RFI. Reportage, après la liesse, le cas Sentsov

Après la victoire, le sacre. Tournée en bus pour les Bleus à Paris, « Deschamps Elysées » à l’Etoile, ou plutôt aux « deux étoiles ». Les Bleus perchés sur le toit du monde. On ne vous refera pas le film dans Accents d’Europe.

On a juste sélectionné deux images, en marge de la performance sportive. Celle de Kylian Mbappé tapant dans la main d’une opposante des Pussy Riot, qui avait fait irruption sur la pelouse pour interrompre brièvement le match. Ou cette autre photo, d’une fan zone vide avec cette légende : « La liberté est finie. Bienvenue dans la vraie Russie ». Deux photos qui font, bien sûr, référence à la situation des droits de l’homme à Moscou. Car derrière cette formidable liesse mondiale, il y a bien sûr une opération de communication bien orchestrée par Vladimir Poutine. Et le sort d’un homme Oleg Sentsov qui se meurt dans une colonie pénitentiaire du nord de la Russie. Le cinéaste ukrainien, engagé contre l’annexion de la Crimée, est en grève de la faim. Il a été condamné à 20 ans de prison pour terrorisme et trafic d’armes, à l’issue d’un procès qualifié de « stalinien » par Amnesty. Pour l’instant, aucune pression internationale n’a fait plier Poutine. Et en Russie, le cas Sentsov est quasiment tabou. A Moscou, le reportage Paul Gogo.

 

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La Libre Belgique. La réforme des retraites inquiète les russes

Nous sommes tous contre”, lance Anna sur un ton catégorique. Dans la cour de son immeuble, dans la banlieue de Iaroslavl (300 km de Moscou), entamer une discussion sur la réforme des retraites annoncée il y a deux semaines par le Kremlin amène tous les voisins à y prendre part. Le 14 juin, c’est le Premier ministre Dmitri Medvedev qui a annoncé cette réforme controversée qu’il espérait noyer dans l’euphorie du Mondial de football. Au même moment, le président Poutine donnait le coup d’envoi au premier match de la Coupe du monde. Ces changements que le gouvernement russe souhaiterait mettre en place dès l’année prochaine prévoient un départ en retraite à 65 ans au lieu de 60 pour les hommes d’ici 2028 et un départ en retraite à 63 ans au lieu de 55 ans pour les femmes, d’ici 2034. La moyenne d’âge des hommes russes s’élevant à 66 ans, il leur faudrait désormais travailler jusqu’à la mort. Ce que la majorité de la population fait déjà. “On dit que les femmes sont en meilleure santé, mais de quoi parle-t-on?” interroge Anna. A moins d’un an de la retraite, elle craint de devoir trimer jusqu’à la fin de sa vie. “Je travaille dans une usine dans laquelle nous faisons du pain, je vais devoir mourir devant mon four à pain?” Cette femme de 62 ans travaille la semaine à l’usine et le week­end dans un supermarché. Elle gagne près de 20000 roubles par mois (environ 270 euros). Anna, comme ses voisines descendues dans la cour du vieil immeuble, s’attendent à recevoir environ 8000 roubles par mois de pension (108 euros). Avec 5000 roubles de loyer, il ne leur resterait plus que 3000 roubles pour manger, soit environ 40 euros.

Un acquis du communisme

Fixé en 1932, ce plancher des retraites n’avait jamais évolué depuis Staline. D’après l’institut FOM cité par le journal “Kommersant”, près de 80% des Russes seraient contre cette réforme. Ces derniers jours, la cote de popularité du président Poutine a chuté de 72% à 63%. En Russie, le Premier ministre est souvent utilisé comme un paratonnerre pour protéger le président. Vladimir Poutine s’est donc empressé de déclarer, via son porte-parole Dmitri Peskov, qu’il n’avait pas eu de rôle à jouer dans la conception de cette réforme. Difficile de dire si cette décision poussera les Russes à descendre massivement dans la rue, les rassemblements étant interdits durant la Coupe du monde. En outre, les syndicats des travailleurs, qui sont contre cette réforme, n’ont un pouvoir de mobilisation que très limité en Russie. Mais dans la population, la grogne est bien présente.

Dimanche, l’opposant Alexeï Navalny avait appelé la population à manifester dans une trentaine de villes non hôtes de la Coupe du monde. Quelques centaines, voire milliers de personnes se sont mobilisées dans chaque ville, dimanche après-midi, sans que la police n’intervienne. Marina, 37 ans, n’a pas participé au rassemblement de Iaroslavl. Pourtant, elle s’affirme totalement opposée à cette réforme. “Je suis cuisinière, je nourris 400 personnes chaque jour. En rentrant, j’ai mes deux enfants à nourrir. Avec une hypothèque contractée pour acheter notre appartement, je risque de toute façon de devoir travailler à vie; ce ne sont pas les 8 000 roubles de retraite qui vont me nourrir”, raconte-t-elle, alors qu’elle attend son troisième enfant. A un âge où les portes du travail se referment, la situation pourrait paradoxalement devenir plus compliquée pour les femmes que pour les hommes. En Russie encore plus qu’ailleurs, il devient particulièrement compliqué pour elles de trouver un travail après 45 ans. Cette réforme pourrait créer une situation dans laquelle de nombreuses femmes se trouveraient sans travail et sans pension. “Nous ne voulons pas de ces galères là. Si nous avons la possibilité de descendre dans la rue pour manifester, nous le ferons”, conclut Marina, rejointe par sa voisine Liouba.

Paul GOGO

Libre Belgique. Les forces de l’ordre sur le pied de guerre durant le Mondial

 

Reportage à retrouver sur le site internet de La Libre Belgique .

C’est l’ensemble des services de sécurité qui est mobilisé, de la police à l’armée”, confirme Alexei Lavrishchev, en charge de la sécurité durant le Mondial. Aux troupes russes s’ajouteront un millier de policiers étrangers hébergés dans la périphérie de Moscou, dans une “auberge espagnole” de la police. Ces derniers mois, des responsables russes se sont rendus en France et au Brésil pour bénéficier du retour d’expérience de ces deux pays hôtes de la Coupe du monde et de l’Euro. L’année passée, le budget sécurité du Mondial russe n’a cessé d’augmenter pour atteindre aujourd’hui une somme estimée à 32 milliards de roubles, soit environ 435 millions d’euros. Outre les hooligans, c’est le risque terroriste qui mobilise le plus l’attention des services de sécurité. A l’automne dernier, des canaux de propagande de l’organisation État islamique ont diffusé des menaces claires à l’encontre de la Russie. “Environ 8 500 djihadistes originaires de Russie ou des républiques d’Asie centrale auraient rejoint les rangs de l’EI ou d’autres groupes djihadistes au Moyen-Orient. Si le nombre exact de ceux qui sont revenus dans leur pays est inconnu, il est certain qu’au cours des mois qui ont précédé sa déroute territoriale, l’EI a donné pour instruction à certains d’entre eux de former des cellules dormantes pour passer à l’action le moment venu”, explique le Center for Strategic and International Studies.

Police fatiguée

Interrogé sur les menaces qui visent la Coupe du monde, Anton Gusev, chef adjoint du ministre de l’Intérieur en charge de l’organisation des événements de masse, s’est voulu aussi rassurant qu’énigmatique. “Nous savons beaucoup de choses, je peux vous assurer que les mauvaises choses n’auront pas lieu durant la Coupe, il n’y a aujourd’hui aucune menace sérieuse qui plane sur l’événement.” Mais, du côté des forces de l’ordre, cette mobilisation générale semble déjà fatiguer les troupes, qui seraient mal nourries, mal payées et concentrées dans onze villes hôtes et trente­ deux centres d’entraînement du pays. “Dans certaines régions, nous en arrivons à une situation telle qu’il n’y a simplement plus assez de personnel pour répondre aux appels”, affirme Vladimir Vorontsov, du syndicat interrégional de la police russe, cité par l’agence Reuters. “Cela bénéficie à la criminalité.”

Russie: l’opposant Alexeï Navalny et plus de 1500 manifestants arrêtés

Reportage pour RFI dans la manifestation d’opposition du 5 mai 2018 à Moscou.

Alexeï Navalny l’appelle « le vieillard peureux ». Vladimir Poutine sera investi lundi 7 mai pour un nouveau mandat à la tête de la Russie, et le président russe n’aime pas qu’on lui gâche la fête : des dizaines de manifestations organisées à travers tout le pays par son principal opposant Alexeï Navalny ont été réprimées. Il y a eu plus de 1 500 arrestations selon une organisation de défense des droits de l’homme.

Avec notre correspondant à Moscou,  Paul Gogo

« Poutine voleur » ou encore « A bas le Tsar ». Les Russes opposés à Vladimir Poutine ont été nombreux samedi à répondre à l’appel de son opposant principal Alexeï Navalny.

Des rassemblements ont été organisés dans toutes les grandes villes du pays, mais c’est dans la capitale que la situation a été la plus tendue. Car à deux jours de l’investiture du président russe, la police y est présente en nombre. Vladimir Poutine entamera lundi son quatrième mandat. Artëm, 20 ans, milite pour une alternance du pouvoir : « 20 ans au pouvoir ce n’est pas normal parce que le changement de pouvoir c’est la condition du progrès d’un pays. Sans alternance, il se passe ce qui arrive en ce moment dans notre pays, la corruption. Dans n’importe quel pays le pouvoir tourne, ici nous n’avons que Poutine, ce n’est pas normal. »

Le rendez-vous semble avoir mobilisé l’opposition russe dont certains slogans ont fait référence au récent mouvement de protestation arménien. « Comme en Arménie » en référence à la révolution pacifique que vit le pays depuis plusieurs semaines. À l’image de Glen, 21 ans, les manifestants sont nombreux à souhaiter un mouvement de ce type en Russie mais sans forcément y croire : « On verra comment ça va se passer après-demain, j’aimerais que l’on reste dormir sur cette place, que l’on fasse une nouvelle Arménie qui changera notre pays. De toute façon, Poutine a déjà été réélu, il restera encore six ans donc une révolution pacifique est aujourd’hui le seul moyen de faire changer les choses ». Quelques minutes plus tard, Glen sera arrêté comme plus de 1 600 autres manifestants à travers le pays samedi.

Chose rare en Russie, des projectiles ont été lancés sur la police très présente qui a répondu avec des gaz lacrymogènes pour empêcher le blocage d’une avenue. Rassemblés place Pouchkine, les militants ont également dû faire face à une centaine de partisans du président Poutine dont certains en sont venus aux mains. Des cosaques en costume traditionnel étaient également présents. Ils ont participé à l’arrestation d’Alexeï Navalny.

 

En Russie, la campagne pour une « grève des élections » de Navalny

Reportage publié dans la Libre Belgique

L’opposant à Vladimir Poutine a réuni ses soutiens dans les grandes villes du pays dimanche. Objectif, pousser la population à bouder l’élection présidentielle.

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Ce scrutin ne laisse que peu de place au suspens. Selon toutes vraisemblances, Vladimir Poutine sera réélu le 18 mars prochain. Alexeï Navalny n’a pas été autorisé par la commission électorale à se présenter, il souhaite maintenant troubler la réélection de Vladimir Poutine en s’attaquant au taux de participation, chiffre qui marque la légitimité d’une élection. Dimanche, ses partisans sont descendus dans les rues du pays pour appeler au boycott du scrutin. Une manifestation que les militants ont préparé toute la journée, samedi dans leur QG moscovite. « On sait que le Kremlin va dire qu’il n’y avait personne dans les rues demain mais on ne veut pas forcément prouver des choses à Poutine, on veut juste donner envie aux gens de faire bouger la situation. Certains ont baissé les bras quand Navalny s’est vu refuser sa participation à la présidentielle mais je ne compte pas mourir le 19 mars, c’est le moment ou jamais de montrer qu’on n’est pas d’accord avec eux » raconte Alexandra Sokolova, militante de 31 ans. « Ma mère gagne 10 500 roubles par mois (150 euros), c’est une existence pauvre alors quand nos députés nous disent qu’ils sont pauvres avec leurs 150 000 roubles (2150 euros), nous sommes choqués ».

Tracts cachés

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Les journées de manifestations sont parfois risquées pour les soutiens d’Alexeï Navalny. Dimanche matin, Sergei Boiko, coordinateur du QG du candidat à Moscou a vécu une frayeur. Des hommes habillés en noir l’ont attendu en bas de chez lui. Effrayé, il a couru jusqu’au QG poursuivi par ces hommes qui l’ont finalement jeté dans une voiture non identifiée. Ces hommes se sont avérés être des policiers, le militant a été retrouvé dans un commissariat. « à la veille de nos rassemblements, nous cachons nos tracts dans divers appartements de Moscou car la police a tendance à nous suivre pour nous les confisquer » explique Alexandra Sokolova. Dimanche, les tracts avaient visiblement atteint la place Pouchkine à Moscou, où plus de 3 000 personnes étaient rassemblées.

Petite retraite

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En route vers le rassemblement, Alexeï Navalny s’est violemment fait arrêter par la police, traîné par terre puis jeté dans un bus de la police. Il devrait être libéré ce lundi matin. Sur la place, la foule s’écrie « La Russie sans Poutine », « Nous sommes contre un monarque présidentiel ». Un homme déguisé en Vladimir Poutine, une couronne sur la tête se fait acclamer par les manifestants. « Marchons jusqu’au Kremlin » s’écrie la foule rassemblée sur l’avenue Tverskaïa. Les accès bloqués, ils doivent se contenter d’une marche, encadrés par des centaines de policiers anti-émeutes et représentants de la garde-nationale. Dans le cortège, Tamara, 80 ans se démarque des milliers de jeunes venus manifester, plus de 3 000 à Moscou. « Je soutiens totalement les jeunes, mon fils est au chômage depuis deux ans, je suis obligée de m’occuper de lui avec ma petite retraite, je suis fatiguée de cette situation, de ces milliardaires au pouvoir qui nous volent notre argent » lance-t-elle, bousculée par la foule dense contenue sur les trottoirs par des centaines de forces de police appuyées par la garde nationale russe. Plus de 240 personnes ont été arrêtées dimanche à travers le pays.

Paul GOGO

En Russie, Vladimir Poutine soigne sa réélection

Point sur la présidentielle russe pour Ouest-France

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Dans une campagne sans suspens ni débat, le maître du Kremlin brigue un quatrième mandat à la tête de la fédération de Russie

Moscou. De notre correspondant

« Un président fort pour une Russie forte », c’est ainsi que Vladimir Poutine, homme fort de la Russie depuis 1999 et candidat à un nouveau mandat de six ans, se présente devant les électeurs. Le 18 janvier, à deux mois pile du vote, le chef du Kremlin lançait sa campagne en plongeant dans les eaux d’un lac gelé pour célébrer la fête de l’Épiphanie. Cette campagne, il la veut la plus courte possible, se posant au-dessus des autres candidats (nationalistes, communistes, libéraux) qui débattront certes à la télévision, mais sans lui.

D’après un sondage de l’institut FOM, 66% des électeurs auraient l’intention de voter Poutine –un score proche de ses 63,2% de la présidentielle de 2012. Le Président est incontestablement populaire. Depuis quelques semaines, il entretient son image d’homme proche du peuple en organisant des déplacements symboliques à la rencontre d’ouvriers, de professeurs, de religieux. Le 3 février, il organisera son premier événement de campagne, en appelant un million de ses partisans à descendre le soutenir dans la rue.

Une opposition sur mesure

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Avant de se lancer dans cette morne campagne, le pouvoir a « organisé » l’opposition. Objectif : que l’élection ait la couleur d’un vote démocratique. Un objectif d’autant plus important à la veille d’accueillir la coupe du monde de football. Il a pour cela fallu contrôler les attaques du trouble-fête Alexeï Navalny, un an durant. Navalny, l’opposant le plus incisif, est finalement interdit de candidature en vertu d’une condamnation ancienne, pour une affaire montée de toutes pièces selon lui.

Depuis janvier 2017, Vladimir Poutine redirige les critiques contre la corruption vers son Premier ministre Medvedev, il calme les jeunes manifestants en les arrêtant, en les faisant expulser de leurs écoles pour s’être « révoltés » ou en envoyant la police chez leurs parents et s’attaque aux réseaux sociaux russes.

L’opposition touchée, le Kremlin a souhaité la diviser en permettant à Ksenia Sobtchak, une opposante populaire chez les jeunes (créditée de 2% des voix) de participer à la campagne. Déclarée candidate une semaine après avoir rencontré Poutine au Kremlin, elle a tous les attributs d’une candidate « autorisée ». Elle a accès aux médias nationaux, ouvre des bureaux à travers le pays sans en être empêchée et bénéficie d’une parole libre. Un véritable traitement de faveur en Russie.

Depuis le début de la campagne, Ksenia Sobtchak a prononcé le nom interdit de « Navalny » sur une télé nationale, déclaré que la Crimée est ukrainienne et s’est rendue, hier, en Tchétchénie pour défier l’autoritaire de cette république autonome, Ramzan Kadyrov.

Alors que Vladimir Poutine mène désormais une bataille contre l’abstention, dernier obstacle qui pourrait délégitimer sa réélection, l’opposition, battue d’avance, se projette déjà dans l’après-Poutine. Une transition dans un monde sans l’homme fort du Kremlin que l’on souhaite organiser, du Kremlin à l’opposition, sans révolution sanglante.

 

Navalny ou la stratégie de l’abstention

Reportage

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Préparation de manifestation au QG moscovite d’Alexeï Navalny

Dimanche matin, Sergei Boiko, coordinateur du QG d’Alexeï Navalny à Moscou, et sa compagne Kristina, chargée des relations avec la presse, sont sortis de chez eux, suivis par des hommes habillés en noir. Effrayés, ils ont couru jusqu’aux bureaux de Navalny. Les policiers ont attrapé Sergeï et l’ont jeté dans une voiture non identifiée.

Navalny, qui avait appelé à manifester dans une centaine de villes, a réussi à atteindre le point de rendez-vous sur une grande artère. Après avoir multiplié les selfies, il a été projeté à terre, puis emmené dans un commissariat. Plus de 240 personnes ont été arrêtées dans le pays.

« Monarque présidentiel »

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« Le Kremlin va dire qu’il n’y avait personne dans les rues. On ne veut pas forcément prouver des choses à Poutine. On veut juste donner envie aux gens de faire bouger la situation » explique Alexandra Sokolova. Cette militante de 31 ans est « choquée » par le maigre salaire de sa mère (10 500 roubles soit 150 €), quand les députés gagnent quinze fois plus et « se disent pauvres ». Elle ne cache pas un certain désarroi dans l’opposition : « Certains ont baissé les bras quand Navalny s’est vu privé de candidature à la présidentielle. Mais c’est le moment ou jamais de montrer qu’on n’est pas d’accord. »

Dimanche, environ 3 000 personnes ont manifesté à Moscou, 1 500 à Saint-Petersbourg, contre une élection qualifiée de « supercherie » par Navalny. L’avocat pourfendeur de la corruption appelle à boycotter les urnes le 18 mars.

Tamara, 80 ans, dénote au milieu d’une foule très jeune. « Mon fils est au chômage depuis deux ans, je suis obligée de m’occuper de lui avec ma petite retraite, je suis fatiguée de cette situation, de ces milliardaires au pouvoir qui nous volent » lance-t-elle, ballottée par le cortège dense, contenu sur les trottoirs par des centaines de policiers, appuyés par la garde nationale. « Je suis contre un monarque présidentiel » scandent les manifestants, régulièrement coupés par les haut-parleurs de la police leur demandant de quitter la zone.

En fin d’après-midi, la candidate d’opposition Ksenia Sobtchak a pu rencontrer Navalny au commissariat. Il a été relâché dans la nuit.

à Moscou, Paul Gogo

Les moscovites se souviennent des grandes purges

Plus de 5 000 moscovites ont rendu hommage aux victimes des grandes purges staliniennes dimanche.

Sur la place de la Loubianka comme sur la liste des victimes des purges, dimanche, toutes les catégories sociales et tous les âges étaient représentés. Il y a 80 ans, plus de 40 000 moscovites été arrêtés, souvent assassinés ou tués au goulag. Nombre d’entre-eux sont passés par les geôles de la place de la Loubianka, siège de la police politique, autrefois KGB, aujourd’hui FSB.

Depuis dix ans, le dernier week-end de novembre, des milliers de personnes viennent y saisir le micro tendu par l’ONG de défense des Droits de l’Homme « Mémorial », pour y faire résonner le nom d’une victime. « Ce sujet concerne pratiquement chaque famille de notre pays. Mon arrière grand-père Pozdeev Policarp Ivanovich a été envoyé à Norilsk (nord de la Russie) pour y construire une usine de nickel. Il était paysan, on l’a arrêté en 1938 et jugé dans sa propre maison » raconte Oxana Baoulina.

Mémoire officielle

Au moment de prendre la parole dimanche, nombre des 5 286 participants ont ajouté au nom proposé par l’ONG celui d’un membre de leur famille. Durant les 12 h de l’événement, les larmes qui ont coulé ont souvent laissé place à la colère. « Je suis très inquiète parce que la propagande de l’état essaye de justifier ces événements. Certain aimeraient que je retienne que mon arrière grand-père a participé à l’industrialisation du pays. Cette industrialisation était inhumaine et criminelle, le pouvoir actuel ne le reconnaîtra jamais. C’est pourquoi il faut changer de pouvoir » s’énerve Oxana Baoulina.

Les cérémonies de « Mémorial » ne reçoivent jamais de soutien de la part de l’État. La cérémonie officielle était organisée lundi. Représentants politiques et religieux ont inauguré un monument en mémoire des victimes des répressions politiques en présence du président Poutine. Loin de la place la Loubianka.

Paul GOGO

En Russie, une mannequin rêve du Kremlin

Papier diffusé dans Ouest-France

  • 5 novembre 1981 Naissance à Saint-Pétersbourg
  • Décembre 2012 Rejoint l’opposition russe
  • 18 octobre 2017 Se déclare candidate à l’élection présidentielle

Qualifiée de « Paris Hilton russe », Ksenia Sobchak s’est déclarée mercredi soir candidate à la présidentielle de mars 2018. Rédactrice en chef du magazine de mode « L’Officiel », journaliste politique sur une chaîne proche de l’opposition « Dojd » ou encore mannequin habituée des défilés de mode, la presse russe peine aujourd’hui à décrire cette étonnante candidate.

Comme de nombreux russes, c’est à la chute de l’URSS que Sobchak a fait sa fortune. Puis, dans les années 2000, la femme d’affaire est devenue personnalité médiatique. Présentatrice d’une émission de télé-réalité intitulée « Dom-2 », sa notoriété a explosé. En 2011, à la veille de la précédente élection présidentielle russe, et après avoir publié un livre intitulé « Comment épouser un millionnaire », Sobchak a rejoint les rangs de l’opposition. Pendant tout un hiver, elle s’écriera « La Russie sans Poutine » dans les rues de Moscou.

Protégée de Poutine

Mais en juin 2012, elle fera partie des opposants visés par une série de perquisitions dirigées par le FSB. De quoi refroidir la militante et lui faire préférer le monde de la mode.

Samedi dernier, c’est Sobchak la journaliste qui avait rendez-vous avec Vladimir Poutine. Officiellement, il s’agissait de discuter d’un projet de film en hommage à son père, Anatoly Sobchak. Mort en 2000, c’est lui qui a mis le pied à l’étrier de la politique à Vladimir Poutine dans les années 90. Le président russe ne l’a jamais oublié. Une rumeur affirme même qu’il est le parrain de sa protégée Ksenia. Le lien est au moins de cœur. Mercredi soir, c’est donc avec l’aval du Kremlin que Ksenia Sobchak a pu présenter sa candidature aujourd’hui accusée d’être commandée par le Kremlin pour diviser l’opposition. De quoi la fâcher avec son ami Alexeï Navalny, toujours emprisonné pour s’être opposé à Vladimir Poutine.

Paul GOGO

Navalny, l’homme dont Vladimir Poutine ne peut prononcer le nom

Article à retrouver sur Libération

Ces derniers jours, les perquisitions et les arrestations de militants soutenant l’opposant russe se sont multipliées. L’objectif : faire disparaître les liasses de tracts prévues pour les actions du week-end destinées à fêter la sortie de prison de Navalny.

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Les jeunes militants soutenant Alexei Navalny poursuivaient leurs actions ce dimanche midi devant les stations de métro de Moscou comme dans de nombreuses villes en région. Ce week-end, l’opposant et candidat à la présidentielle de 2018 russe a appelé ses partisans à descendre dans la rue pour faire campagne en son nom dans les lieux publics, une manière de célébrer sa sortie de prison. Navalny a été libéré vendredi, après vingt-cinq jours de détention, après avoir été arrêté le 12 juin, accusé d’avoir organisé un rassemblement illégal dans le centre-ville de Moscou.

Les brochures distribuées par les militants s’attaquent au Premier ministre, Dmitri Medvedev, que Navalny a érigé en symbole de la corruption au plus haut niveau du pouvoir russe. Depuis vendredi, les activistes font face à une répression sans précédent. Des responsables des bureaux de campagne de l’opposant en région ont été arrêtés par la police, et même tabassés par des inconnus dans l’ensemble du pays. A Moscou, Alexander Tourovski, 25 ans, a été roué de coups par trois policiers en civil cagoulés, alors qu’il dormait dans le QG moscovite. Les agents se sont débarrassés des tracts entreposés dans le local et ont définitivement fermé le bureau. Le jeune militant, enfermé pendant douze heures sans eau ni téléphone, a été condamné à 500 roubles d’amende (7 euros) et diagnostiqué d’un léger traumatisme crânien à l’issue de sa garde à vue.

Déjà 130 arrestations

Ces derniers jours, les fermetures de QG pro-Navalny et les perquisitions se sont multipliées. L’objectif : faire disparaître les liasses de tracts prévus pour l’action de ce week-end. A Novossibirsk, en Sibérie, des militants ont du évacuer le matériel de campagne par la fenêtre de leur local pendant que la police investissait les lieux. Samedi, à Moscou, un homme a été arrêté parce qu’il transportait un ballon à l’effigie d’Alexeï Navalny dans le coffre de sa voiture. 130 personnes, dont onze mineurs, ont déjà été arrêtés ce week-end en Russie. Dimanche midi, des militants, souvent très jeunes, ont repris position devant les entrées du métro. La police pourrait procéder à de nouvelles arrestations.

La police semble prise d’une panique irrationnelle lorsque les rassemblements ont un lien avec Alexeï Navalny. C’est la première fois en Russie que des militants sont arrêtés en masse pour avoir distribué des tracts politiques. Cette peur paraît d’autant moins compréhensible que le candidat a récemment été déclaré inéligible par la Commission électorale centrale. Il ne pourra donc normalement pas participer à la présidentielle de 2018, à laquelle Vladimir Poutine ne s’est d’ailleurs pour le moment pas déclaré candidat.

Le titulaire du titre d’opposant principal au président russe semble remporter un succès inattendu chez les jeunes générations, imperméables à la propagande du Kremlin. Alexeï Navalny, interdit de média nationaux, reste très peu connu en dehors de Moscou. «Je ne sais pas si le Kremlin est en train de radicaliser ses actions contre Alexeï Navalny, mais je ne pense pas que la campagne présidentielle que Navalny mène ait pour but de remporter l’élection. Son objectif est de montrer qu’il est le seul opposant en Russie. Il a quasiment achevé son objectif», a estimé le politologue Stanislav Belkovsky, interrogé ce week-end sur la radio Écho de Moscou.

Vladimir Poutine, lui, ignore constamment le statut d’opposant de Navalny. Le président russe s’est même lancé dans un «ni-oui ni-non» avec pour objectif de ne jamais citer le nom de son opposant. Interrogé sur la question à Hambourg à l’occasion du G20, Vladimir Poutine a brièvement déclaré à propos de Navalny, une nouvelle fois sans le citer : «Je pense qu’on ne peut discuter qu’avec des gens qui proposent des choses constructives. Mais quand l’objectif n’est que d’attirer l’attention, cela n’encourage pas au dialogue.»

Correspondant à Moscou, Paul Gogo