Silouïanova de l’ONG russe Alternativa. Les jeunes Nigérians ne comprennent pas la situation et l’ambassade du Nigeria en Russie peine à apporter de l’aide. Pire, elle met des bâtons dans les roues des bénévoles russes. Jeudi, l’ambassade a fait miroiter un vol retour aux Nigérians piégés en Russie. Une cinquantaine d’entre eux a passé la journée devant le terminal destiné aux VIP de l’aéroport Sherementievo de Moscou.

“L’ambassade a organisé un piège en nous faisant amener une foule à l’aéroport. Certains d’entre eux sont un peu agressifs. Plus ils sont fatigués, plus ils s’énervent et la police russe ne comprend pas ce qui se passe. L’ambassade espérait sans doute que tout le monde finisse en prison”, explique Ioulia Silouïanova. Devant l’échec de cette tentative, la police a rapatrié la cinquantaine de personnes, vendredi, dans le centre-ville de Moscou.

Esclavage et prostitution

Regroupés sur le trottoir qui fait face à l’ambassade, les hommes ne lâchaient pas leur précieuse Fan ID. Leur présence sur le territoire russe deviendra illégale à partir du 25 juillet prochain (NDLR Entre-temps, Vladimir Poutine a annoncé rallonger la validité de ces documents jusqu’au 31 décembre 2018). Spécialisée dans la gestion de ce genre de situations, l’ONG Alternativa ne reçoit aucun financement de l’État russe et les bénévoles risqueraient d’être qualifiés d’agents de l’étranger s’ils recevaient de l’argent de l’extérieur. “Nous nous finançons nous-mêmes, il nous est impossible de financer leur retour ou même un hébergement d’urgence”, explique la bénévole d’Alternativa. Résultat, scène rare en Russie, ils ont été plusieurs dizaines à passer la nuit à même le sol, vendredi, en plein centre de Moscou. “Il s’agit pour nous de mettre la pression à l’ambassade. Le problème doit être résolu rapidement. Car même si nous n’avons jamais vécu de situations de ce type, nous en connaissons les conséquences. Lorsque des personnes se retrouvent en position de faiblesse comme c’est le cas de tous ces hommes, il est fort probable qu’on les retrouve dans des réseaux d’esclavage dans quelques semaines, lorsque leur présence sur le territoire sera devenue illégale et qu’elles seront désespérées”, avertit un bénévole. L’association est d’autant plus vigilante

qu’elle a repéré plusieurs réseaux de prostitution durant la Coupe du monde. “Nous avons démantelé un bordel la semaine dernière en collaboration avec la police. Il s’agissait ici aussi de femmes nigérianes. La prostitution des femmes a lieu toute l’année, ce qui n’est pas le cas des trafics touchant les hommes, analyse Ioulia. Mais une chose est claire, nombre d’entre elles ont profité du Mondial et de son système de Fan ID pour entrer en Russie et disparaître dans des réseaux de prostitution.”