Forum Russie – Afrique, reportage à Sotchi pour La Libre Belgique

A Sotchi, la Russie se présente en protectrice de l’Afrique souveraine

Reportage dans la « ZAD » du nord russe

à 1200 km de Moscou, des russes vivent depuis un an dans un camp de fortune. Ils veulent empêcher la construction d’une décharge en pleine taïga. (Pour La Libre Belgique)

DSC_7146

« Ici, on trouve du pétrole, du gaz, de l’or, du bois, on fait la richesse de Moscou et eux ils nous renvoient leurs déchets » s’emporte Anton, 33 ans, perché sur un tas de cailloux avec vue sur le chantier contesté de Shies, village abandonné situé à 1200 km au Nord de Moscou. En novembre 2018, des chasseurs découvrent par hasard l’existence de ce projet réalisé par le gouverneur de la région d’Arkhangelsk, financé par la mairie de Moscou. La population locale se mobilise instantanément. D’après l’institut de sondage Levada, 95% des russes de la région s’opposent au projet.

Depuis deux ans, la mairie de Moscou fait face à un dilemme sans précédent. La quasi totalité des décharges de ses banlieues sont pleines à craquer. La grogne monte et franchit un nouveau pallier le 21 mars 2018 lorsque 41 enfants sont hospitalisés intoxiqués par des gaz issus de la décharge de Volokolamsk (130 km à l’Ouest de Moscou). Le président russe s’empare alors du sujet en direct à la télévision. Une « solution » a été trouvée : envoyer les déchets le plus loin possible de la capitale. L’idée de construire une décharge à la frontière de la République des Komis, aux confins de la région d’Arkhangelsk naît alors en coulisse. Si le projet se réalise, les moscovites enverront plus de 500 000 tonnes de déchets par an en pleine taïga, soit quatre trains par jour.

Projet gelé

DSC_7020

« Il fallait être sacrément idiot pour imaginer ce projet » s’emporte Nikolaï, 49 ans qui vient régulièrement passer quelques jours dans le camp des opposants. « La décharge polluera nos fleuves et la mer Blanche jusqu’à la mer de Barents. C’est aussi oublier que les gens d’ici sont liés à leur terre, ils l’ont toujours défendue, c’est celle de nos ancêtres et de nos petits-enfants » explique cet employé dans une usine à papier. Affublé d’un manteau chaud couleur treillis, mal rasé, le visage marqué, il tente de se réchauffer auprès d’un samovar. Cet hiver, la température pourra descendre en dessous des -30°. Pour l’instant, tous vivent les pieds dans la boue.

Le chantier est à l’arrêt depuis plusieurs mois, bloqué par les militants puis gelé par le président russe. Une quinzaine de personnes, souvent plus, vivent au quotidien devant l’entrée du chantier. Ils se relayent jour et nuit sur les talus qui surplombent la gare et l’héliport. « Nos postes construits dans les bois nous permettent de bloquer leur approvisionnement en carburant, ils ne peuvent faire venir le pétrole que par hélicoptère » explique Anton en s’appuyant sur un gros fauteuil posé en haut de son terril. Résultat, il n’y a plus d’ouvriers, seulement quelques policiers et vigiles présents sur le site.

Risque d’incendie

DSC_7044.JPG

Il faut rouler plusieurs heures depuis la capitale de la République des Komis, Syktyvkar, traverser un fleuve et emprunter une voie de service du géant pétrogazier Gazprom en voiture accréditée pour accéder au chantier. Les deux derniers kilomètres se font à pied dans la boue en pleine forêt. Des employés de l’entreprise d’État transportent les opposants et soutiennent le mouvement. Car ce chantier réalisé au milieu de nulle-part s’avère plus dangereux qu’il n’en a l’air. Sept gazoducs passent à proximité, ils relient le Grand Nord aux gazoducs « Nord Stream » qui fournissent l’Europe en gaz. Les risques d’explosion, du déjà-vu, sont nombreux. D’autant plus que ce chantier est réalisé au milieu des bois, sur de la tourbe.

Une tente puis deux et désormais ce sont une cuisine, une cantine, des dortoirs et un feu pour le samovar qui ont été installés dans le camp, malgré l’interdiction et les contraventions des autorités. « On est fatigués mais on ne lâchera rien » lance Lioudmila, infirmière retraitée. « Ils ont bien tenté de nous acheter en finançant des chantiers dans les villes de la région mais on n’oublie pas cette expression soviétique : « On ne trouve le fromage gratuit que dans les pièges à souris ».

DSC_7200

Petit à petit, la communauté s’agrandit et fait face à la grogne des autorités. Les forces de l’ordre ont tenté d’intervenir, en vain, puis des poursuites judiciaires sont apparues. Aujourd’hui, la police s’appuie sur des vigiles cagoulés présents sur place pour protéger le chantier. En mai dernier, 11 militants ont fini à l’hôpital suite à une bagarre générale entre agents de sécurité et opposants. « La police ne peut tout simplement pas intervenir en masse. Même s’ils faisaient arrêter un train au niveau du chantier, il serait impossible de loger, nourrir ces hommes » explique Elena Solovieva, journaliste indépendante qui couvre le conflit. Aidés par des politiciens locaux, les militants ont installé des paraboles et le wifi. En cas d’intervention des autorités, des centaines de personnes sont prêtes à gonfler les rangs des manifestants en quelques heures.

Dans le camp, drapeaux communiste et nationaliste se côtoient au milieu de ceux des paras, des écologistes… « Certains supportent Poutine, la majorité non. Nous ne parlons pas de politique si ce n’est du fonctionnement de notre communauté » explique Vladimir, 67 ans, ingénieur en automatisation dans une usine à papier. « Je ne faisais pas de politique mais nous n’avons plus le choix, c’est une question de dignité. Au début, en Russie on était euphoriques avec notre grande armée, mais on a vite compris que rien ne bougeait. On est finalement nombreux à être déçus par la politique de Poutine. On comprend que ça fait longtemps que le pouvoir s’est éloigné des gens, le royaume de Moscou ne peut pas comprendre qui nous sommes ». Elena Solovieva s’est penchée sur ce laboratoire politique. « Les gens en ont marre de l’absence de démocratie en Russie. Les manifestants se sont créés une expérience politique, ils ont réussi à faire en sorte que Vladimir Poutine parle de Shies. Puis ils ont créé leur communauté avec leurs règles. Ils veulent que la relation entre les gens, les régions et le pouvoir change, parlent d’un génocide des régions du Nord. Certains messages minoritaires mais symboliques apparaissent. Ces messages demandent la démission du Président ou parlent de séparatisme en République des Komis… La fracture est visible ».

Paul GOGO

Le défi russe du gazoduc européen Nord Stream 2

Publié en août 2019 dans l’Usine Nouvelle.

 

La construction du gazoduc Nord Stream 2 doit s’achever en fin d’année. C’est en Russie, à quelques kilomètres de la frontière estonienne qu’il plonge dans les eaux de la Baltique en traversant un parc naturel protégé. Un défi technique et environnemental pour les constructeurs.

Nord stream (4).JPG

« C’est assez simple à comprendre, vous partez de Saint-Pétersbourg, vous longez la côte, vous avez des kilomètres de banlieue, vous arrivez sur une centrale nucléaire, le port d’Oust-Louga puis la réserve naturelle Kurgalski qui s’étale jusqu’à la frontière estonienne. Il n’y avait pas d’autre emplacement possible« , explique, le doigt sur une carte, Raffaele Parisi, chef de projet de la base de départ russe du gazoduc « Nord Stream 2 ». Le gazoduc long de 1 200 km construit par le géant pétrogazier russe Gazprom à travers sa filiale suisse « Nord Stream 2 » débute sa route vers l’Allemagne par une traversée de 6,2 kilomètres d’une réserve naturelle sensible, dont 3,7 km sur terre.

« En 3,7 km vous traversez des marécages, une dune, une forêt et une plage, nous ne pouvions pas installer une base de chantier au milieu de tout ça« , précise Raffaele Parisi.

C’est donc à l’est de la forêt, au niveau de la zone d’insertion des pistons racleur instrumentés (PIG) qu’est installée la zone de travail. Ces pistons racleurs sont essentiels. Ils s’agit de cylindres remplis de capteurs régulièrement insérés dans le flux du gaz pour vérifier la santé des tuyaux du gazoduc.

Technique unique

Nord stream (1).JPG

Les soudures des tuyaux destinés à être enfouis dans les centaines de mètres de tranchées entre le rivage et le treuil sont réalisées à bord.

Les tuyaux de 12 mètres de long recouverts d’un revêtement de béton de 24 tonnes sont plongés uns à uns dans les basses eaux de la Baltique en direction de la terre. « Nous utilisons en quelque sorte la technique du ‘pipe-pulling’, les tuyaux sont progressivement tirés du bateau vers la terre par le treuil. Nous avons rempli les tranchées d’eau sur les 3,7 kilomètres pour limiter de 10% le poids des tuyaux et donc, parvenir à les tracter depuis le large ». Résultat : pas de grue, de poste de soudure ni de transport de tuyaux dans la zone protégée.

Cadences élevées

Côté terre, c’est une entreprise française, « Serimax » qui assure les soudures des tuyaux qui seront ensuite acheminés jusqu’au treuil. Cette entreprise basée en région parisienne a installé cinq stations de soudage à quelques mètres de l’enchevêtrement de tuyaux de la zone « PIG ».

« Cela fait 30 ans qu’on fait ça donc on a le rythme », sourit Nicolas, soudeur. Ce spécialiste travaille sur les chanfreins des deux lignes de tuyaux du gazoduc sur la moitié des 3,7 kilomètres qui séparent la station de compression et la mer. Le défi est de taille mais les soudeurs sont expérimentés. « Nous avons des soudures automatiques avec des chanfreins très serrés qui permettent de remplir avec une cadence et un taux de production particulièrement élevé. Nous avons une autre activité en parallèle où nous faisons de la préfabrication sur des chanfreins manuels, beaucoup plus ouverts à 30 degrés. De manière générale, ils sont plus longs et délicats à remplir ».

Derniers mois de chantier

Partout sur le chantier, les avertissements liés à la présence d’animaux sauvages sont nombreux. Grenouilles, biches, sangliers et même ours y vivent en toute liberté. Mais pas de quoi déconcentrer Nicolas en pleine inspection des soudures. « Nous sommes habitués à souder toutes sortes de diamètres et d’épaisseur mais ce tuyau est de nature très épaisse. Sur la ligne automatique, on travaille sur du 35mm d’épaisseur, 41 mm sur la ligne manuelle. 41mm d’épaisseur ça reste un joli défi », explique le professionnel.

À quelques mètres des Français, les ouvriers russes ont construit un grand coffrage traversé par le gazoduc. Il sera couvert de béton pour absorber les mouvements venus de la mer, et ainsi, éviter de fragiliser la partie « PIG » et la zone de compression du projet.

Ce gazoduc à 8,4 milliards d’euros divise les Européens et se construit sous la menace de sanctions américaines. Si tout se passe bien, il entrera en fonction d’ici 2020 et permettra d’envoyer chaque année 55 milliard de mètres cubes de gaz de l’Arctique vers l’Europe.

Paul GOGO

 

Elena, militante LGBT assassinée en Russie

Reportage publié dans Grazia en août 2019.

Le 20 juillet dernier, un passant découvrait le corps inanimé d’Elena Grigorieva dans une cour d’immeuble de Saint-Pétersbourg. Cette militante révoltée de 41 ans avait reçu de nombreuses menaces.

Les circonstances de ce meurtre demeurent floues, mais un homme de 29 ans a avoué avoir étouffé puis poignardé Elena Grigorieva, 41 ans à huit reprises, samedi 20 juillet dans la soirée. D’après les enquêteurs, la jeune femme participait à une soirée dans un appartement de la banlieue sud de Saint-Pétersbourg lorsqu’elle a rencontré cet homme, un inconnu pour elle. C’est en allant fumer une cigarette avec lui dans la cour de l’immeuble, en fin de soirée qu’une dispute aurait éclaté entre-eux, jusqu’à ce que l’homme sorte un couteau. C’est non loin de chez elle, dans cette cour aux frontières d’une enfilade sans fin de barres d’immeubles de béton et de quartiers gris de style soviétique que le corps d’Elena a été retrouvé, une dizaine d’heures après le meurtre, dans un buisson.

Originaire de Véliki Novgorod, Elena Grigorieva était une activiste chevronnée, connue de tous les militants de Saint-Pétersbourg critiques du pouvoir russe. Le parcours de cette femme brune toujours affublée de ses lunettes rondes et d’une veste en cuir n’est pas passé inaperçu lors de son arrivée en ville. D’abord militante nationaliste, la jeune femme a raconté à ses proches avoir été choquée par l’annexion de la Crimée ukrainienne par la Russie en 2014 puis par le soutien apporté par l’armée russe aux séparatistes du Donbass. De quoi la convaincre de changer de camp et ainsi, rejoindre les « libéraux » russes, l’opposition. Elle n’aura jamais coupé ses liens avec ses anciens amis nationalistes qu’elle essaiera de rallier à ses causes. Cela lui vaudra ses premières menaces de mort que la police n’aura pas plus pris la peine d’étudier que sa plainte pour un viol…

Une femme de tous les combats

Il y a plus d’un an, la jeune femme annonce publiquement sa bisexualité faisant encore plus enrager ses ennemis. Le combat pour le respect des droits pour les LGBT lui devient alors essentiel. « Nous nous sommes rencontrées en avril dernier à l’occasion de la campagne « Jour de silence ». Des activistes de différents pays se couvraient la bouche pour attirer l’attention sur l’homophobie. Elena s’est faite arrêter par la police alors qu’elle n’avait rien fait d’illégal. Ça lui arrivait souvent » se remémore Vitali Bespalov, militant LGBT. L’opposante multiplie les actions contre la guerre, en solidarité avec des prisonniers politiques, soutient le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov emprisonné, les tatars de Crimée persécutés…

« Lena était gentille, réceptive, amusante, elle avait beaucoup d’amis mais aussi beaucoup d’ennemis » raconte Alexandre Mironov, un ami proche d’Elena. La militante se savait menacée, elle avait prévu de faire un double des clés de son appartement et de lui confier son chat, « Turner ». « Elle m’a accueilli quand je me suis retrouvé sans appartement, j’étais au chômage, elle aussi. Elle travaillait un peu au noir. Quand Lena a fait son « coming out », elle a reçu beaucoup de menaces, elle m’appelait pour en parler parfois » raconte Alexandre. Sur sa page Facebook, le militant appelle le monde entier à lui envoyer de l’argent pour soigner le chat qu’il a recueilli. Il tient à montrer des impressions d’écran de discussions entre Elena et certains de ses harceleurs. On y voit notamment une photo avec deux poignards et un commentaire d’un certain « Don Kotiano » « Qu’en penses-tu pédéraste, je vais te poignarder à fond ? ». Elena répond, provocante « je ne suis pas contre ! ».

«Pila » contre les LGBT

Souvent présentée comme la plus européenne des villes russes, Saint-Pétersbourg jouit d’un milieu militant particulièrement actif et productif. Lorsqu’en 2017 et fin 2018, des ONG ont dénoncé des purges contre les LGBT de Tchétchénie, c’est vers Saint-Pétersbourg que nombre d’entre-eux ont afflué, notamment soutenus par Igor Kotchetkov de l’ONG « réseau LGBT russe ». Cela n’empêche pas la banlieue de la ville d’être réputée dans toute la Russie pour abriter de nombreux nationalistes et néonazis.

Mi-juin, Kotchetkov s’est retrouvé en Une du site internet d’un réseau nationaliste homophobe « Pila contre les LGBT ». Le militant pour les droits des LGBT y apparaît à côté d’une corde et d’une bulle lui faisant déclarer « Oh, une corde, je pourrais me pendre avec ! ». Ces nationalistes demandent entre autre la fermeture des comptes en banque des LGBT russes, « l’obligation de soigner les LGBT », la fin des aides gouvernementales destinées aux séropositifs et menacent : « Nous vous avons préparé des cadeaux dangereux et cruels » suivi d’une liste de militants à viser. Elena Grigorieva y apparaît, Bespalov et Kotchetkov également… « Nous en avons discuté. Nous ne voulions pas avouer notre peur d’y apparaître, nous en avons rigolé » raconte Vitali Bespalov. « Je pense pour autant que cette liste n’est pas liée à son meurtre, ces gens ne font que parler. Mais ils peuvent inspirer des fous. Les enquêteurs parlent de « meurtre domestique ». Personne n’y croit dans le milieu militant de Saint-Pétersbourg, nous sommes tous convaincus que ce meurtre est lié à ses idées, son militantisme ».

Paul GOGO

à Moscou, il se bat seul contre le réchauffement climatique

Arshak Makichyan a souhaité rejoindre la jeune suédoise Greta Thunberg dans son combat contre le réchauffement climatique. Mais protester n’est pas chose aisée en Russie, cet étudiant manifeste tous les semaines seul.

DSC_5217

« C’est difficile mais je serai là tous les vendredis » assure Arshak Makichyan, 24 ans, étudiant violoniste au conservatoire de Moscou. Tous les vendredis depuis 9 semaines, il se plante devant la statue d’Alexandre Pouchkine dans le centre de Moscou avec une pancarte appelant à agir contre les changements climatiques. « Le réchauffement climatique c’est la famine, la guerre, la mort » est-il écrit sur son panneau. Un message plutôt neutre, mais qui suffit à agacer certains passants. « Quelqu’un vient tout juste de m’expliquer que le réchauffement climatique est une invention des scientifiques » s’amuse-t-il. Arshak manifeste seul, la police le contrôle, des passants le photographient ou tentent parfois de le provoquer. Les « piquets solitaires » sont les seules protestations tolérées par les autorités sans autorisations préalables en Russie. « Je demande à mes amis de ne pas manifester avec moi, de le faire sur internet ou dans d’autres quartiers. A deux sur cette place, la police nous embarquerait ». Le jeune violoniste a longtemps hésité avant de manifester. Il a observé les rassemblements de l’opposition russe et leurs conséquences, « des jeunes exclus de leurs écoles, emprisonnés ou frappés dans les commissariats pour s’être opposés à Poutine ». Sa plus grande peur : se faire arrêter et casser un bras par la police à deux mois de son examen final de violon.

Climato-scepticisme

C’est encouragé par Greta Thunberg et motivé par la participation à sa première manifestation écologiste en mars dernier qu’il s’est lancé dans ses « piquets solitaires », régulièrement félicité par la jeune suédoise en personne via les réseaux sociaux. « Cela fait longtemps que j’essaie de changer mes habitudes. Je milite pour l’interdiction du plastique, la création d’un système de recyclage des déchets à Moscou… J’ai honte de voir les moscovites, riches, consommer autant alors que le reste de la Russie est inondé par nos déchets » explique-t-il.

Depuis mars 2018, de nombreuses villes de la banlieue de Moscou réclament la fermeture de décharges. En réponse, les autorités ont multiplié les arrestations dans la population puis décidé d’envoyer une partie des déchets de la capitale de 12 millions d’habitants dans la région d’Arkhangelsk (1000 km au nord de Moscou). Seul 4% des déchets sont recyclés en Russie contre plus de 80% en Belgique.

Avenir inquiétant

En septembre dernier, le ministère de l’écologie russe s’inquiétait dans un rapport des conséquences du réchauffement climatique sur le territoire russe. Le réchauffement climatique est deux fois plus important en Russie que dans la plupart des autres pays du monde, le nombre de décès liés à des catastrophes environnementales aurait été multiplié par onze en Russie entre 2016 et 2017. Toujours d’après ce rapport, Moscou pourrait subir d’importantes vagues de chaleur dans les années à venir, les régions pourraient subir une contamination de leur eau du robinet tandis que les déraillements de train pourraient se multiplier à cause de la déformation des rails dans le sud de la Russie. Le rapport alerte également sur la fonte du permafrost (sol gelé toute l’année) dans l’Arctique, qui pourrait mener à la dispersion de substances chimiques, biologiques et radioactives dans l’air et sur le risque d’incendies de grande ampleur dans les forêts de Sibérie…

Vladimir Poutine écolo ?

Il n’est pas évident de parler écologie en Russie, le sujet n’est quasiment jamais abordé dans la presse russe. « C’est un peu comme à l’époque, quand la presse soviétique nous cachait la catastrophe de Tchernobyl » ironise Arshak. Il en est convaincu, « la majorité des russes sont climato-sceptiques ». Il faut dire que les voix politiques manquent de clarté. Le président russe alterne régulièrement discours écologistes et climato-sceptiques. En mars 2017, Vladimir Poutine assurait que les changements climatiques n’étaient pas liés aux actions de l’humain. En mars dernier, il affirmait lors d’un forum sur l’Arctique que la priorité de la Russie, présidente du conseil de l’Arctique en 2021 serait de « promouvoir les technologies de protection de l’environnement ».

« Il adapte son discours, ça ne l’empêche pas d’exploiter toujours plus de gaz dans l’Arctique » dénonce le violoniste. Prochaine étape pour le jeune activiste : « Organiser une grande manifestation pour le climat, autorisée par les autorités, à Moscou. On sera sûrement mis au fond d’un parc mais cette fois-ci les jeunes n’auront pas peur de participer » espère-t-il.

Paul GOGO

à Moscou, où se préparent les (longs) voyages spatiaux

La Libre Belgique

Six russes et américains se sont enfermés la semaine dernière dans une station spatiale factice. L’objectif : Se préparer aux voyages longs dans l’espace, destination Mars et la Lune.

DSC_4565.JPG

Ils sont jeunes et ambitieux, trois femmes, trois hommes, deux américains et quatre russes, ils vivront enfermés dans un espace confiné ces quatre prochains mois. Il ne s’agit pas d’une émission de télé-réalité de mauvais goût mais d’une expérience scientifique qui pourraient mener ces six personnes jusqu’aux tréfonds de l’espace. Cette expérience du projet « Sirius » est réalisée conjointement entre la Nasa et l’Institut pour les problèmes biomédicaux russe. L’objectif est simple : Il s’agit d’étudier la résistance physique et psychologique de l’homme en vue de longs vols spatiaux. Car si la technologie évolue et, selon les spécialistes du domaine, devrait permettre de réaliser des vols longs dans l’espace d’ici 10 à 15 ans, les scientifiques n’ont pas encore fait le tour des difficultés mentales, psychologiques et physiques que de tels voyagent entraîneront.

Le projet Sirius s’inscrit dans une flopée de programmes de recherches liés à la conquête de l’espace. Mais avec l’annonce récente par la Russie et les USA de leur volonté de créer une station en orbite doublée de modules disposés sur Mars et les ambitions de conquête de la Lune par la Chine, ces recherches sur les vols longs deviennent prioritaires pour les agences spatiales du monde entier.

D’ici la fin de la mission Sirius, en 2022, deux autres expériences de « huis clos » de 6 mois et d’un an seront organisées avec un scénario semblable à celui imaginé par les les agences spatiales engagées dans cette course de l’espace. Les séquences d’enfermement de Sirius reposent sur un scénario crédible. Il s’agit pour l’équipe de simuler un voyage de dix jours puis la vie dans une station spatiale en orbite autour de la Lune. Soit une centaine de jours « en orbite » pour l’expérience actuelle et 80 expériences à mener en plus des tests médicaux réalisés quotidiennement. Américains, chinois et russes ont déjà pensé les constructions de bases sur la Lune ou Mars en les réalisant depuis une station placée en orbite. Avec pour objectif, à terme, de pouvoir envoyer des hommes vivre sur ces planètes sur plusieurs jours, le temps d’y réaliser quelques expériences.

« L’objectif est de garder l’équipe motivée durant la mission et d’observer l’effet des différences de cultures et de genres qui font la force de notre « expédition » » explique Evgueni Tarelkine, 43 ans, responsable de la mission. Ce cosmonaute russe a déjà passé 143 jours dans l’espace, en 2012, au sein de la station spatiale internationale. Il fait partie des six compères enfermés, engagés à réaliser plus de 80 expériences destinées, entre autre à observer l’évolution de la santé et des performances de l’équipe, sa susceptibilité au stress, la capacité à multiplier les taches avec des partenaires différents mais également à créer une équipe capable de travailler en autonomie et de déterminer à quel point les différences culturelles et de genre peuvent poser problème.

Stress psychologique

DSC_4666

Cette fausse station spatiale est faite de trois grands tubes installés dans un hangar de l’institut des problèmes biomédicaux russe, en banlieue de Moscou. Fermé par un sceau de cire, la porte de cette réplique de métal et de bois de station spatiale ne sera rouverte que début juillet. « La date exacte n’est pas encore connue, il n’est pas impossible que nous les mettions à l’épreuve psychologiquement en décalant la fin de l’expérience de quelques jours au dernier moment » explique Oleg Orlov directeur de l’institut en charge de l’expérience.

« Les difficultés sont nombreuses, il faut faire face aux problèmes techniques mais il faut aussi être capable d’apporter une aide morale aux collègues, nous allons faire face à des stress psychologiques forts qui ne doivent pas nous empêcher de rester bons et solidaires dans notre travail » explique Stefania Fediaї, 28 ans, docteur psychiatre. L’équipe se distingue des équipes classiques de cosmonautes par sa jeunesse. Car pour les agences spatiales comme pour ces jeunes surdoués, cette expérience est un vrai pari sur l’avenir. « Nous sommes quasi certains que ce genre de missions pourront être réalisées d’ici 10 à 15 ans. Nous espérons un jour en faire partie! » Explique Anastasia Stepanova, ingénieure russe.

DSC_4689.JPG

« Personnellement, c’est le manque d’eau chaude, d’internet et le fait de devoir faire du sport en étant dans un espace réduit pendant quatre mois qui m’inquiète le plus » confie Stefania Fediaї. Pendant quatre mois, le réalisme de la mission sera poussé jusqu’au rationnement de la nourriture distribuée tous les 30 jours comme délivrée par une capsule envoyée par la terre. Pour ce qui est de la communication avec l’extérieur, ou la terre donc, elle n’aura lieu que quelques minutes par jour avec 5 minutes de battement entre chaque échange.

Ce n’est pas tous les jours que l’on voit américains et russes enfermés quatre mois durant dans une même pièce, à Moscou. Mais l’espace semble résister aux tribulations géopolitiques qui animent les deux pays. « Nos deux agences semblent prêtes à travailler ensemble. On ne sait pas encore quelle collaboration nous mènera aussi loin dans l’espace mais elle sera forcément internationale et certainement avec la Russie. L’espace et le confinement créaient une sensation de camaraderie qui passe au dessus de tout ça » assure l’américain Reinhold Povilaitis, 30 ans, chercheur dans le domaine de l’orbite lunaire, lui aussi de la mission.

Paul GOGO

RFI : La Russie réitère son soutien à l’Algérie et appelle à un «dialogue national»

Le vice-Premier ministre et chef de la diplomatie algérienne Ramtane Lamamra était à Moscou, mardi 19 mars, pour rencontrer le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.

 

Ramtame Lamamra est arrivé mardi matin avec une lettre écrite, selon ses dires, par le président Bouteflika, à destination de Vladimir Poutine.

Le ministre algérien des Affaires étrangères a longuement discuté avec son homologue russe Sergueï Lavrov, un ami de longue date rencontré à l’ONU. Il lui a décrit une situation algérienne sous contrôle et vanté les mérites du dialogue national qui mènera à une nouvelle Constitution et de nouvelles élections.

« Notre collègue a parlé de la situation en Algérie, il a partagé ses plans dans un avenir proche. Nous les soutenons, a déclaré Sergueï Lavrov. Nous espérons qu’ils contribueront à stabiliser la situation dans cet Etat ami par le biais d’un dialogue national fondé sur la Constitution algérienne et, bien entendu, avec le respect des normes du droit international et de la charte des Nations unies par toutes les parties. »

Les deux hommes ont également discuté des dossiers importants de la région – Libye, Mali, Moyen-Orient, zone Sahara-Sahel – et rappelé l’importance d’une politique commune pour maintenir la stabilité de la région et entretenir, selon Sergueï Lavrov, la vaste coopération technico-militaire profondément enracinée entre la Russie et l’Algérie

RFI. Russie: des Chinois veulent mettre l’eau du lac Baïkal en bouteilles

En Russie, une entreprise chinoise souhaite mettre l’eau du lac Baïkal en bouteille pour la commercialiser en Chine. Sur place, la population ne l’entend pas de cette oreille.

Quel est donc ce projet qui fait polémique en Russie ?

Il s’agit de la construction d’une usine chinoise sur les rives du lac Baïkal avec pour objectif de commercialiser l’eau pompée en Chine. Le lac Baïkal c’est 20% de l’eau douce mondiale, c’est aussi une réserve naturelle inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. De nombreux russes craignent une catastrophe écologique.

Comment les opposants au projet se font-ils entendre?

Ils sont plus d’un million de russes, des opposants, des écologistes mais aussi des locaux, a avoir signé une pétition en ligne. C’est cette pétition qui ne cesse de grossir qui a semble-t-il fait réagir les autorités.

Ont-ils des chances d’être entendus ?

Il semble en effet que les autorités soient ouvertes à la discussion. Le chantier a d’ores et déjà été interrompu par un tribunal et le gouverneur de la région d’Irkoutsk, a, disons le ainsi, retourné sa veste. Il a autorisé les chinois a lancer le chantier avec un statut prioritaire en 2017. Mais il estime désormais que le site se trouve dans une zone protégée dans laquelle il ne sera pas possible de mettre de l’eau en bouteille.

Et quelle est la réaction de ces entrepreneurs chinois ?

C’est leur représentant en Russie, Alexeï Azarov qui s’est exprimé au nom de l’entreprise AkvaSib. Il estime que le pompage n’impactera pas le volume d’eau du Baïkal et rappelle que ce projet à 19 millions d’euros prévoit la création de 150 emplois.

Mais rien qui ne suffise à convaincre les locaux si je comprends bien…

Non, car les investisseurs chinois sont connus comme le loup blanc en Russie, et particulièrement en Sibérie. La Russie se montre ouverte aux investissements chinois mais subit parfois les inconvénients de ces investissements massifs. En Sibérie les habitants se plaignent régulièrement de voir des entrepreneurs chinois construire des hôtels sur les rives du lac sans aucune autorisation quand eux se font refuser les leurs. Ils ont donc la sensation que l’essor du tourisme dans la région ne leur profite pas.

Sans compter que la situation écologique du Baïkal est réellement compliquée. Et ça, les russes en ont visiblement plus conscience que les chinois.

C’est à dire ?

Ce lac a 25 millions d’années. Mais il n’a jamais été aussi menacé. Les espèces sensibles disparaissent unes à unes, le lac est envahi par des algues vertes dues à la pollution des villes voisines. L’augmentation en flèche du tourisme dans la région n’arrange rien à la situation.

Et qu’est-ce que ce projet d’exploitation du Baïkal va devenir ?

On a déjà vu des projets chinois avortés pour des considérations écologiques en Russie. Pour le moment, les autorités russes temporisent et prévoient de vérifier que le projet respecte bien les normes environnementales de la région avant de donner leur avis définitif.

Les russes dans la rue pour protéger leur Internet

Pour La Libre Belgique. Plus de 15 000 russes ont défilé dans le centre de Moscou dimanche pour protester contre la prise de contrôle du web par les autorités russes.

« Poutine voleur, Poutine démission, ils ne comprennent rien à internet » scande la foule sur l’avenue Sakharov traditionnellement utilisée pour les manifestations autorisées par les autorités. Dimanche, plus de 15 000 russes ont participé à ce rassemblement pour dénoncer la main du Kremlin de plus en plus présente sur le web russe. Cheveux long, manteau noir, Mikhail Svetov, 34 ans est devenue l’idole d’une frange, souvent jeune, de l’opposition russe. Ce blogueur membre du parti libertaire de Russie est en première ligne de la bataille pour la protection du web dont la prise de contrôle par le Kremlin, déjà forte, s’accentue depuis la réélection du président Poutine, l’année dernière. Cette semaine, c’est une loi destinée à isoler l’internet russe du reste du monde qui pourrait entrer en vigueur. « Il faut s’opposer à cet isolement. Notre gouvernement veut construire une infrastructure qui pourra limiter le trafic quand elle le souhaitera, au dépend de toutes nos libertés. Cela nous transformera en Corée du Nord » explique l’opposant. Si la mise en œuvre de cette loi est encore mystérieuse, les ambitions du Kremlin seraient liées à la situation internationale. La Russie aurait besoin de se protéger d’éventuelles attaques extérieures. « Comprenez, c’est leur invention après tout » expliquait Vladimir Poutine en février dernier en faisant allusion aux États-Unis. Ils écoutent, ils regardent et lisent tout ce que vous dites puis ils stockent ces informations. Ce n’est pas dans leur intérêt de nous couper de l’internet mondial, je pense qu’ils y réfléchiraient à 100 fois avant de le faire, mais mieux vaut s’y préparer ». Chez les observateurs russes, il se dit qu’au Kremlin on ne comprend pas grand chose au web. Vladimir Poutine l’a rappelé récemment, il n’utilise jamais internet. « Nos dirigeants ont peur donc ils adaptent des censures soviétiques à notre époque, ils préféreraient que tout le monde regarde la télévision pour que Kissilev (journaliste connu pour sa propagande acharnée en faveur du Kremlin) nous explique qu’il n’y avait que cinq manifestants aujourd’hui. Sauf que notre génération ne fonctionne pas comme ça » explique l’opposant blogueur.

DSC_4469.JPG

Difficultés techniques

Mais l’argument du style « guerre froide » du Kremlin ne convainc pas la jeunesse russe qui considère que cette volonté de créer un internet russe coupé du monde a des visées internes. La Russie compte des milliers de fournisseurs d’accès différents. L’objectif, à terme, serait de tout centraliser. En cas de mouvement de protestation, les autorités pourraient ainsi rapidement couper internet dans des villes et quartiers ou supprimer des contenus à leur guise.

Ces dernières années, face à une opposition de plus en plus organisée grâce aux réseaux sociaux, les autorités russes ont pris le contrôle du Facebook russe, Vkontakte et ont tenté de bloquer l’application de messagerie cryptée populaire en Russie, Telegram. En vain. « Ils veulent s’en prendre à internet pour se préparer à une éventuelle attaque de l’extérieur. Mais qui veut isoler l’internet russe ? Ce n’est pas l’Ouest » s’exclame un militant présent dimanche. Iaroslav, 17 ans, abonde en ce sens : « La version actuelle de cette loi est vraiment catastrophique en terme de liberté d’expression. Mais je suis sûr que la société civile parviendra à faire évoluer la position des députés ». On estime à environ 300 le nombre d’internautes condamnés tous les ans pour « diffusion de contenus extrémistes » parfois simples critiques du pouvoir. Ce web centralisé permettrait de repérer ce genre de contenus encore plus facilement. Si le projet de loi fait consensus au sein du parlement russe, rien n’est encore joué. L’échec du blocage de Telegram a montré que les tentatives de contrôle du web se heurtaient à de nombreuses difficultés techniques. À l’époque, plusieurs centaines de sites internet majeurs avaient subi des pannes alors que Telegram parvenait à maintenir son activité. De grandes entreprises s’inquiètent, l’Union russe des entrepreneurs qualifie ce projet de loi de « désastre ». Quant à Andreï Klichas, sénateur à l’origine de ce projet de loi, il a d’abord vanté les mérites de sa proposition sans parler argent. Les députés ont finalement découvert qu’isoler son internet national avait un coût élevé : Il faudrait au minimum 270 millions d’euros pour mener à bien ce projet que les institutions russes ne savent pour le moment pas comment financer. Un premier test est prévu le 1er avril prochain.

Paul Gogo