Yamal LNG, gaz et glace dans le grand nord russe

[Publié dans Le Marin]

Situé dans le grand nord russe, le complexe de gaz liquéfié Yamal LNG clôt sa première année d’exploitation. 16,5 millions de tonnes de gaz ont été exportés cette année.

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« C’est comme atterrir sur une autre planète » prévient un représentant de la région de Iamalo-Nenets (2 500 kilomètres au nord de Moscou) au départ de la capitale russe. 3H30 de vol vers le nord et une lueur orange aux allures de ville apparaît et perce le noir éternel de la péninsule de Yamal. L’usine de liquéfaction de gaz de Novatek (Yamal LNG) est située dans un désert de glace, à l’emplacement de ce qui fut un village sans habitants, Sabetta. Ce complexe a été inauguré en décembre 2017 par le président russe. Un an plus tard, Novatek annonce avoir atteint ses objectifs avec 16,5 millions de tonnes de gaz liquéfié exportés.

L’hiver est rude au nord du cercle polaire arctique, la nuit ne se lève jamais et les températures peuvent descendre jusqu’à -60°. La Iamalie est truffée de gaz et de pétrole. Novatek multiplie les acquisitions de champs gaziers au fil des découvertes et fait tout pour réduire les coûts de son extraction. Le gaz puisé est immédiatement transféré jusqu’à Sabetta par pipeline pour y être liquéfié. Puis il est exporté vers l’Europe et l’Asie par la route du nord. Conséquence du réchauffement climatique, la fonte des glaces permet désormais l’utilisation de la route du nord l’été, sans avoir à contourner l’Europe ni à utiliser un brise-glace. Soit deux à trois semaines de transport économisés.

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« Nous vous rappelons qu’il est interdit de prendre des photos à l’extérieur de l’avion » prévient une hôtesse. Seuls les employés de l’usine ont le droit d’emprunter les quelques lignes directes qui relient la ville au reste du monde. L’aéroport international comme le port et les dortoirs ont été construits à proximité de l’usine sur des pilotis qui reposent sur le permafrost, terre gelée faite d’eau et de végétaux. Il est 15h, le noir est intense, la péninsule est un désert plat. Il n’y a quasiment aucun humain à 200 km à la ronde. Seuls quelques peuples nomades subsistent encore. Les Nénètses en sont aujourd’hui les plus nombreux représentants. Yamal, en langue Nénètse signifie d’ailleurs finisterre, fin de la terre. La toundra est glacée, couverte de neige, quelques renards polaires se faufilent entre les kilomètres de pipelines et tuyaux qui s’entremêlent. « Pour les ouvriers, cette ville est comme un port au milieu d’un océan de glace. Sauf qu’il n’a pas de taverne, pas de rhum et pas de femmes » explique le représentant de la région. En guise de phare, une torche, celle du gaz, dont la flamme perce l’atmosphère blanche. Les règles sont strictes, l’alcool est interdit, la cigarette tolérée à l’abri du gaz, dans des cabines métalliques.

Hubs maritimes

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Le port de Sabetta est situé à proximité de l’usine. Construit dans le golfe de l’Ob, à deux pas de la mer de Kara, il donne accès à la mer de Barents à l’ouest et l’océan arctique à l’est. Une flotte de brise-glaces est chargée de fendre la mer le temps d’atteindre des eaux plus accueillantes. Le brise-glace « Christophe de Margerie » du nom de l’ancien président de Total décédé en Russie en 2014 est à quai. Le gaz est liquéfié à proximité, dans un gigantesque réservoir à l’allure d’un célèbre pot de lait concentré soviétique. Il y est inscrit -163°, la température à laquelle le gaz devient liquide. Un processus compliqué, « mais bien plus simple à réaliser ici qu’aux Émirats arabes unis » ironise un ouvrier. Le 26 novembre dernier dans le port d’Honningsvag en Norvège, les équipes de Novatek sont parvenus à transférer le gaz d’un brise-glace vers un bateau plus léger, et ce, en quelques heures. Une première qui motive la compagnie russe à investir dans la construction de deux hubs maritimes. Deux terminaux gaziers devraient bientôt voir le jour dans le port d’Ura Guba (Russie, nord de la Finlande) à l’ouest et du Kamchatka à l’est (océan Pacifique). Objectif, limiter les trajets effectués en brise-glaces pour diminuer les coûts de transport au maximum. Une flotte de brise-glaces nucléaires de l’agence fédérale de l’énergie atomique russe Rosatom s’est par ailleurs vue attribuer, l’année dernière, la sécurisation de l’ensemble de cette voie du nord par le Kremlin. De quoi permettre au président Poutine de garder la main sur l’ensemble de cette région convoitée.

Nombreux sont les ouvriers à avoir délaissé leurs terres natales jadis gorgées de pétrole du sud de la Russie pour vivre au rythme des missions du grand nord. Les conditions sont rudes mais les salaires plus élevés. « Ici je ne perds pas de temps sur la route pour aller au travail » confie un ouvrier originaire de la région de Krasnodar. Le service communication de Novatek est strict et limite au maximum les interactions entre la presse et les ouvriers. Travailler à Sabetta semble pourtant représenter une fierté pour les plus de 40 000 personnes qui y effectuent leurs missions. Un homme, la quarantaine, raconte « c’est plutôt prestigieux de travailler ici, les salaires sont bons, les plus bas sont à 100 000 roubles par mois (environ 1330 euros) ». Un salaire aisé dans les régions du sud. Le revenu moyen s’élève à 564 euros en Russie. « Les missions durent de 45 jours à six mois. Nous avons internet, une cantine pour les repas, une église, une salle de sport et de longues journées de travail, nous n’avons pas vraiment le temps de nous ennuyer » assure-t-il. Les femmes ne représentent que 10% de l’effectif du complexe.

Ses champs gaziers en poche, Novatek voit grand et mise toujours plus sur le gaz liquéfié face à un Gazprom ne jurant que par le transport par gazoducs et à un Kremlin très à l’écoute suite au succès du projet Yamal LNG. Un « Arctique LNG 2 » situé de l’autre côté du golfe de l’Ob, sur la péninsule du Gydan est déjà en préparation. Sa mise en service est prévue pour 2023 avec un objectif de production de 19,8 millions de tonnes de gaz liquéfié par an.

Texte et photos, Paul GOGO

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