« Parc patriote », le marché à l’armement, parc d’attraction patriotique de Moscou

Le « Forum army 2017 » a fermé ses portes ce week-end. Une semaine durant, familles et vendeurs d’armes ont célébré le patriotisme russe sous fond de marché à l’armement.

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Sur le quai de la gare de Golitsino, (50 km de Moscou), l’excitation est à son comble. à la descente du train, des bénévoles ont poussé la foule dans des navettes. Direction le « Forum Army 2017 » organisé au « Parc Patriote », un parc des expositions équipé d’un polygone, d’un lac et d’un aérodrome, destiné à l’organisation d’événements militaires/patriotiques.

Dans une navette en direction du parc, un grand-père tient fermement son petit fils, c’est leur première fois au parc. Le chauffeur se trompe de route, les visiteurs crient : « Tu vas où merde ?! Allume Google maps ! », « On va jusqu’à Berlin ? ». En avril dernier, les responsables du parc ont construit une réplique du Reichstag sur un terrain destiné aux reconstitutions. À l’époque, des milliers de participants avaient rejoué la prise de Berlin en 1945 (Штурм Берлина), victoire des communistes sur les nazis, véritable fierté nationale.

Des « Mickey en treillis »

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À l’entrée du parc, c’est la police russe qui fait la circulation, épaulée par la police militaire venue avec plusieurs blindés. Des centaines de volontaires placent les voitures, et le spectacle peut commencer. Pour cela, il faut rejoindre le polygone, encore en navette. Quelques kilomètres à travers les bois et des tirs de mitrailleuses se font entendre, puis les explosions sourdes des tirs des tanks. Comme à la guerre. Le bus longe un étang, un petit bateau militaire fait des zig-zag, un soldat tire à toutes rafales vers la forêt. Dans les gradins, les enfants n’en perdent pas une miette.

Dans les rangées des tribunes, des mascottes habillées en militaires prennent la pose avec une mitrailleuse en mousse, le Mickey local. Sur le terrain, l’action passe de l’étang à la terre. Des blindés débarquent par dizaines devant les tribunes. Les lance-missile longue portée se positionnent et lèvent leurs ogives tandis que des tanks et des Grad se mettent également en position de tir. Dans un haut parleur, l’animateur du spectacle intitulé « gens polis », en référence aux hommes verts, soldats russes qui ont pris la Crimée en 2014, détaille les capacités de chaque blindés. L’objectif est de divertir les familles tout en convainquant les potentiels acheteurs présents, parfois venus en famille. Uns à uns, les véhiculent tirent leurs balles traçantes (pour les besoins du spectacle) et missiles vers des cibles situées à plus d’un kilomètre des tribunes. Des fumigènes se déclenchent, les explosions ne cessent de retentir, le public commence tout juste à vivre les frissons d’un conflit lorsque le speaker annonce une pause. L’occasion pour les familles d’aller acheter des souvenirs, rations alimentaires, tanks en plastique, chaussures, t-shirt à effigie du ministre de la défense, Sergeï Choïgou, le tout vendu par la marque « Voentorg Russie »,(ВОЕНТОРГ РОССИИ) omniprésente dans les allées du forum. Le temps qu’un hélicoptère viennent tirer quelques balles et déposer quelques hommes à terre, et le show est terminé.

Magasin Kalachnikov

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C’est au parc des expositions que les animations se poursuivent. Il y a les marques de prestige, comme Sukhoï ou Kalachnikov qui occupent des pavillons entiers. Puis il y a le millier d’exposants répartis sur trois halls, où sont présentés de quoi monter un tank en pièces détachées, soigner des victimes, faire face aux attaques chimiques… En somme, de quoi faire une guerre (et la gagner). La marque la plus populaire pour les russes, et de loin, est la marque Kalachnikov (une statue à effigie de Mikhaïl Kalachnikov sera par ailleurs bientôt érigée à Moscou). Une vingtaine de minutes d’attente sont nécessaires pour accéder au pavillon destiné au grand public (boutique de souvenirs) comme aux acheteurs étrangers (snipers, missiles téléguidés). À l’intérieur, des hôtesses dirigent les clients vers les armes à feu. Comme à la Fnac, les armes sont déposées sur une table blanche, attachées à une alarme. Le public, quasi essentiellement masculin s’amuse à porter, charger et décharger à blanc les armes sous le regard de vigiles en costume-cravate. Dans la cour, la marque propose un véhicule anti-émeute blindé. La couleur est kaki, le véhicule est à priori plutôt destiné aux zones de guerre. Mais le monstre blindé équipé de caméra et d’un petit canon à eau serait d’une efficacité redoutable utilisé comme outil de maintien de l’ordre. En prévision de l’hiver à venir ?

« World of tanks »

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La visite se déroule dans une ambiance de film d’action, une musique qui ne s’arrête presque jamais. Régulièrement, des concerts de musique traditionnelle ou de rock… patriotique couvre la BO du salon. Plus de 300 véhicules exposés, de quoi faire revenir en enfance de nombreux pères de familles. « J’ai amené mes enfants pour qu’ils s’amusent, mais je ne veux pas vous en dire plus sur moi, je suis là pour vendre des armes » confie un homme occupé à prendre ses enfants en photo, grimpé sur un blindé. Plus loin, un père de famille explique « je suis venu ici pour montrer l’armée russe à mes enfants. C’est important pour eux, ils doivent voir notre armée. Et puis bien sûr, nous sommes des patriotes, on ne vient pas ici par hasard« . Véhicules pour l’Arctique, blindés en tous genre, radars, lance-missiles, véhicules de génie militaire, blindés destinés aux paras, à la marine… Toute l’armée russe est représentée. « Nous sommes venus entre frères parce que nous passons beaucoup de temps à jouer à World Of Tank. Pour nous, c’est l’occasion de voir ces tanks en vrai » racontent Nikolaï et Vladislav. « Bien sûr que nous sommes patriotes, c’est même le but de ce parc ! » lance Nikolaï, tandis que Vladislav ajoute, hilare, certain de faire mouche chez un journaliste étranger, « nous sommes là parce que nous supportons notre président musclé Vladimir Poutine!« .

Biélorussie, Pakistan, Arménie…

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Les ventes de ce marché de l’armement organisé dans ce Disneyland du patriotisme se sont en fait réalisées en début de semaine. Accueillies par le ministre de la défense russe, une dizaine de délégations étrangères ont alors parcouru les allées du parc. Certaines d’entre-elles, plutôt à l’aise sur le fait de participer à un marché militaire public, ont monté leurs propres stands nationaux, dont les entreprises privées ont généralement été réunies par le ministère de la défense de leur pays pour l’occasion. En star, la Biélorussie, visiblement spécialiste des télécommunications et dans la fabrication de véhicules d’artillerie lourde. « L’opinion publique pense souvent, à tort, que nous sommes totalement dépendants de la Russie en matière d’armement. Mais nous avions beaucoup d’usines sur notre territoire en URSS. Nous avons ensuite essayé de conserver leur savoir-faire, puis nous les avons modernisées. Regardez cette maquette, c’est notre dernier produit. Nous débutons tout juste la vente de ce produit, un véhicule lance-missile qui peut toucher des cibles jusqu’à 300 km » explique un commercial ayant souhaité rester anonyme. Puis loin, c’est le Pakistan qui a fenêtre sur cour, avec ses explosifs et ses munitions en tous genres. Puis l’Arménie, qui propose des radars, de l’optique et des détecteurs de métaux. De quoi oublier que ces jouets sont faits pour tuer…

Texte et photos, Paul GOGO

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Ouest-France. « À quoi ressemble une ligne de front ? »

Reportage publié dans l’édition du Soir de Ouest-France.

Les photos sont de la photographe Olya Morvan.

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Infographie Ouest-France

Une ligne de front ou ligne de démarcation représente une frontière occupée par des armées ayant souvent pour objectif de déplacer cette ligne. Le front peut être actif ou gelé, mais dans tous les cas, la vie y est beaucoup plus présente que ce que l’on peut imaginer. À quoi ressemble une ligne de front en 2016 ? Voici celle du conflit ukrainien, en dix images (…)

Dans les coulisses du service de presse de Donetsk. Mis à jour le 10/08/16.

Ces « leaks » ont été publiés sur Twitter d’une façon particulièrement étrange. Publiés en alpaguant le SBU puis supprimés quelques heures plus tard. La méthode et le contenu rappellent la méthode Mirotvorets dont certains dossiers mis en ligne à l’époque apparaissent de nouveau, actualisés, dans ces « Donetsk Leaks ». D’un autre côté, à la lecture de ces mails, il apparait que les données personnelles des journalistes passent finalement au second plan, tant les querelles internes deviennent rapidement passionnantes à découvrir.

En attendant de comprendre dans quel but, et par qui ces informations ont été mises en ligne,il convient de dénoncer le silence honteux des ukrainiens. Les atteintes aux journalistes et à la liberté de la presse se font de plus en plus nombreuses ces dernières semaines en Ukraine, et sont à chaque fois suivies d’un silence étourdissant des autorités. Cette fois-ci, nos données se retrouvent une nouvelle fois en ligne, mais pire, nous avons maintenant la preuve, et en détail, que depuis un an, les séparatistes se sont employés à empêcher les médias de travailler dans leur zone. Une situation qui ne devrait pas être négligée ni par l’Ukraine, ni par les organisations internationales (l’OSCE en première ligne), tant la désinformation et la propagande ont des conséquences visibles, directes et importantes sur le front et sur l’avenir du conflit.

Il est également à noter que le peu de médias ukrainiens qui se sont « emparés » du sujet, s’en sont servis pour attaquer la chaîne Inter, une nouvelle fois victime d’une chasse aux sorcières.

Les faits

Jeudi 4 août au matin, un compte Twitter sensé appartenir à Tatiana Egorova, responsable des accréditations presse en auto-proclamée République Populaire de Donetsk, a diffusé un étrange tweet : « Moi, Egorova Tatiana S., employée du MGB (ministère de la sécurité d’état) de la DNR, je ne peux plus mentir et je ne veux plus permettre à d’autres de le faire« . Le SBU tagué, et un lien Dropbox publié. Dedans, 1 449 e-mails et tout autant de pièces-jointes hackés sur la boite mail de la secrétaire. La lecture minutieuse des e-mails laisse entrevoir la vie quotidienne de ce service chargé de contrôler et d’empêcher le travail des journalistes dans le Donbass. Un quotidien fait de complots, d’espionnage, de conflits entre les « fonctionnaires », d’amour, de rebondissements… Bref, une vrai sitcom qui aurait pu être humoristique si elle n’avait pas entraîné une suppression du droit de parole aux gens du Donbass qui, eux, ne sont pas payés pour vivre à Donetsk et vivent bel et bien toujours sous les bombes.

tweet initial

Qui sont les personnages principaux ?

  • La boite mail est gérée par Tatiana Egorova, une fonctionnaire du service de presse des séparatistes de Donetsk chargée de délivrer les indispensables accréditations sur place.
  • La majorité des correspondances ont lieu entre cette Tatiana, et Janus Putkonen, finlandais, responsable du service chargé d’enquêter sur les journalistes mais aussi rédacteur sur le site internet « Doni news », site créé par plusieurs étrangers, payés pour diffuser le message unique de la DNR.
  • Quelques e-mails d’un subalterne de Janus Putkonen, Laurent Brayard, y apparaissent. Brayard est bien connu des journalistes français dont nombre d’entre-eux se sont déjà fait insulter et diffamer sur ses blogs personnels. Il y apparait comme étant légèrement parano, à plusieurs reprises persuadé que des complots se montent dans son dos pour le pousser à quitter Donetsk. La lecture des e-mails montre que Brayard s’est effectivement fait pas mal d’ennemis en quelques mois de présence. Les menaces et rumeurs diffusées à son encontre finiront par l’effrayer suffisamment pour qu’il décide de quitter Donetsk.
  • Svetlana Kissileva, rédactrice à « Novorossiya today »apparait également dans plusieurs e-mails. Brayard l’accuse à plusieurs reprises de vouloir sa perte et d’avoir milité pour sa déportation. Mais c’est semble-t-il elle qui a fait venir Brayard et Erwan Castel (un vieux de la vieille, français dont la participation aux conflits armés est devenu son métier) à Donetsk lors de l’organisation d’un « congrès anti-fascistes » et ce, depuis Moscou (où Brayard vivait). Le rôle de Kissileva dans ce groupe d’étrangers n’est pas clair mais elle semble particulièrement proche de l’Unité continentale (un groupe de combattant français ultra nationaliste, d’extrême droite) et elle dirige un groupe nommé « Novopole », groupe d’extrême droite. Elle était à l’origine plutôt dans le camp de Brayard, dont elle a fait un bon collègue de « ré-information » (toujours garder en tête que nous vous mentons!) jusqu’à qu’elle s’en prenne à lui. Laurent Brayard n’a pas l’air d’être un collègue facile à vivre.
  • Christelle Néant, une française arrivée à Donetsk quelques semaines avant que Laurent Brayard ne disparaissent des écrans radar. Peu d’informations apparaissent à son propos dans ces leaks.

Le traitement de la presse en DNR

Janus, roi du journalisme à Donetsk le déclare plusieurs fois dans ses mails : L’objectif est « de remporter la guerre de l’information« , c’est une obsession chez lui. Pour rappel, un journaliste, lui, contournera la guerre de l’information (par définition menée par des communicants, entre communicants) en informant les gens. Dans les premiers mails, le service de presse de la DNR organise le montage d’un reportage TV destiné à être diffusé sur les médias locaux. Il y a également une revue nommée Панорама (Panorama), dont la responsable de la boite mail reçoit régulièrement les bons à tirer. Elle s’agace parfois d’y trouver des informations trop tristes, ou des informations qui ne correspondent pas au message officiel. Le tout est rapidement corrigé et approuvé à coups de smileys. Elle valide également les reportages d’un certain Sergeï Karpii, journaliste pour un programme de Donbass TV nommé comme la série à découvrir plus bas, « Le facteur humain ».  Il va sans dire que ces fuites montrent clairement qu’aucun des médias de Donetsk n’est indépendant, tous relayent les messages imposés par le service de presse. Comme un air de Corée du Nord…

Sergei corrigé
« Je n’aime pas, à réécrire » Tatiana corrige le reportage de Sergeï lorsqu’une personne interrogée critique la vie en DNR.

La guerre de l’information plus facile sans médias

C’est l’information principale de cette fuite. Les séparatistes du Donbass s’emploient clairement depuis un an à empêcher les journalistes étrangers qui ne respectent pas leurs éléments de langage de venir en DNR (à noter que l’autoproclamée République populaire de Lougansk, LNR, travaille désormais de la même façon en collaboration avec la DNR). La chose est faite en masse, peu de journalistes voient aujourd’hui leurs demandes d’accréditations acceptées. Si les journalistes étaient nombreux à avoir compris la situation, ceci permet désormais d’expliquer aux lecteurs du monde entier pourquoi ils entendent moins parler de Donetsk depuis quelques mois… Il n’y a que la BBC qui bénéficie d’un traitement de faveur : Mail 0-970″La BBC n’est pas « friendly » avec la Russie ni avec la DNR. Mais c’est mieux de leur donner les accréditations parce qu’ils ont de l’influence » explique Janus.

Refus
Le service de presse interdit de visite un photographe français sous prétexte que certaines de ses photos ont fait état de la présence de tanks russes et a utilisé le mot « séparatiste » dans ses légendes.

Plus le temps passe, plus les refus se multiplient, et avec le temps, les réponses positives sont souvent conditionnées à une rencontre avec Janus ou Brayard. Si l’équipe semble avancer en roue libre, il est tout de même question dans l’e-mail 0-1184 à l’intitulé « Top secret », d’un « officier de Moscou » attribué à l’un des collègues de Janus. Ce collègue s’étonnera de sa présence auprès de Janus qui lui répondra un simple « TOP SECRET ». Un James Bond en puissance le Janus.

En parlant de secrets, Janus adore ça les mails à l’objet « Top secret ». Il en envoie très régulièrement à sa secrétaire préférée. En fait, ces e-mails n’ont que peu d’intérêt, il s’agit d’une liste de journalistes particulièrement surveillés (Le Monde, le Figaro, l’AFP, la BBC…) dont toutes les publications sont quotidiennement listées par le service de presse. L’objectif, réagir rapidement si l’un de ces médias se met à publier des choses trop déplaisantes. à noter qu’une autre liste, celle déjà publiée plusieurs fois par des hackers ukrainiens apparait elle aussi très régulièrement mise à jour dans les e-mails de nos deux personnages principaux. Du vert pour les journalistes copains jusqu’au rouge pour les journalistes méchants.

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Les journalistes méchants.

Le fonctionnement du service

Une grande partie des e-mails reçus sont des demandes d’accréditations venues du monde entier. Nous connaissons tous cette adresse que nous avons toujours utilisé pour faire nos demandes d’accréditations. C’est pour cela que ce leak contient une nouvelle fois tant de données personnelles de journalistes. Car à chaque demandes nous envoyions des photocopies de nos passeports et l’objet de nos déplacements à cette secrétaire.

Une fois la demande reçue, la secrétaire demande à Janus si elle peut l’accepter. Janus (où ses collègues) enquêtent (tapent nos noms sur Google) et déterminent notre appartenance au camp des gentils ou des méchants en s’attachant à la réputation du média, du journaliste, et à ses dernières publications.

Il apparait dans au moins deux e-mails que les « fonctionnaires » de ce service sont payés pour y travailler. Dans son émouvante lettre d’adieu, Laurent Brayard explique que lors de son arrivée Svetlana Kissileva lui avait proposé de recevoir 200 € par mois ou 100€ plus un appartement gratuit. Brayard a choisi la seconde proposition. à noter que Brayard est accusé par ses ex collègues d’avoir également bénéficié de financements issus de dons pour vivre à Donetsk. Ce qu’il nie.

Il est à noter que si, comme précisé précédemment, le service a l’air d’agir en roue libre, il apparait au cours des e-mails qu’une hiérarchie garde le service à l’œil. D’ailleurs, certaines décisions de cette hiérarchie auraient tendance à agacer les membres de Doni press des articles pour « l’agence de presse » officielle de la DNR, de travailler comme ils le souhaiteraient. Laurent Brayard s’en fait plusieurs fois l’écho dans des e-mails énervés dans lesquels il regrette de ne pas pouvoir aller travailler sur le front et faire « son travail de journaliste« . Une ironie du sort pour cet homme chargé d’empêcher les vrais journalistes de faire leur travail…

 Les volontaires

Des volontaires écrivent régulièrement à Janus afin de rejoindre les rangs de « l’armée séparatiste ». Ils sont majoritairement français. Ils sont nombreux et envoient leurs passeports et parfois une petite lettre de motivation. Les séparatistes ont beau se battre « contre les nazis ukrainiens », chez les volontaires français, la majorité d’entre-eux sont étroitement liés … au Front National. Plus de détails à venir.

Les visiteurs étrangers

Autant dire que les politiciens, écrivains et chercheurs venus légitimer la DNR sont majoritairement français. Et majoritairement proches de l’extrême-droite et des mouvements anti-atlantisme. D’ailleurs, des représentants du Front-National se font régulièrement inviter à Donetsk. Plus d’informations à venir.

Les perles

  • Mail 0-60. On y retrouve le scénario de « Facteur humain », une série en grande partie tournée à Donetsk et à priori produite par les séparatistes, une sorte de « feux de l’amour » qui se déroule sous les bombes. Pas commun. (Un épisode de Человеческий фактор).
  • Mail 0-1089. Laurent Brayard, le français en charge des accréditations liées à la presse française se retrouve chargé d’une mission particulière par un certain Gérard. L’aider à retrouver sa chérie ukrainienne qui a rejoint le Donbass sans le prévenir. Gérard a rencontré sa jeune et jolie ukrainienne sur un site internet destiné aux rencontres. Dans son email adressé à la DNR, avec lettres d’amour et passeport de sa bien aimée en pièces-jointes, Gérard l’affirme, »au départ, un réel amour s’est installé. » Mais le conflit ayant éclaté dans le Donbass, il décide de ramener sa Yuliia, 28 ans,originaire de Gorlivka (sous contrôle séparatiste et particulièrement touchée par les bombardements) en Auvergne. Là-bas, Yuliia tombera enceinte. Sauf que ce coquin de Gérard ne souhaitant pas laisser son amoureuse retourner voir sa famille à Gorlivka, c’est elle qui finira par filer à l’anglaise et disparaître définitivement. Une histoire d’amour brisée entre le Donbass et l’Auvergne, le tout à base de rencontre virtuelle, incontestablement le winner de ce leak. (L’objet initial de ce mail est « French lover »).
  • Les jeunes de la droite Populaire grillés. Dans un email (23/12/15) à entête « Les Républicains », Pascal Ellul, président des jeunes de la droite populaire déclare son amour pour les séparatistes (et avoue avoir fréquenté Thierry Mariani, désormais fameux relais du Kremlin en France, avant d’écrire son message. Ceci explique cela. Courrier Jeunes Droite Populaire) : « Nous serions ravis et surtout très honorés de pouvoir constater par nous-mêmes la réalité du terrain et pouvoir être des relais en France de ceux qui se battent pour la liberté ». On remercie au passage « la presse libre » d’avoir donné à Pascal un accès à la vérité vraie et on attend avec impatience les photos des jeunes de la droite populaire en visite diplomatique sous les bombes de l’aéroport de Donetsk.
  • Pas facile la vie de séparatiste non reconnu par la Russie… Dans un email envoyé le  31 mars 2016 (Incident de mon interrogatoire le 17 février 2016 à Novoazov-EN), Laurent Brayard fait un « rapport d’incident ». Lors d’un retour de Moscou à Donetsk via Rostov-sur-le-Don et Novoazovsk, Lolo se fait longuement interroger par le FSB. Au delà de l’anecdote, l’histoire illustre les chamailleries entre séparatistes français car Brayard accuse un de ses camarades, Laurent Courtois, supposé proche de la fameuse Svetlana Kisileva, de l’avoir accusé d’être un ennemi de la Russie. L’insulte suprême quand on donne sa vie pour la DNR !
  • Email 0-1139. Le nazi. Si tous les séparatistes ne sont pas hostiles à l’idéologie néo-nazie, il faut au moins reconnaitre à Laurent Brayard que lui, les néo-nazis, il n’aime pas ça. D’autant plus quand la personne accusée a été décorée par Igor Strelkov à Moscou… Alors forcément, lorsqu’il découvre qu’un des français les plus connus de Donetsk est un adepte de l’idéologie nazie… Brayard au rapport !
  • Bloqué. La galère de tout touriste lorsqu’on est à l’étranger, perdre ses papiers… C’est ce qui est arrivé à Erwan Castel, volontaire français, ancien officier de l’armée française. Dans une lettre adressée à Vladimir Poutine, il demande désespérément de l’aide au président, comme on demandait de l’aide directement à Staline ou Lénine à une certaine époque… Et pour cause, l’ambassade de France en Russie ne pouvant rien faire pour lui, elle lui a suggéré de se rendre à l’ambassade de France … En Ukraine. Conscient qu’il n’arriverait pas à Kiev libre, le combattant préfère rester à Donetsk en attendant des nouvelles de la Russie.
  • Grosses couilles de russes. Parlant de notre Laurent Brayard national, un autre français, militant de la DNR décrit le Donbass en ces termes dans une impression d’écran trouvée dans une pièce-jointe : couilles du Donbass

Une vision particulière du « monde russe ».

La suite, ici !

Paul Gogo

Donetsk sans voix

Il y a un an, quasiment jour pour jour, je quittais Donetsk après avoir réalisé un reportage sur place. Ce que je ne savais pas, c’est qu’il s’agissait de mon dernier voyage sur place.

 

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Mon dernier refus en date, le 20 juillet dernier : « Service de presse du gouvernement. Bonjour, malheureusement, votre accréditation sur le territoire de la DNR (République Populaire de Donetsk) est refusée ».

 

Ce conflit dans l’est de l’Ukraine a toujours été particulier. Pendant deux ans, les journalistes passant par le Donbass ont eu ce luxe de pouvoir couvrir les deux camps, traverser le front à leur guise, sans prendre trop de risques. Les premiers reporters sont arrivés à Donetsk en avion, pendant plusieurs semaines, j’ai continué à prendre le train de nuit Kiev/Donetsk. Comme me disait souvent une journaliste d’expérience avec qui j’ai eu l’occasion de travailler, « tu as de la chance de pouvoir circuler entre les deux camps, dans les balkans, on choisissait notre camp et on y restait« . C’est vrai.

Mais depuis plusieurs mois, la plupart des journalistes désirant se rendre dans le Donbass, côté séparatiste, en sont empêchés par le service de presse local. Il est strictement impossible de traverser le front sans autorisation. Les journalistes concernés par ces interdictions ont quasiment tous déjà mis les pieds sur place. Y ayant passé plus de temps que côté ukrainien lorsque le cessez-le-feu n’était pas encore de rigueur, je n’y ai pas échappé. Un vrai problème pour moi, en tant que journaliste, bien sûr, mais aussi d’un point de vue plus personnel tant j’aime cette région qui, dès le début, a pris la forme d’un grand mystère. Un mystère que j’essayais de comprendre, reportages après reportages, événements après événements, rencontres après rencontres…

Pour une raison mystérieuse, le service chargé des accréditations à Donetsk mène un combat radical visant à empêcher l’utilisation du mot « séparatiste » dans les reportages des correspondants étrangers. Quelques refus ont été justifiés de cette façon lorsque les interdictions ont commencé à se multiplier, durant l’été 2015.

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Rappel utile.

 

Il faut savoir que les français ont le droit à un traitement particulier lorsqu’il s’agit du « googlage en règle » des « services de renseignement » séparatistes car c’est un français installé à Donetsk, qui en est chargé.

Je ne m’étalerai pas sur cette personne (cf. ses nombreuses envolées lyriques pleines d’insultes visibles sur ses blogs) payé par les séparatistes pour empêcher les journalistes  de venir travailler. Il finira de toutes façons sûrement un jour devant un tribunal français tant ses propos sont faits de diffamations, d’insultes, de mensonges et de désinformation. Et puis chaque conflit a son lot de militants détenteurs de « la vérité vraie que les médias vous cachent » .

L’essentiel est ailleurs.

Les premières victimes de ces décisions sont, comme toujours, les civils.

Des civils à qui ces gens de Donetsk ont décidé d’enlever cette liberté d’expression, ce droit de parole. Une parole qui a beaucoup d’importance dans cette région où la propagande a réellement le pouvoir d’une arme. Leur retirer ce droit d’expression est une atteinte aux droits de l’Homme. Comment régler un conflit de ce type quand les deux camps ne peuvent plus que s’écouter qu’eux-mêmes? Quand l’un de ces camps n’a plus accès qu’à un message unique dispensé quotidiennement?

Il n’est officiellement pas question de l’accès à la presse dans ces zones lors des nombreuses réunions liées aux accords de Minsk. Comment imaginer des élections dans le Donbass sans liberté d’expression et sans couverture médiatique équilibrée?

En reportage il y a quelques mois le long de la ligne de front, côté ukrainien, avec des humanitaires du Haut commissariat des Nations Unis pour les réfugiés (UNHCR), un responsable de la mission m’avait confié : « Côté ukrainien, la situation humanitaire est encore très compliquée. De l’autre côté, c’est difficile d’accès alors que dans certains endroits, la situation est catastrophique« . Qui pour donner la parole à ces gens souvent situés en zones grises, qui doivent se battre quotidiennement pour trouver de la nourriture?

Les ukrainiens aussi continuent à bombarder, les accrochages sont quotidiens, parfois, ce sont les civils qui sont touchés. Qui pour donner la parole à ces gens qui vivent encore sous les bombardements?

Une manifestation d’entrepreneurs à Gorlivka (DNR), un site local couvre l’actualité avant de supprimer son reportage. Qui pour donner la parole à ces entrepreneurs et ouvriers en difficulté?

La loi martiale est toujours appliquée côté séparatiste (où la peine de mort est en vigueur), qui pour en décrire le fonctionnement et les conséquences dans la vie quotidienne des habitants du Donbass?

Une amie, loin d’être pro-ukrainienne, récemment passée par Donetsk me confiait : « Le couvre-feu démarre à 23h, et ce n’est plus comme avant, il est vraiment respecté maintenant. Tout le monde a peur de sortir dans la rue parce qu’il y a beaucoup de « police spéciale » qui arrête les gens pour les calmer. Il n’y a plus beaucoup de guerre ici, que de la répression. Et tout le monde fait comme si c’était ok« .

Qui pour décrire tout cela? Malheureusement plus grand monde…

Paul Gogo

 

 

Les « babouchka » de la guerre

Les grands-mères de l’Est ukrainien sont devenues malgré elles les premières victimes de la guerre. Le conflit ne fait que remettre au grand jour leur réputation de femmes de caractère, généreuses et solidaires.

À chaque trou, ma tête est ballottée entre la vitre de notre vieille camionnette et mon fauteuil. Le voyage commence à être long. Avec les kilomètres, les routes du Donbass deviennent un jeu vidéo dans lequel il s’agit de déterminer quel obstacle fera le moins de mal à la voiture avant de finalement le prendre de plein fouet. À chaque secousse, mon genou de plus en plus bleu reprend un coup dans le fauteuil du conducteur. Mais à l’écoute de la force des grincements des suspensions de notre véhicule, il semble que ce soit bien le camion qui souffre le plus dans cette histoire. Cela fait 48h que nous sommes sur la route quand une dizaine d’heures sont sensées suffire pour rejoindre la ligne de front dans l’Est de l’Ukraine, depuis Kiev. Les bénévoles ukrainiens qui m’emmènent ne sont visiblement pas pressés d’aller distribuer leur nourriture aux soldats ukrainiens. Il faut dire qu’un voyage sur le front, ce sont d’abord des rencontres sur la route, des apéritifs interminables… C’est une aventure dont le front n’est que l’achèvement.

Tout a commencé la veille, quand nous avons fait le tour des bénévoles de Kiev. Ils nous ont rempli notre camion de nourriture et de mètres carrés de tissus destinés au camouflage des armes et véhicules de l’armée. Puis il y a eu Armen, un ancien d’Afghanistan, qui nous a rajouté quelques conserves à l’arrière de la camionnette, à mi-chemin entre Kiev et Kharkiv. Il y a également « Baba Louba », grand-mère dont la modeste demeure située à proximité de Poltava, est devenue incontournable pour les voyageurs de passage. Nous ne nous y arrêterons pas cette fois-ci.
La maison de « Baba louba », « grand-mère amour », surnom classique des babouchkas, est petite et difficile à trouver. Il faut emprunter un chemin de boue à la sortie de son village puis traverser le terrain du voisin pour enfin arriver devant une barrière en bois aux couleurs du drapeau ukrainien, jaune et bleu. Cela se passe de la même façon à chaque fois. C’est son mari qui attend les visiteurs dehors, supervise les manœuvres des véhicules, puis invite les hôtes à entrer dans la maison. Les arrivées sont souvent tardives, mais quelque soit l’heure, quelque soit l’importance du retard, il y a toujours quelque chose de prêt dans la cuisine de « Baba louba ». Mais également dans son arrière cuisine où des dizaines de cartons de pirojkis, des bocaux pleins de bortsch et des bouteilles de lait sont entassés pour être expédiés vers le front. Avec de gigantesques louches et marmites, des bocaux de tomates et cornichons par dizaines, la pièce habituellement destinée à entreposer les outils indispensables à la culture de leur jardin a des allures de cuisine centrale clandestine. « Baba louba » se qualifie elle-même de « Babouchka », mot d’origine russe qualifiant les grands-mères de l’Est, généreuses en cœur et en corps.

Il n’y a pas d’âge particulier pour devenir babouchka, ni même une quelconque obligation d’avoir un petit enfant à choyer. Babouchka est une étape de la vie, un état d’esprit que la plupart des femmes de l’Est semblent atteindre un jour. Qu’elles soient russes comme ukrainiennes, elles ne déshonorent jamais leur réputation de femmes au caractère bien trempé. « Baba louba » ne déroge pas à la règle. Une fois les invités installés, un ballet se met en place. La femme apporte les innombrables plats, tandis que le mari refait son apparition, bouteille de vodka ou de cognac à la main. La jeune grand-mère de 66 ans peine à se poser, et ne prend la parole que pour demander à ses invités d’en reprendre. La décoration de son salon est un vrai musée. C’est un mélange de kitsch de style soviétique et de souvenirs souvent patriotiques prenant mille et une formes, mais toujours colorés de jaune et de bleu. Des drapeaux ukrainiens partout, autographiés par des dizaines de soldats. Des éclats d’obus et des balles alignés sur les étagères. Des photos de soldats, bénévoles, chercheurs, journalistes sont affichées par dizaines sur les murs du salon dont la vieille tapisserie jaunâtre s’efface sous les souvenirs. Le tout se mélange à ce que l’on trouvera dans le salon de toute grand-mère qui se respecte dans le monde. Les photos des enfants et petits-enfants. Chez « Baba louba », les enfants apparaissent sur une photo aux côtés de leurs parents, un gigantesque sanglier abattu à leur pied. Quant aux petits-enfants, j’ai remarqué au cours de mes voyages dans le Donbass qu’ils avaient généralement le droit à plus d’excentricité.

Sur une photo, leur petit-fils de six ans apparaît dans un photo-montage, affublé d’un costume de pilote d’avion, avec des lunettes de soleil, posant devant un énorme Boeing. Sur une seconde, il apparaît en costume militaire. Le salon d’une babouchka est à l’image de son cœur. Le cœur de cette grand-mère est bien plein, patriotique, parfois excentrique, mais chargé de passions. Les babouchkas ont cette particularité de toujours ouvrir leurs portes à l’inconnu sans se poser de questions. À condition que cet l’inconnu accepte de bonne volonté les rasades de vodka et les innombrables plats qui attendaient l’invité pourtant non annoncé. Mais lorsque l’on interroge les grands-mères sur leur vie, leur passé, leur histoire, elles se ferment instantanément, préférant détourner l’attention en versant une nouvelle tournée de vodka dans le verre de l’invité trop curieux. « Baba louba » ne déroge pas à la règle. Dur d’en apprendre sur elle. Elle a enseigné dans une école mais est désormais en retraite. Son engagement en faveur de son pays est présenté comme quelque chose d’évident, qui ne doit pas avoir à être expliqué. « Que voulez-vous que je fasse ? La Russie envahit mon pays, je ne vais pas rester chez moi à regarder la télé ! » s’exclame-t-elle, lorsque l’invité ose troubler le repas avec ses questions indiscrètes. Sa fille travaille dans une crèche, c’est elle aussi une militante ukrainienne accomplie, c’est elle qui a poussé sa mère à aider les soldats et volontaires en route vers le front. À peine ose-t-elle raconter que depuis deux ans, elle dépense toute sa retraite dans l’achat de matériel et de nourriture destinés à l’armée ukrainienne. Mais c’est pour mieux s’en féliciter « j’ai récemment atteint les 10 000 vareniki envoyés au front ! D’ailleurs, reprenez-en ! ». Puis, à contre-coeur et sans oublier de réclamer une photo, la grand-mère acceptait de laisser ses invités reprendre la route.

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Baba louba (au fond) et son mari (à gauche), accompagnée de trois bénévoles ukrainiens.

Aux armes babouchkas !

      Nous aussi nous sommes encore sur la route. Le voyage vers le front est décidément interminable. Nous sommes tombés en panne à Izyum, mes camarades d’infortune ne l’ont pas particulièrement mal vécu, cela leur a permis de prendre le temps d’un nouvel apéritif. Puis nous avons repris la route vers la région de Lougansk. Les checkpoints font désormais leur apparition. Endormi à l’arrière de la camionnette, certains soldats ne me remarquent même pas lors des contrôles. L’attitude d’amateurs de mes camarades de route devient dangereuse. Ils ont mis leurs gilets pare-balles et leurs treillis à 60 kilomètres du front et klaxonneraient presque pour annoncer leur arrivée sur le terrain de bataille. Deux bénévoles se distinguent du groupe, ce sont eux qui donnent les ordres. L’un est grand, barbu, parti de Kiev en treillis. Il a emmené son jouet, sa fierté, son gigantesque fusil de sniper, « au cas où… ». Il le montre à qui veut le voir en arrivant sur les checkpoints et peut disserter des heures sur son long pistolet, sans se soucier des risques de voyager avec une arme. Le second personnage est une femme. Elle répète à qui veut l’entendre qu’elle a un cancer. Son histoire est assez dramatique, mais son récit prend une tournure inquiétante à mon goût lorsqu’elle explique qu’elle s’attend à mourir et qu’elle n’a par conséquent pas peur du front. Sa perruque orange a été dessinée sur les deux véhicules du convoi, elle en est devenue la mascotte. Elle crie au téléphone, agresse les soldats qui hésitent à laisser passer le convoi, va même jusqu’à ambitieusement corrompre les militaires affamés, demandant un mot de passe qu’aucun des bénévoles n’avait pensé à demander, en leur proposant des pirojkis. Mais tant bien que mal, nous atteignons finalement la région du Donbass.

L’Ukraine, le Donbass et ses fameuses grands-mères sont faits de contrastes. Ces grands-mères de la guerre ont souvent été présentées comme des personnages importants du conflit. Elles sont souvent décrites comme ayant une attitude de « suiveuses » due à leur héritage soviétique qui les poussaient à tout attendre du gouvernement sans jamais s’engager. Il est vrai que sur de nombreux aspects, le Donbass ressemble plus à une plongée en URSS qu’à un voyage en Ukraine moderne. Les babouchkas en majorité nostalgique de l’URSS se plaisent à faire subsister cette époque dans leur vie quotidienne. Mais force est de constater que lorsque ces grands-mères décident de s’engager, elles ne le font pas à moitié. Ma première rencontre avec les babouchkas du Donbass ne s’est pas très bien passée. C’était en avril 2014, je découvrais Donetsk et cette situation conflictuelle qui ne faisait qu’empirer. Les images de grands-mères plantées devant les tanks ukrainiens se multipliaient, les manifestations aussi. Et quelque chose me surprenait à chaque fois, ces jeunes hommes cagoulés qui prenaient les bâtiments officiels uns-par-uns étaient toujours accompagnés par des grands-mères. Ces grands-mères avaient une particularité, elles étaient très concernées et imprégnées par les discours et idéologies diffusés dans les médias russes. Il était alors très courant de se faire arrêter dans la rue par une babouchka, souvent accompagnée d’une amie, afin de subir une séance d’intégration de la propagande. Après s’être assurée que j’étais bien journaliste, les grands-mères me demandaient d’approuver un discours qui durait une à deux minutes durant lesquelles l’ensemble des mots clés utilisés par la propagande russe pour mobiliser les foules et déstabiliser la région, revenaient en boucle. C’était à l’époque assez fascinant à voir car les grands-mères agissaient comme des robots, devenaient parfois agressives, puis se contentaient d’un hochement de tête de leur interlocuteur comme validation du discours, pour enfin quitter les lieux d’un air satisfait. C’était aussi le temps durant lequel les babouchkas pouvaient faire courir un risque aux journalistes. Les grands-mères qui suivaient les manifestations étaient alors réputées pour leur usage facile du mot « provocateurs ! ».

Il est arrivé à plusieurs reprises que ces femmes crient « provocateur ! » en plein milieu d’un rassemblement, en pointant du doigt un étranger, pour que l’étranger se fasse embarquer et interroger d’aussitôt par les jeunes rebelles cagoulés. Mais cette période n’a pas duré, car les grands-mères sont rapidement devenues les premières victimes de la guerre. Quand les manifestations se sont transformées en conflit armé, que les obus ont commencé à pleuvoir sur les civils vivant dans les banlieues de Donetsk, nombre d’habitants ont quitté les lieux. Mais s’il y a une chose qu’une babouchka ukrainienne comme russe ne quittera jamais, c’est sa maison. Parce qu’on retrouve toute la vie d’une grand-mère dans sa maison, mais également parce que dans le Donbass minier et sidérurgique, les « gueules noires » meurent tôt, laissant de nombreuses grands-mère veuves. Les décès de civils, se sont multipliés, touchant bien souvent des grands-mères qui n’avaient pas eu envie ou qui ne pouvaient pas quitter leurs domiciles qu’elles avaient mis toute leur vie à construire. Certaines d’entre-elles se sont donc installées dans des caves. C’est le cas de « Baba louba », encore une, dont je n’ai jamais réussi à connaître le vrai prénom. Elle a été mon fil rouge lorsque je vivais à Donetsk, la grand-mère que j’allais régulièrement rencontrer afin de comprendre ce que vivaient les civils. Enfermée dans une gigantesque cave touchées à deux reprises par des obus, en périphérie de Donetsk, elle avait créé toute une communauté autour d’elle. Plus d’une centaine de personnes s’y était installée, du sous-sol jusqu’aux étages.

Une rencontre avec « Baba louba » se passait toujours de la même façon. Tout d’abord, je prenais soin de ne pas manger de la journée. Puis, quand cela était possible, moi ou mes collègues journalistes achetions un peu de nourriture. Une fois sur place, il fallait d’abord s’asseoir à table, boire quelques rasades de vodka puis avaler l’ensemble des plats qu’elle avait préparé. Ensuite seulement, comme pour m’excuser d’avoir mangé sa nourriture si précieuse, je lui déposait mon sac de denrées et allait distribuer mes bonbons aux enfants. Cette grand-mère toujours enveloppée d’un tablier blanc me fascinait car l’ensemble des réfugiés de ce souterrain gravitaient autour d’elle. Et elle gérait cette cave, devenue petite communauté, comme une cheffe. Sachant calmer les jeunes enfants qui en avaient marre de ne pas pouvoir aller jouer dehors, tout en s’occupant de leurs mères, souvent jeunes et parfois enceintes.Bien sûr qu’elle soutenait les rebelles prorusses, la seule télévision de la cave est d’ailleurs branchée en permanence sur la chaîne officielle des rebelles. Mais ce qu’elle souhaitait à tout prix, c’était de vivre une vie de grand-mère, à un âge où aucunes d’entre-elles ne pensaient avoir affaire à la guerre, parfois pour la seconde fois de leurs vies.

Van Damme et Chevtchenko sur un checkpoint…

      La nuit commence à tomber sur les grandes plaines du Donbass et les combats reprennent en intensité, alors que lieu où nous sommes sensés dormir n’est même pas particulièrement défini. En haut d’une côte, un village se profile, un checkpoint en son entrée. Un de plus. Nous nous arrêtons quelques minutes pour discuter avec les soldats de ce point de passage, ils ont beau tenir une position plutôt sensible, ils s’ennuient le jour est surveillent l’horizon la nuit du haut de leur colline. Le checkpoint est stratégique mais simple. Quelques sacs de sables sur lesquels sont dessinés des logos du Dynamo Kiev, une mitrailleuse prête à officier posée en direction de l’entrée du village et non en direction du front. Car à ce niveau du front, les attaques de nuit peuvent arriver de tous les côtés. Une ligne de fauteuils en cuir marron, empruntés d’une salle de cinéma est posée contre un mur. Mais le spectaculaire se trouve plutôt dans le bâtiment qui héberge les soldats. Une ancienne maison de la culture, un palais immense, le seul bâtiment de plus de deux étages de ce petit village. Le bâtiment de pierre est vide à l’intérieur, les vitres explosées sont désormais traversées par des plantes. Un couloir traverse le hall principal et mène à deux sorties. Sur la gauche, des mines sont entreposées, posées sur le sol et signalées par un « attention mines » dont il convient de se rappeler la présence en cas d’envie pressante durant la nuit.

Sur la droite, le couloir mène à une pièce incroyable. La seule pièce aménagée du bâtiment, une bibliothèque. Les vieilles étagères poussiéreuses peinent à supporter les centaines d’ouvrages sur lesquels les soldats posent désormais leurs ustensiles de cuisine d’un côté, font sécher leurs bottes de l’autre. Dans cette pièce à la lumière parfaite, les rayons du soleil traversent les doubles vitrages poussiéreux et fêlés pour éclairer les nombreuses toiles d’araignées et le planché troué. Ici, dans cette bibliothèque oubliée du Donbass, les livres du célèbre poète ukrainien Taras Chevtchenko côtoient les ouvrages du russe Pouchkine en toute évidence. Dans la deuxième partie de la pièce, le décor n’est pas moins étonnant. Les soldats ont fabriqué cinq lits avec les portes du bâtiment posées à l’horizontal sur des caisses de munitions. Sur les murs, des affiches de différents films de Jean-Claude Van Damme traversant des nuages de feu, armes en main sont accrochées. Un choc des cultures. Dehors, mes encombrants bénévoles s’impatientent déjà et débarquent en furie pour me demander de remonter en voiture. Je refuse sèchement, ils ont l’intention d’aller prendre l’apéritif sur des positions ukrainiennes encore plus exposées. Après en avoir fait un drame, l’équipe décrète qu’ils m’abandonneront sur place. Ayant anticipé la situation, j’avais déjà réussi à me faire inviter par les soldats. La nuit prend ses aises, les bénévoles s’éloignent définitivement, des drones ennemis se frayent un chemin entre les étoiles. Je fais connaissance avec le petit groupe de soldats. Ils tiennent une position située à l’arrière d’un point stratégique. Ils n’ont aucun véhicule pour s’échapper en cas d’attaque, tout juste quelques munitions pour se défendre. Mais il leur reste un peu de nourriture et beaucoup d’humour, c’est sûrement l’essentiel.

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La chambre/bibliothèque des soldats

Les larmes de la babouchka

      Au petit matin, les soldats vaquent à leurs occupations. Il y a la douche faite maison, une bassine posée sur quatre troncs dans la cour arrière du bâtiment, le nettoyage des armes, le contrôle des véhicules, le compte-rendu de la nuit puis les discussions entre soldats. Rapidement, je sens que je dérange mais il m’est impossible de quitter le village.

Les soldats me parlent de leurs relations avec les locaux qui n’apprécient que moyennement la présence de soldats souvent venus du centre et de l’ouest de l’Ukraine quand une grand-mère fait son apparition, tout sourire. Catherine est une habituée, elle vient régulièrement prendre des nouvelles des soldats et rencontrer les nouvelles recrues lors des rotations. « Un français dans mon village ! Mais c’est merveilleux ! Venez voir ma maison, elle a été bombardée » s’exclame-t-elle en faisant ma connaissance. Pour rejoindre la maison de Catherine, « comme Sainte-Catherine, la déesse de la guerre ! Sauf que moi je rêve de la paix », il faut parcourir deux cents mètres dans les rues calmes et paisibles du village. Devant une maison semblable aux autres, elle s’arrête et me fait entrer dans son jardin. Voici les lieux du crime, le 16 janvier 2015 dans la soirée, une salve de roquettes a touché son village. Une de ces roquettes est tombé à 50 mètres de son jardin, en plein dans la maison d’une de ses amies. Il ne reste quasiment plus rien de cette maison qui a entièrement brûlé. Quant à Catherine, il semble qu’elle ait été chanceuse. La roquette est tombée dans son jardin, s’est enfoncée dans la terre avant d’exploser. Les éclats ont tout de même arraché un arbre auquel elle tenait, mais surtout, ils ont détruit l’angle gauche de sa maison, l’angle de son salon. En me racontant cette catastrophe, les larmes se mettent à couler sur son visage. Voir une babouchka pleurer est toujours frappant. Car de toutes évidences, à son âge on ne s’imagine pas devoir encore vivre ce genre de catastrophes imposées par la vie. Quand une babouchka pleure, c’est toute sa vie qui semble frapper l’interlocuteur en pleine face. L’horreur de la vie et l’injustice de la guerre. Je n’aurais sûrement pas remarqué cette maison à l’angle plus blanc que le reste du bâtiment si cette femme n’était pas venue me raconter son histoire. Mais à voir les larmes qui reviennent à chaque évocation de ce bombardement, je comprends que cette bombe a frappé cette grand-mère en plein cœur.

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Catherine dans son salon

      Si la majorité des grands-mères n’avait pas fui la guerre, ce n’était pas seulement par manque de moyens ou par attaches familiales, les familles de cette région étant d’ailleurs souvent dispersées jusqu’en Russie. Mais si ces grands-mères sont toujours là, c’est parce que leur lopin de terre, cette modeste maison est une part d’elles-mêmes. C’est ce qui témoigne de leur histoire, elles ont été construites pendant toute une vie et sont à l’image de cette vie souvent bien remplie. Ces maisons désormais occupées par des babouchkas ont également la plupart du temps vues passer un homme qui y a vécu, avant d’y mourir, des enfants qui ont profité du jardin, des petits-enfants qui viennent y manger de temps en temps… Catherine a rapidement séché ses larmes. Et pourtant, me raconte-telle, à l’époque du bombardement, elle n’était pas chez elle. « J’étais chez ma fille, à Sochi, elle est championne de ski » me raconte-t-elle, fièrement, pointant le doigt vers une des nombreuses photos encadrées au mur. Sur la photo, une jolie jeune femme blonde posant fièrement en tenue de ski. « J’étais venu passer quelques jours chez elle pour oublier la guerre quand cette foutue bombe est tombée dans mon jardin », les larmes refont leur apparition. Catherine glisse un mouchoir en tissu sous ses lunettes grises pour essuyer ses larmes. « Les voisins ont surveillé ma maison jusqu’à mon retour puis ils m’ont aidé à financer les réparations car l’état n’a jamais voulu m’aider » explique-telle, visiblement aussi touchée par la solidarité de ses voisins que par l’abandon de l’état ukrainien. La vie sur le front est faite de hasards. Le hasard a fait que sa maison est désormais de retour côté ukrainien. Le hasard a également fait que cet obus a touché sa maison, et non celle de son voisin direct. Un artilleur ukrainien m’a dit un jour qu’il se considérait comme étant un dieu de la guerre. Que l’on croit en dieu ou non, il n’y a rien de plus vrai dans cette situation. Quand on vit en zone de guerre, les bombes viennent du ciel et touchent des cibles dans un hasard total. Cette fois-ci, c’est dans le salon de Catherine que cet obus est tombé, atteignant le cœur de la maison, le cœur de Catherine.

Son salon est typique d’un salon de babouchka. Deux canapés en velours marron, une grande armoire contenant des bibelots accumulés tout au long de sa vie, mais méticuleusement rangés, puis les indispensables photos des enfants. Dans le salon d’une babouchka, l’objet comme son emplacement ont une raison d’être précise. Les icônes religieuses ont par exemple récemment changé de place. Alors qu’elles étaient auparavant équitablement dispersées dans toute la pièce, elles ont désormais toutes été positionnées dans l’angle du salon touché par l’obus. Il s’agit d’ailleurs des seuls objets désormais présents dans cet angle maudit. Il y a la télévision, située devant la fenêtre, afin de pouvoir observer l’activité de la rue. Puis, les photos favorites de ses enfants placées tout autour de l’écran de la télé, comme pour ne jamais les oublier. Alors que j’essaie d’en savoir plus sur sa vie, la grand-mère enjambe un carton d’aide humanitaire pour m’amener deux plats composés de pommes de terre et coupe court à mon interrogatoire. « Mange Paul, mange ! Tu es si maigre, tu dois manger ! Tu as une femme ? Je t’en trouverai une dans le village pour la prochaine fois que tu viendras me voir » s’écrit-elle, me mettant une cuillerée de patates dans la bouche. Elle me fait visiter les quelques pièces de sa modeste maison, son grand jardin, « cela fait 75 ans que je vis ici ! ». Toute une vie ! Un homme qui y a vécu, des enfants qui y ont grandit avant d’aller s’installer en Russie, puis une retraite tranquille et enfin, cette guerre qu’elle n’aurait jamais imaginé. « Tu sais, quand les séparatistes étaient là, je prenais autant soin d’eux. Ils sont tous si jeunes, ils ne devraient pas être là ! Je ne vois pas des soldats, je vois des enfants, donc c’est pour cela que j’aide tout autant les ukrainiens, je leur ai même prêté une télévision pour qu’ils s’occupent en attendant la relève. Quand je peux les aider, je les aide » raconte-t-elle, réajustant le foulard blanc qui couvre ses cheveux. Mais mon téléphone sonne, les soldats m’appellent au checkpoint, une voiture m’attend pour m’évacuer de la zone. Un peu vexée par cette séparation forcée, la babouchka s’écrit « prend mon adresse et mon numéro de téléphone, quand tu reviendras me voir, je te trouverai une fille dans le village et tu pourras t’y installer ! ». Une promesse de babouchka à prendre au sérieux, comme toujours.

Paul Gogo

Ouest-France : La guerre sans fin du Haut-Karabagh

Le Haut-Karabagh, région sécessionniste d’Azerbaïdjan peuplée d’arméniens, a connu le mois dernier une guerre éclair de quatre jours.

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Le 2 avril dernier, dans le village de Talish, Angin Sarkisian dormait paisiblement lorsque vers deux heures du matin, un bruit sourd l’a réveillée. « Les murs ont commencé à bouger, j’ai cru que c’était un tremblement de terre. Mais une pluie d’obus s’abattait sur notre village » raconte-t-elle, avec émotion. « J’ai réveillé toute la famille, le petit qui dormait dans son berceau, j’étais presque nue, on a fait sortir la grand-mère de la maison avec beaucoup de peine, elle a 104 ans. Puis on s’est précipité dans la cave« . Tous les habitants de ce village situé à l’extrême ouest du Haut-Karabagh ont toujours gardé à l’esprit que les tranchées azerbaïdjanaises étaient de l’autre côté de la montagne. Mais 22 ans après la fin de la première guerre, peu d’entre-eux n’auraient imaginé un retour si soudain des combats. Pourtant, le 2 avril dernier, après une série d’assassinats de soldats et de civils, le conflit ethnique et territorial a subitement repris par une offensive lancée par l’armée azerbaïdjanaise. Dans les heures qui ont suivi, l’armée du Haut-Karabagh officieusement soutenue par l’Arménie a lancé une contre-offensive, lui permettant de récupérer la quasi totalité des positions atteintes par l’Azerbaïdjan. Quatre jours plus tard et un cessez-le-feu signé à Moscou sous l’égide de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), près d’une centaine de morts civils et militaires était à déplorer dans les deux camps.

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« Il y a 150 000 soldats au Haut-Karabagh, soit le nombre d’habitants de notre république » s’amuse à répéter en boucle Arayik Haroutiounian, le premier ministre. Partout dans les plaines, des tanks enterrés dont les canons sont orientés vers l’Azerbaïdjan. Des câbles équipés de filaments ont été tendus entre les monts afin d’empêcher l’aviation ennemie d’atteindre la capitale à basse altitude. À flanc de montagne, des soldats par centaines creusent tranchées et bunkers afin d’adapter leurs positions aux derniers mouvements de la ligne de contact.

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Les présidents arméniens et azerbaïdjanais devraient se rencontrer à Moscou la semaine prochaine. Mais une nouvelle fois, le Haut-Karabagh n’est pas convié aux négociations, « il faut que l’Azerbaïdjan comprenne qu’il sera obligé de négocier avec le Haut-Karabagh. Si l’on veut régler le problème via les négociations, il est impensable de le faire sans nous » assène son premier ministre. Coincée avec sa famille dans un hôtel de la capitale autoproclamée, Stepanakert, Angin Sarkisian soutient le gouvernement et souhaite retrouver sa maison au plus vite: « C’est dur d’y retourner parce qu’une peur s’est installée en nous. Mais tous nos souvenirs sont liés à cette terre, c’est une maison que nous avons construite nous-même, il y a toute une vie que nous ne pouvons pas laisser tomber ».

Correspondance à Stepanakert, texte et photos, Paul Gogo