Les coulisses du tirage au sort de la Coupe du monde

Reportage diffusé dans l’Edition du soir de Ouest-France

Vendredi, les 32 équipes sélectionnées pour participer à la Coupe du monde de football se verront attribuer des adversaires. Une cérémonie impressionnante organisée en Russie, pays hôte, au cœur du Kremlin.

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Les hommes sont aimables mais strictes. Pas question de prendre des photos du siège du pouvoir russe, ni de marcher en dehors des trottoirs ou des passages piétons. Ce sont les services de sécurité du président russe, Vladimir Poutine, qui assurent la sécurité de la cérémonie du tirage au sort de la Coupe du Monde.

La Russie, pays hôte de l’événement a décidé d’organiser la célèbre cérémonie du tirage au sort des équipes dans le Palais des congrès du Kremlin, un bâtiment qui accueille d’ordinaire les concerts de Mireille Mathieu ou l’annuelle conférence de presse de Vladimir Poutine par ailleurs organisée dans quelques jours. Depuis lundi, une centaine de personnes s’affairent à transformer cette salle de concert en studio de télévision. Autant dire que pour accéder au studio, il faut montrer patte blanche, plusieurs fois.

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Pour cette cérémonie, l’entrée se fait depuis la place rouge et mène au parc du Kremlin. Mais pas question d’aller flâner dans les allées du parc, des policiers en civils veillent à ce qu’aucun journaliste ne s’égare dans le centre du pouvoir politique russe. Gare aux journalistes qui souhaiteraient d’ailleurs accéder au Kremlin en même temps que le président russe.

Mercredi après-midi, certains ont dû patienter une heure sous la neige, attendant que Vladimir Poutine entre dans l’enceinte. Dans la salle de presse, des hommes en civil font des allers-retours autour des journalistes avec un radar : les ondes sont-elles aussi contrôlées. Enfin, autre installation impressionnante, des kilomètres de câbles électriques destinés à l’alimentation du studio et de la salle de presse ont été installés au-dessus de la muraille rouge du Kremlin, à quelques pas de la tombe de Lénine.

Royaume de la communication

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Nous n’en sommes qu’à l’étape du tirage au sort qui déterminera dans quels groupes et contre quels adversaires joueront les 32 équipes sélectionnées, mais la FIFA a décidé d’en faire un événement gigantesque. Car les Russes ont gardé un goût amer des événements internationaux. Les précédents JO, ceux de Sochi, organisés en 2014, avaient débouché sur une annexion, une guerre et un scandale de dopage sans précédent que nombre de Russes ont vécu comme une humiliation.

Les équipes de la FIFA et du comité d’organisation misent sur la communication pour attirer les Russes dans les stades, d’autant plus que la Russie ne part pas forcément favorite. « 742 760 billets ont été vendus durant la première session (pour 3,5 millions de demandes), 53 % d’entre eux ont été achetés par des Russes », explique le responsable des ventes à la FIFA, Falk Eller.

Le prix des billets varie entre 20 € à 1 000 €. Dans quelques jours, tous les transports en commun de Moscou se mettront aux couleurs de l’événement. En attendant, les centaines de journalistes venus du monde entier pour assister à la cérémonie de tirage au sort…

Depuis la salle de presse du Kremlin, ils sont encadrés par une armée de communicants ayant pour objectif de faire du monde de la FIFA, un monde merveilleux, distribuant peluches de la mascotte officielle par dizaines et prospectus invitant les journalistes à se rendre dans les 12 villes hôtes du pays.

30 minutes de spectacle

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Vendredi, l’événement débutera à 16 h (18 h à Moscou). Laurent Blanc, Gordon Banks, Cafu, Fabio Cannavaro, Diego Forlan, Diego Maradona, Carles Puyol et Nikita Simonyan assisteront le présentateur de la cérémonie, Ivan Urgant, le Yann Barthès russe. Le trophée de la Coupe du Monde trône sur le plateau TV depuis deux jours, ainsi que quatre bulles transparentes dans lesquelles seront tirées au sort les équipes ensuite attribuées à huit groupes.

Dans la salle, 30 des 32 sélectionneurs seront présents, dont Didier Deschamps, le sélectionneur français. À l’issue de la cérémonie, vers 16 h 30, les stars du football et les sélectionneurs seront invités par les organisateurs à débriefer le tirage au sort à l’extérieur du bâtiment, seules miettes que les médias non-détenteurs des droits pourront obtenir de l’opération.

Texte et photos : Paul GOGO


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Les moscovites se souviennent des grandes purges

Plus de 5 000 moscovites ont rendu hommage aux victimes des grandes purges staliniennes dimanche.

Sur la place de la Loubianka comme sur la liste des victimes des purges, dimanche, toutes les catégories sociales et tous les âges étaient représentés. Il y a 80 ans, plus de 40 000 moscovites été arrêtés, souvent assassinés ou tués au goulag. Nombre d’entre-eux sont passés par les geôles de la place de la Loubianka, siège de la police politique, autrefois KGB, aujourd’hui FSB.

Depuis dix ans, le dernier week-end de novembre, des milliers de personnes viennent y saisir le micro tendu par l’ONG de défense des Droits de l’Homme « Mémorial », pour y faire résonner le nom d’une victime. « Ce sujet concerne pratiquement chaque famille de notre pays. Mon arrière grand-père Pozdeev Policarp Ivanovich a été envoyé à Norilsk (nord de la Russie) pour y construire une usine de nickel. Il était paysan, on l’a arrêté en 1938 et jugé dans sa propre maison » raconte Oxana Baoulina.

Mémoire officielle

Au moment de prendre la parole dimanche, nombre des 5 286 participants ont ajouté au nom proposé par l’ONG celui d’un membre de leur famille. Durant les 12 h de l’événement, les larmes qui ont coulé ont souvent laissé place à la colère. « Je suis très inquiète parce que la propagande de l’état essaye de justifier ces événements. Certain aimeraient que je retienne que mon arrière grand-père a participé à l’industrialisation du pays. Cette industrialisation était inhumaine et criminelle, le pouvoir actuel ne le reconnaîtra jamais. C’est pourquoi il faut changer de pouvoir » s’énerve Oxana Baoulina.

Les cérémonies de « Mémorial » ne reçoivent jamais de soutien de la part de l’État. La cérémonie officielle était organisée lundi. Représentants politiques et religieux ont inauguré un monument en mémoire des victimes des répressions politiques en présence du président Poutine. Loin de la place la Loubianka.

Paul GOGO

En Russie, une mannequin rêve du Kremlin

Papier diffusé dans Ouest-France

  • 5 novembre 1981 Naissance à Saint-Pétersbourg
  • Décembre 2012 Rejoint l’opposition russe
  • 18 octobre 2017 Se déclare candidate à l’élection présidentielle

Qualifiée de « Paris Hilton russe », Ksenia Sobchak s’est déclarée mercredi soir candidate à la présidentielle de mars 2018. Rédactrice en chef du magazine de mode « L’Officiel », journaliste politique sur une chaîne proche de l’opposition « Dojd » ou encore mannequin habituée des défilés de mode, la presse russe peine aujourd’hui à décrire cette étonnante candidate.

Comme de nombreux russes, c’est à la chute de l’URSS que Sobchak a fait sa fortune. Puis, dans les années 2000, la femme d’affaire est devenue personnalité médiatique. Présentatrice d’une émission de télé-réalité intitulée « Dom-2 », sa notoriété a explosé. En 2011, à la veille de la précédente élection présidentielle russe, et après avoir publié un livre intitulé « Comment épouser un millionnaire », Sobchak a rejoint les rangs de l’opposition. Pendant tout un hiver, elle s’écriera « La Russie sans Poutine » dans les rues de Moscou.

Protégée de Poutine

Mais en juin 2012, elle fera partie des opposants visés par une série de perquisitions dirigées par le FSB. De quoi refroidir la militante et lui faire préférer le monde de la mode.

Samedi dernier, c’est Sobchak la journaliste qui avait rendez-vous avec Vladimir Poutine. Officiellement, il s’agissait de discuter d’un projet de film en hommage à son père, Anatoly Sobchak. Mort en 2000, c’est lui qui a mis le pied à l’étrier de la politique à Vladimir Poutine dans les années 90. Le président russe ne l’a jamais oublié. Une rumeur affirme même qu’il est le parrain de sa protégée Ksenia. Le lien est au moins de cœur. Mercredi soir, c’est donc avec l’aval du Kremlin que Ksenia Sobchak a pu présenter sa candidature aujourd’hui accusée d’être commandée par le Kremlin pour diviser l’opposition. De quoi la fâcher avec son ami Alexeï Navalny, toujours emprisonné pour s’être opposé à Vladimir Poutine.

Paul GOGO

Des journalistes armés pour la Novaïa Gazeta

Reportage pour Ouest-France

Le journal indépendant Novaïa Gazeta a déjà perdu cinq journalistes et un avocat. Il propose à ses salariés de les armer…

Vidéo par Alexandra Dalsbaek pour Ouest-France

 

Le 23 octobre, un homme entre dans les locaux de la radio indépendante Écho de Moscou. Il reconnaît rapidement Tatiana Felguengauer, journaliste vedette de la station. Il la blesse de deux coups de couteau à la gorge. Une agression attisée par la propagande d’État qui accusait depuis des semaines Felguengauer d’être payée par l’étranger pour déstabiliser la Russie.

« Des insultes à la violence »

« Depuis l’annexion de la Crimée, la société est devenue plus agressive envers ceux qui ne partagent pas l’opinion du pouvoir. Cette atmosphère est entretenue par les médias officiels. En deux ans, on est passé des insultes à la violence physique », affirme Sergueï Sokolov, rédacteur en chef adjoint de Novaïa Gazeta. La solution pour la rédaction de ce journal d’investigation indépendant ? Armer ses collaborateurs.

Au cœur de la rédaction du journal, on trouve toujours le bureau, devenu mémorial, d’Anna Politkovskaïa, assassinée en 2006. « Depuis la création de notre journal en 1993, nous avons perdu cinq journalistes et un avocat », rappelle Sergueï Sokolov.

Alors que se profile la présidentielle de mars 2018, les voix discordantes sont invitées à se faire discrètes. Ces derniers jours, menacés, plusieurs journalistes d’opposition ont annoncé quitter le pays.

« Ils partent à l’étranger pour pouvoir faire leur travail correctement, se désole Sergueï Sokolov. Chez nous, s’armera qui le souhaitera. » Les journalistes se voient proposer des formations aux armes à impulsions électriques, aux bombes lacrymogènes et aux pistolets automatiques. « Les autorités ne nous protègent pas. C’est notre seule solution mais nous gardons en tête que nous ne ferons jamais le poids face à un tueur surarmé. »

Paul GOGO

En Russie, la dulcinée du Tsar fait scandale

Des croyants radicaux s’opposent à un film relatant une histoire d’amour entre une danseuse et le tsar Nicolas II.

Depuis plusieurs semaines, un groupe nommé « État chrétien – sainte Russie » appelle à la censure et à la destruction des cinémas qui prévoient la diffusion du film « Matilda ». Ce film relatant une histoire d’amour entre le dernier tsar russe Nicolas II et Mathilde Kschessinska, une ballerine, met une frange radicale de l’église orthodoxe en émoi, au point que des croyants appellent à brûler les cinémas. Un appel déjà suivi de faits. Ces derniers jours, plusieurs incendies et menaces de mort à travers la Russie ont convaincu une centaine de cinémas d’annuler leurs projections. Canonisé en 2000, Nicolas II est un symbole pour l’église orthodoxe qui s’est néanmoins désolidarisée des appels à la violence.

Le Kremlin contre la censure

Côté politique, ne reste plus que l’ancienne procureure de Crimée désormais députée au parlement russe, Natalia Poklonskaïa pour mener la croisade. Cette royaliste affirmée a fait appel aux descendants du tsar pour régler l’affaire devant les tribunaux. En Russie les appels à la censure lancés par l’église sont souvent suivis par l’État. Mais cette fois-ci, les extrémistes risquent de perdre la bataille. Le ministère de la culture qui a en partie financé le long-métrage, a validé la licence d’exploitation du film début septembre. Puis Vladimir Poutine s’est exprimé sur le sujet, déclarant : « de nombreux films ont déjà été réalisés sur la famille impériale. […] Beaucoup sont, selon moi, plus sévères que celui d’Alexeï Outchitel (le réalisateur de Matilda) ». Jeudi midi, le ministre de la culture a affirmé avoir vu le film, appelé à sa diffusion et a demandé à la député de cesser la polémique. Mais pour Alexander Kalinin, l’homme à la tête du groupe de fanatiques orthodoxes, rien n’y fait : « À chaque fois qu’un cinéma montrera le film, il sera brulé le lendemain » a-t-il de nouveau déclaré jeudi au site internet « Meduza ».

Paul GOGO

La Russie lance son exercice militaire « Zapad 2017 »

Organisé tous les 4 ans, par la Russie l’exercice militaire Zapad (ouest), a lieu cette année sur le territoire biélorusse et dans une moindre échelle, sur le territoire de la Fédération de Russie entre le 14 et le 20 septembre. Officiellement, il s’agit d’un exercice défensif. Mais nombre de pays voisins concernés par ces manœuvres y voient au mieux une réponse aux exercices de l’Otan organisés à proximité de la frontière russe, au pire, une invasion programmée des pays baltes dans une méthode déjà observée en Géorgie et en Ukraine. Au delà des inquiétudes, quelques faits sur l’exercice « Zapad 2017 ».

Des terroristes contre la Russie

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Une démonstration de l’armée russe en août dernier

« Ces dernières années, les forces armées de Russie et de Biélorussie ont observé des changements dans l’organisation des combats et des entraînements opérationnels. L’efficacité de ces changements ne peut être observée que dans la pratique » a assuré le Vice-ministre de la Défense et lieutenant général Alexander Fomin le 29 août dernier, lors de la présentation de l’exercice « Zapad 2017 », au ministère de la Défense russe.

Ces manœuvres font l’objet d’un scénario précis créé par les ministères de la défense russes et biélorusses et correspondent selon ces mêmes ministères, à une menace actuelle : Le terrorisme.

Ce terme doit s’utiliser avec précaution tant sa définition est sujette à interprétations. Par exemple, la guerre russo-ukrainienne qui a éclaté dans l’Est de l’Ukraine en 2014, a longtemps été considérée par les ukrainiens comme une opération terroriste dans le but de qualifier la Russie par la suite, d’État terroriste. Où encore, la Russie qui qualifie ses guerres de Tchétchénie comme des « opérations anti-terroristes ».

Bien que semblable à celui du « Zapad 2013 », le scénario de cette année est intéressant dans le sens où il présente de nombreuses similitudes avec le conflit ukraino-russe. Dans son organisation vu d’Ukraine, dans ses fantasmes (une opération de déstabilisation dirigée par un pays ennemi), vu de la Russie.

« L’exercice prévoit l’entrée de groupes extrémistes fictifs sur les territoires de la République du Bélarus et dans la région de Kaliningrad en Fédération de Russie dans l’objectif de mener des attaques terroristes et de déstabiliser l’union des États russes et biélorusses. Ces extrémistes simulés sont supportés par l’extérieur à travers une assistance logistique, du matériel militaire et l’aviation. Pour combattre cette attaque, les troupes devront réaliser un certain nombre d’épreuves tactiques. Dans un premier temps, le déploiement d’unités militaires des forces groupées (Russie et Belarus) dans la zone rebelle pour isoler les terroristes. Puis, l’aviation et la défense aérienne mèneront des opérations de soutien des forces terrestres et bloqueront les lignes de ravitaillement des groupes armés illégaux. Une opération spéciale sera également menée pour éliminer les groupes armés et stabiliser la situation, puis un blocus naval sera réalisé par le flotte de la Baltique (base de Baltiisk-Kaliningrad) dans le but d’empêcher les terroristes de s’enfuir.

Dans le même temps, un certain nombre d’exercices tactiques anti-terroristes seront organisés avec les hommes du ministère de l’Intérieur, la garde nationale, le FSB et les services de secours. » a expliqué le Vice-ministre de la Défense russe et lieutenant général Alexander Fomin.

D’un point de vue interne, l’objectif pour les deux armées est de tester l’efficacité de la communication, de la collaboration et de l’organisation des armées, du commandement militaire en chef jusqu’aux troupes sur le terrain (troupes terrestres, aviation, marine et artillerie) sensés faire face à cette attaque terroriste simulée, main dans la main. Des exercices basés sur la communication et les méthodes de travail des deux commandements sont par ailleurs déjà menés depuis le mois de mars, toujours dans le cadre du « Zapad ».

Peurs et fantasmes

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Une démonstration de l’armée russe en août dernier

« Depuis plusieurs mois, les médias de l’Ouest puis les politiciens ont tenté de créer un environnement négatif autour de cet événement en mettant l’opinion publique sous pression en amplifiant les allégations et rumeurs autours de cette sus-nommée « menace russe ». Ils ont suggéré les plus incroyables des scénarios, certains d’entre-eux estiment que cet exercice est la préparation d’une « tête de pont » pour une invasion de la Lituanie, de la Pologne et de l’Ukraine. Toutes ces allégations n’ont rien à voir avec la réalité. Ceci a été affirmé à plusieurs reprises par les responsables russes et biélorusses » a déclaré l’ambassade de Russie aux États-Unis début septembre. Il est vrai que l’exercice ne cesse de faire naître des inquiétudes et des fantasmes chez les voisins immédiats de ces deux pays. D’après ces pays, le « Zapad » serait un entraînement pour une future tentative d’isolement des pays baltes et les terroristes dont il est question dans le scénario russe correspondraient aux troupes de l’Otan.

La déstabilisation de la Russie par une intervention extérieure (notamment financière et américaine) fait partie des fantasmes les plus tenaces particulièrement intégrés par la société civile russe actuelle. Des fantasmes qui n’apparaissent pas sans raison, ils sont orchestrés et entretenus personnellement par Vladimir Poutine à travers ses discours et ses décisions politiques (par exemple avec les lois concernant les « agents de l’étranger »).

C’est sur ce risque, partiellement voire totalement fantasmé par les russes que se base cette démonstration ciblant clairement l’ouest, donc les troupes de l’Otan et leurs nombreuses manœuvres organisées dans la région.

La majorité des exercices auront lieu dans un pays imaginaire, la « Veyshnoria », ce qui correspond à la zone ouest-nord-ouest de la Biélorussie. L’autre partie conséquente sera organisée dans l’enclave de Kaliningrad coincée entre la Lituanie et la Pologne. Entre les deux, le passage de Suwalki, un point de crispation identifié et instrumentalisé par les acteurs de la zone depuis déjà plusieurs années. Ce passage long de 60 kilomètres représente une frontière pour la Russie, la Biélorussie, la Pologne, les pays baltes, l’Union Européenne et l’Otan. D’un point de vue militaire, il s’agit d’un point faible : dans le cas d’une tentative d’attaque ou de déstabilisation, les pays baltes et donc l’Otan seraient facilement et rapidement isolés (c’est d’ailleurs ce dont il est question dans l’exercice « Zapad »).

Par ailleurs, les pas de tir/polygones Pravdinksy côté russe (Kaliningrad) et Roujanski côté Bélarus situés aux extrémités du couloir font notamment partie des infrastructures militaires mises en alerte pour l’exercice.

Observateurs

Autres débat et rumeurs venus des pays voisins de l’exercice, le nombre de participants. Officiellement, environ 12 700 hommes participeront à l’exercice dont 7 200 soldats biélorusses et 5 500 soldats russes (la plus grosse partie de l’exercice se concentre sur le territoire biélorusse). 70 avions et hélicoptères, 680 véhicules et pièces d’artillerie (250 tanks, 200 armes de type mortiers et lance-roquettes multiples (Grad)) auxquels s’ajoutent une dizaine de navires positionnés à proximité de l’enclave de Kaliningrad. La Lituanie affirme que ce sont plus de 100 000 hommes qui participeront à l’exercice. Le débat avait déjà eu lieu lors du « Zapad 2013 », la Russie avait été accusée d’avoir utilisé beaucoup plus de soldats qu’annoncé pour son exercice

Mais dans les faits, si l’alliance Russie-Belarus peut effectivement déployer autant de troupes qu’elle le souhaite sur son territoire, elle le fait sous un œil plus ou moins attentif de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) dont des représentants ont été invités à assister à la phase finale de l’exercice. L’OSCE, dont la Russie est membre, impose des limites ainsi qu’une relative transparence à l’exercice. D’après le « Document de Vienne – 2011 », les pays qui souhaitent organiser des exercices militaires doivent inviter un certain nombres de représentants de l’organisation, et le nombre total de personnels impliqués ne doit pas dépasser les 40 000 hommes et 900 tanks ou 2 000 véhicules de combats amphibies ou 900 pièces d’artillerie. Face aux nombreuses rumeurs faisant état de la présence de 100 000 hommes au « Zapad 2017 », le ministère de la Défense russe a multiplié les déclarations ces derniers jours, assurant respecter le règlement imposé par l’OSCE.

Les représentants de l’OSCE ne seront pas les seuls à avoir un œil sur l’exercice. Le ministère de la Défense russe a déclaré fin juillet avoir envoyé des invitations pour observation aux membres de l’Organisation du traité de sécurité collective qui unit la Russie, l’Arménie, la Biélorussie, le Kirghizstan, le Kazakhstan et le Tadjikistan (ОДКБ), l’Union économique eurasiatique (ЕАЭС), la Communauté des États indépendants (СНГ), l’OTAN et donc, l’OSCE. À ces observateurs s’ajoutent la présence des attachés militaires des chancelleries étrangères représentées à Moscou, invités à venir observer la phase finale de l’exercice en présence de Vladimir Poutine, lundi 18 septembre, sur le polygone de Luzhsky, dans la région de Saint-Pétersbourg.

Répliques à l’exercice

 

Déjà échaudés par l’exercice « Joint sea 2017 » mené conjointement par la Russie avec la Chine, et lancé en août dans la mer Baltique (fin prévue mi-septembre), d’autres pays ont décidé de contrer la communication russe en organisant leur propre exercice militaire.

L’Ukraine a débuté le sien lundi en organisant des manœuvres impliquant quinze pays, dont les États-Unis. Cette démonstration est menée annuellement sur la base de Yavoriv (ouest de l’Ukraine) depuis le début du conflit dans l’Est du pays, en 2014. 2 500 hommes participeront à cet exercice nommé « Rapid Trident » et ce, jusqu’au 23 septembre.

Lundi 11 septembre, c’est la Suède qui a également lancé son exercice militaire, nommé « Aurora 17 » (voir photos). Cet exercice inédit qui mettra en alerte la moitié de l’armée suédoise, durera trois semaines et sera organisé en présence de soldats américains, français, danois, estoniens, lituaniens et finlandais. Le scénario de cet exercice représente une vraie réponse à celui de la Russie. 20 000 soldats vont simuler une « attaque de la Suède par un pays fictif venu de l’Est ». Cette attaque fictive se déroulera sur l’île de Gotland (mer Baltique) remilitarisée en vitesse durant ces derniers mois, par peur d’une tentative de déstabilisation russe. Une unité blindée américaine sera de la partie. Une vraie réponse de l’Otan (dont la Suède ne fait pas partie pour le moment), à l’alliance Russie-Bélarus.

Paul GOGO

En Russie, le meilleur miel du monde ne coule plus

Reportage à retrouver sur Ouest-France.fr

Oufa. De notre correspondant Paul Gogo. 20428114_10212712536269532_1087195702_n

Les chasseurs de miel sauvage du Bachkortostan (également appelé Bachkirie), petite république autonome de l’Oural, à 1 300 km à l’est de Moscou, déplorent des pertes inédites.

La technique de récolte du miel sauvage d’Alkham Issianamanov est ancestrale. Depuis des générations, les « bortevikis », ces chasseurs de miel bachkirs (peuple d’origine turc, vivant notamment en Bachkirie) entretiennent leurs ruches installées dans les troncs des pins et chênes de la taïga. Les abeilles sauvages qui s’y installent produisent un miel d’exception, l’un des meilleurs au monde. Il s’agirait même d’un des plus chers, vendu jusqu’à 3 500 roubles le kilo (plus de 50 €).

Mais cet été, ce miel pourrait ne pas faire son apparition. « Comme partout en Europe, la météo a été mauvaise, nos abeilles meurent par milliers » raconte Alkham Issianamanov, en s’apprêtant à ouvrir une ruche.

Ruches vides

Les apiculteurs du monde entier font face à une mortalité inédite des abeilles. Les changements de températures entraînent l’apparition de virus qui déciment les ruches ; l’usage de pesticides n’arrangeant rien. Dans les réserves naturelles du Bachkortostan, il faut également faire avec les ours bruns, capables de grimper aux arbres pour déguster le miel.

Son masque de protection enfilé, Alkham attrape une corde, l’installe autour de l’arbre, et grimpe le plus naturellement du monde jusqu’au sommet, à hauteur des ruches. À cinq mètres de hauteur, l’apiculteur ne prend même pas la peine de l’ouvrir : « Il ny a pas dabeilles » s’écrie-t-il, dépité. En attendant le soleil, les bortevikis nourrissent leurs abeilles de sucre.

« Cette année, les prix vont considérablement augmenter » promet Rishat Galeev, président de l’association des apiculteurs du Bachkortostan et entrepreneur dans le domaine.

« Nous souhaiterions profiter de la chute du cours du rouble pour commencer à vendre ce miel à létranger, les chinois sont vraiment intéressés, mais nos apiculteurs ont perdu 40 % de leurs ruches. Si le mauvais temps continue, la floraison des tilleuls tardera encore et la récolte sera vraiment catastrophique » prévient-il. Alkham, qui vit de ses cultures et de la vente de son miel, relativise la situation : « La culture du miel fonctionne par cycles, ça sarrangera dans les années à venir. »

Mais aujourd’hui, les jeunes quittent les villages isolés des bortevikis pour rejoindre les villes. Qui perpétuera cette culture ancestrale du miel ? Au Bachkortostan, les bortevikis pourraient disparaître avant les abeilles…

« Parc patriote », le marché à l’armement, parc d’attraction patriotique de Moscou

Le « Forum army 2017 » a fermé ses portes ce week-end. Une semaine durant, familles et vendeurs d’armes ont célébré le patriotisme russe sous fond de marché à l’armement.

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Sur le quai de la gare de Golitsino, (50 km de Moscou), l’excitation est à son comble. à la descente du train, des bénévoles ont poussé la foule dans des navettes. Direction le « Forum Army 2017 » organisé au « Parc Patriote », un parc des expositions équipé d’un polygone, d’un lac et d’un aérodrome, destiné à l’organisation d’événements militaires/patriotiques.

Dans une navette en direction du parc, un grand-père tient fermement son petit fils, c’est leur première fois au parc. Le chauffeur se trompe de route, les visiteurs crient : « Tu vas où merde ?! Allume Google maps ! », « On va jusqu’à Berlin ? ». En avril dernier, les responsables du parc ont construit une réplique du Reichstag sur un terrain destiné aux reconstitutions. À l’époque, des milliers de participants avaient rejoué la prise de Berlin en 1945 (Штурм Берлина), victoire des communistes sur les nazis, véritable fierté nationale.

Des « Mickey en treillis »

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À l’entrée du parc, c’est la police russe qui fait la circulation, épaulée par la police militaire venue avec plusieurs blindés. Des centaines de volontaires placent les voitures, et le spectacle peut commencer. Pour cela, il faut rejoindre le polygone, encore en navette. Quelques kilomètres à travers les bois et des tirs de mitrailleuses se font entendre, puis les explosions sourdes des tirs des tanks. Comme à la guerre. Le bus longe un étang, un petit bateau militaire fait des zig-zag, un soldat tire à toutes rafales vers la forêt. Dans les gradins, les enfants n’en perdent pas une miette.

Dans les rangées des tribunes, des mascottes habillées en militaires prennent la pose avec une mitrailleuse en mousse, le Mickey local. Sur le terrain, l’action passe de l’étang à la terre. Des blindés débarquent par dizaines devant les tribunes. Les lance-missile longue portée se positionnent et lèvent leurs ogives tandis que des tanks et des Grad se mettent également en position de tir. Dans un haut parleur, l’animateur du spectacle intitulé « gens polis », en référence aux hommes verts, soldats russes qui ont pris la Crimée en 2014, détaille les capacités de chaque blindés. L’objectif est de divertir les familles tout en convainquant les potentiels acheteurs présents, parfois venus en famille. Uns à uns, les véhiculent tirent leurs balles traçantes (pour les besoins du spectacle) et missiles vers des cibles situées à plus d’un kilomètre des tribunes. Des fumigènes se déclenchent, les explosions ne cessent de retentir, le public commence tout juste à vivre les frissons d’un conflit lorsque le speaker annonce une pause. L’occasion pour les familles d’aller acheter des souvenirs, rations alimentaires, tanks en plastique, chaussures, t-shirt à effigie du ministre de la défense, Sergeï Choïgou, le tout vendu par la marque « Voentorg Russie »,(ВОЕНТОРГ РОССИИ) omniprésente dans les allées du forum. Le temps qu’un hélicoptère viennent tirer quelques balles et déposer quelques hommes à terre, et le show est terminé.

Magasin Kalachnikov

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C’est au parc des expositions que les animations se poursuivent. Il y a les marques de prestige, comme Sukhoï ou Kalachnikov qui occupent des pavillons entiers. Puis il y a le millier d’exposants répartis sur trois halls, où sont présentés de quoi monter un tank en pièces détachées, soigner des victimes, faire face aux attaques chimiques… En somme, de quoi faire une guerre (et la gagner). La marque la plus populaire pour les russes, et de loin, est la marque Kalachnikov (une statue à effigie de Mikhaïl Kalachnikov sera par ailleurs bientôt érigée à Moscou). Une vingtaine de minutes d’attente sont nécessaires pour accéder au pavillon destiné au grand public (boutique de souvenirs) comme aux acheteurs étrangers (snipers, missiles téléguidés). À l’intérieur, des hôtesses dirigent les clients vers les armes à feu. Comme à la Fnac, les armes sont déposées sur une table blanche, attachées à une alarme. Le public, quasi essentiellement masculin s’amuse à porter, charger et décharger à blanc les armes sous le regard de vigiles en costume-cravate. Dans la cour, la marque propose un véhicule anti-émeute blindé. La couleur est kaki, le véhicule est à priori plutôt destiné aux zones de guerre. Mais le monstre blindé équipé de caméra et d’un petit canon à eau serait d’une efficacité redoutable utilisé comme outil de maintien de l’ordre. En prévision de l’hiver à venir ?

« World of tanks »

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La visite se déroule dans une ambiance de film d’action, une musique qui ne s’arrête presque jamais. Régulièrement, des concerts de musique traditionnelle ou de rock… patriotique couvre la BO du salon. Plus de 300 véhicules exposés, de quoi faire revenir en enfance de nombreux pères de familles. « J’ai amené mes enfants pour qu’ils s’amusent, mais je ne veux pas vous en dire plus sur moi, je suis là pour vendre des armes » confie un homme occupé à prendre ses enfants en photo, grimpé sur un blindé. Plus loin, un père de famille explique « je suis venu ici pour montrer l’armée russe à mes enfants. C’est important pour eux, ils doivent voir notre armée. Et puis bien sûr, nous sommes des patriotes, on ne vient pas ici par hasard« . Véhicules pour l’Arctique, blindés en tous genre, radars, lance-missiles, véhicules de génie militaire, blindés destinés aux paras, à la marine… Toute l’armée russe est représentée. « Nous sommes venus entre frères parce que nous passons beaucoup de temps à jouer à World Of Tank. Pour nous, c’est l’occasion de voir ces tanks en vrai » racontent Nikolaï et Vladislav. « Bien sûr que nous sommes patriotes, c’est même le but de ce parc ! » lance Nikolaï, tandis que Vladislav ajoute, hilare, certain de faire mouche chez un journaliste étranger, « nous sommes là parce que nous supportons notre président musclé Vladimir Poutine!« .

Biélorussie, Pakistan, Arménie…

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Les ventes de ce marché de l’armement organisé dans ce Disneyland du patriotisme se sont en fait réalisées en début de semaine. Accueillies par le ministre de la défense russe, une dizaine de délégations étrangères ont alors parcouru les allées du parc. Certaines d’entre-elles, plutôt à l’aise sur le fait de participer à un marché militaire public, ont monté leurs propres stands nationaux, dont les entreprises privées ont généralement été réunies par le ministère de la défense de leur pays pour l’occasion. En star, la Biélorussie, visiblement spécialiste des télécommunications et dans la fabrication de véhicules d’artillerie lourde. « L’opinion publique pense souvent, à tort, que nous sommes totalement dépendants de la Russie en matière d’armement. Mais nous avions beaucoup d’usines sur notre territoire en URSS. Nous avons ensuite essayé de conserver leur savoir-faire, puis nous les avons modernisées. Regardez cette maquette, c’est notre dernier produit. Nous débutons tout juste la vente de ce produit, un véhicule lance-missile qui peut toucher des cibles jusqu’à 300 km » explique un commercial ayant souhaité rester anonyme. Puis loin, c’est le Pakistan qui a fenêtre sur cour, avec ses explosifs et ses munitions en tous genres. Puis l’Arménie, qui propose des radars, de l’optique et des détecteurs de métaux. De quoi oublier que ces jouets sont faits pour tuer…

Texte et photos, Paul GOGO

À Moscou, le Bolchoï secoué par un scandale

Article à retrouver sur Ouest-France.fr

Le célèbre théâtre moscovite a annulé la présentation d’un ballet annoncé par la critique comme l’un des meilleurs du XXIe siècle.

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Images de la répétition générale

Le Bolchoï, institution d’excellence, productrice des meilleurs ballets du monde, est au cœur d’un scandale romanesque comme seules les grandes maisons en connaissent. Le 11 juillet, le théâtre devait présenter Noureev, un nouveau ballet retraçant la vie du célèbre danseur étoile Rudolf Noureev. Un chef-d’œuvre à gros budget sur lequel le Bolchoï planchait depuis deux ans.

Au lendemain de la répétition générale, le metteur en scène, Kirill Serebrennikov, a annoncé son annulation et crié à la censure. Depuis quelques années, Serebrennikov, récompensé en 2016 au Festival de Cannes pour son film Le disciple, se pose régulièrement en critique du pouvoir.

Le Kremlin l’aurait-il attaqué via son ballet ? Vladimir Ourine, directeur du Bolchoï, nommé par Vladimir Poutine, s’en est défendu, justifiant cette annulation par un manque de préparation des danseurs et promettant une reprogrammation en mai 2018.

« Un amour pour la danse »

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L’équipe à l’issue de la répétition générale

Mais l’affaire n’est pas close. D’après Alexeï Venediktov, rédacteur en chef de la radio Écho de Moscou, des représentants de l’Église ont assisté à la répétition générale. Ils auraient été choqués par la présence d’un danseur nu sur scène. Et par l’apparition, en flash d’une seconde, d’une célèbre photo de Noureev, nu lui aussi. L’agence russe Tass a annoncé que le ballet avait été considéré comme de la « propagande homosexuelle » par le ministère de la Culture, les histoires d’amour de Noureev, homosexuel, y étant abordées.

Rudolf Noureev, souvent qualifié de meilleur danseur et plus grand chorégraphe au monde, a rejoint la France en 1961. Il est entré dans la légende après avoir échappé aux agents du KGB chargés de le surveiller lors d’une tournée parisienne. Il est devenu directeur de l’Opéra de Paris dans les années 1980 et est mort du sida en 1993.

Ouest-France a pu se procurer des images tournées durant la répétition générale de Noureev. Le spectacle est grandiose. Serebrennikov a tenté de bousculer les vieilles manières du Bolchoï sans s’éloigner du classique. Les histoires d’amour de l’étoile sont dansées avec finesse. Les scènes qui auraient déplu à l’Église sont belles, sans provocations.

Critique du journal Kommersant, la journaliste russe Tatyana Kuznetsova a résumé l’affaire : « Les images montrent un spectacle parfaitement prêt. Le ballet ne parle pas de sexe mais d’amour, un amour pour la danse, pour la vie et pour la liberté. C’est ce qui est d’ailleurs peut-être le plus désagréable pour les homophobes… »

Navalny, l’homme dont Vladimir Poutine ne peut prononcer le nom

Article à retrouver sur Libération

Ces derniers jours, les perquisitions et les arrestations de militants soutenant l’opposant russe se sont multipliées. L’objectif : faire disparaître les liasses de tracts prévues pour les actions du week-end destinées à fêter la sortie de prison de Navalny.

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Les jeunes militants soutenant Alexei Navalny poursuivaient leurs actions ce dimanche midi devant les stations de métro de Moscou comme dans de nombreuses villes en région. Ce week-end, l’opposant et candidat à la présidentielle de 2018 russe a appelé ses partisans à descendre dans la rue pour faire campagne en son nom dans les lieux publics, une manière de célébrer sa sortie de prison. Navalny a été libéré vendredi, après vingt-cinq jours de détention, après avoir été arrêté le 12 juin, accusé d’avoir organisé un rassemblement illégal dans le centre-ville de Moscou.

Les brochures distribuées par les militants s’attaquent au Premier ministre, Dmitri Medvedev, que Navalny a érigé en symbole de la corruption au plus haut niveau du pouvoir russe. Depuis vendredi, les activistes font face à une répression sans précédent. Des responsables des bureaux de campagne de l’opposant en région ont été arrêtés par la police, et même tabassés par des inconnus dans l’ensemble du pays. A Moscou, Alexander Tourovski, 25 ans, a été roué de coups par trois policiers en civil cagoulés, alors qu’il dormait dans le QG moscovite. Les agents se sont débarrassés des tracts entreposés dans le local et ont définitivement fermé le bureau. Le jeune militant, enfermé pendant douze heures sans eau ni téléphone, a été condamné à 500 roubles d’amende (7 euros) et diagnostiqué d’un léger traumatisme crânien à l’issue de sa garde à vue.

Déjà 130 arrestations

Ces derniers jours, les fermetures de QG pro-Navalny et les perquisitions se sont multipliées. L’objectif : faire disparaître les liasses de tracts prévus pour l’action de ce week-end. A Novossibirsk, en Sibérie, des militants ont du évacuer le matériel de campagne par la fenêtre de leur local pendant que la police investissait les lieux. Samedi, à Moscou, un homme a été arrêté parce qu’il transportait un ballon à l’effigie d’Alexeï Navalny dans le coffre de sa voiture. 130 personnes, dont onze mineurs, ont déjà été arrêtés ce week-end en Russie. Dimanche midi, des militants, souvent très jeunes, ont repris position devant les entrées du métro. La police pourrait procéder à de nouvelles arrestations.

La police semble prise d’une panique irrationnelle lorsque les rassemblements ont un lien avec Alexeï Navalny. C’est la première fois en Russie que des militants sont arrêtés en masse pour avoir distribué des tracts politiques. Cette peur paraît d’autant moins compréhensible que le candidat a récemment été déclaré inéligible par la Commission électorale centrale. Il ne pourra donc normalement pas participer à la présidentielle de 2018, à laquelle Vladimir Poutine ne s’est d’ailleurs pour le moment pas déclaré candidat.

Le titulaire du titre d’opposant principal au président russe semble remporter un succès inattendu chez les jeunes générations, imperméables à la propagande du Kremlin. Alexeï Navalny, interdit de média nationaux, reste très peu connu en dehors de Moscou. «Je ne sais pas si le Kremlin est en train de radicaliser ses actions contre Alexeï Navalny, mais je ne pense pas que la campagne présidentielle que Navalny mène ait pour but de remporter l’élection. Son objectif est de montrer qu’il est le seul opposant en Russie. Il a quasiment achevé son objectif», a estimé le politologue Stanislav Belkovsky, interrogé ce week-end sur la radio Écho de Moscou.

Vladimir Poutine, lui, ignore constamment le statut d’opposant de Navalny. Le président russe s’est même lancé dans un «ni-oui ni-non» avec pour objectif de ne jamais citer le nom de son opposant. Interrogé sur la question à Hambourg à l’occasion du G20, Vladimir Poutine a brièvement déclaré à propos de Navalny, une nouvelle fois sans le citer : «Je pense qu’on ne peut discuter qu’avec des gens qui proposent des choses constructives. Mais quand l’objectif n’est que d’attirer l’attention, cela n’encourage pas au dialogue.»

Correspondant à Moscou, Paul Gogo