Libération. Corruption en Russie : la preuve par le feu

Reportage diffusé dans Libération le 30 mars 2018.

Après l’incendie qui a fait 64 morts, dont 41 enfants, dans un centre commercial dimanche dernier, l’enquête pointe de nombreuses négligences à tous les niveaux, révélatrices de l’incurie publique.

 

«Mon petit frère, Vadim, 11 ans, était sur la liste des disparus après l’incendie», raconte Andreï Tchmykhalov, 19 ans, en retenant ses larmes. D’après les premiers éléments de l’enquête, c’est un court-circuit qui a déclenché dimanche dernier l’incendie dans le centre commercial «Cerise d’hiver», dans lequel ont péri au moins 64 personnes, dont 41 enfants, pris au piège dans des salles de cinéma. Le feu a pris extrêmement vite, les alarmes incendie n’ont pas fonctionné, les sorties de secours étaient condamnées… Andreï, comme toute la ville endeuillée, attend les résultats de l’enquête. «Une chose est certaine, les portes des salles de cinéma étaient fermées à clé pendant le film, ils n’avaient aucune chance de s’enfuir», déplore-t-il. Les habitants de Kemerovo, une ville industrielle de Sibérie à 3 000 km de Moscou, défilent sans interruption depuis déjà cinq jours pour déposer fleurs et peluches sur un mémorial improvisé. Quelques étudiants leur tendent mouchoirs et verres de thé.

«Les employés se plaignent souvent que des gens entrent dans les salles sans payer après le début des séances. Il peut leur arriver de fermer les portes à clé pour éviter les resquilleurs», affirme Svetlana, animatrice dans le centre commercial. A l’irresponsabilité flagrante de certains employés se serait ajoutée l’impuissance des pompiers. Plusieurs familles de victimes ont porté plainte contre les secouristes, et les témoignages sont accablants. «Ma fille était enfermée dans le cinéma, les pompiers m’ont empêchée d’accéder à la salle. Ils n’ont pas voulu me croire quand je leur ai dit qu’il y avait plein d’enfants à l’intérieur. J’ai mis mon téléphone en haut-parleur, ma fille me disait qu’elle était en train de mourir, ce sont ses derniers mots», racontait une mère de famille à la chaîne de télévision Dojd. Quelques minutes après le début de l’incendie, les pompiers sont effectivement arrivés sur place, mais sans masques à oxygène. Ils n’ont pas tenté de sauver les enfants pris au piège, racontent plusieurs témoins, dénonçant l’absence d’un hélicoptère qui aurait pu arroser le toit, qui s’est finalement effondré sur le cinéma. Chaque nouvelle tragédie rappelle que le sous-équipement des casernes et le manque de moyens des secouristes ne sont pas une nouveauté en Russie.

«Indéboulonnable»

L’incendie de Kemerovo n’est pas un banal fait divers. En témoigne la vague d’indignation qui s’est abattue sur différentes villes de Russie. A Moscou et Saint-Pétersbourg, plusieurs milliers de personnes ont participé à des actions de commémorations spontanées, et plusieurs gouverneurs n’avaient pas attendu le Kremlin pour déclarer le deuil officiel. Sur les réseaux sociaux, pour un grand nombre de Russes, la tragédie illustre des dysfonctionnements profonds dont le pays est malade. C’est la corruption des autorités locales et des services publics qui ont tué. Dans l’œil du cyclone, Aman Touleev, 73 ans, gouverneur depuis 1997 de cette région qu’il a transformée en fief et qu’il dirige d’une main de fer. «Vous sentez cette odeur qui envahit la ville ? C’est de l’azote. L’usine locale s’est arrangée avec la mairie pour pouvoir dégager ses produits toxiques à la tombée de la nuit. La corruption est partout ici», explique Glen, 21 ans. Depuis dimanche dernier, cet étudiant photographie le deuil. Mardi, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant l’administration régionale pour demander la démission du gouverneur. Mais le responsable politique et ses sbires n’ont répondu que par le mépris et la maladresse, n’ayant pas goûté certains slogans politisés prononcés sur la grande place de Kemerovo par des habitants en colère. Rapidement, il a été insinué que ces réunions de citoyens indignés ressemblaient à des provocations fomentées par l’opposition. Ce même message a été véhiculé par les chaînes de télévision fédérales, qui n’ont pas consacré de sujets à la catastrophe avant lundi matin.

Effrayé à l’idée de se faire remarquer par Moscou, Touleev a qualifié ses administrés endeuillés de «chahuteurs» estimant que des gens qui demandaient sa démission ne pouvaient être que des provocateurs venus de l’extérieur. Puis il a fermé la grande place du centre-ville en y alignant des dizaines de policiers antiémeute. Il s’est excusé de la catastrophe auprès de Vladimir Poutine, sans jamais prononcer le moindre mot de compassion à l’égard des victimes. Quant au président russe, il aura attendu plus de trente-six heures avant de se rendre sur place et de décréter une journée de deuil national. Son passage éclair à Kemerovo n’a pas convaincu la population qu’il a soigneusement évitée, préférant une réunion privée avec les dirigeants locaux. Comme pour acheter la paix sociale, l’Etat a versé, en urgence, 5 millions de roubles d’indemnisation par victime, soit près de 71 000 euros.

Après l'incendie qui a couté la vie à 64 personnes, les habitants de la ville de Kemerovo en Sibérie sont venus rendre hommage aux disparus en apportant fleurs et peluches à l'angle de la rue prospekt Lenina ou se trouve le centre commercial.
COMMANDE N° 2018- 0410

Les hommages aux disparus, à Kemerovo, mercredi. (Photo Olivier Sarrazin. Hans Lucas pour Libération)

Ce n’est pas la première fois qu’Aman Touleev fait face à la critique après des catastrophes mortelles. En 2009, 91 mineurs ont péri dans l’explosion d’une mine. La corruption des élus locaux avait déjà été pointée du doigt, la colère étouffée. Touleev n’a pas été démis.

Cette fois encore, le chef de cette région qui a voté massivement pour le président russe le 18 mars semble conserver le soutien du Kremlin. Poutine ne souhaite pas pour le moment s’en séparer et «prendre le risque d’agir sous le coup de l’émotion»,tout en promettant de trouver et punir les coupables. Certes, les responsables du centre commercial ont été interpellés, ainsi que le gardien qui aurait éteint l’alarme et quelques gradés intermédiaires chez les secouristes. Mais, comme d’habitude, il ne s’agit que de boucs émissaires.

«Touleev contrôle absolument tout, les institutions comme l’économie, explique Nikolaï Petrov, politologue à la Haute Ecole d’économie de Moscou. Ce qui lui permet, entre autres, de délivrer de très bons résultats à Poutine à chaque élection et de gérer ce genre de protestations sans jamais craindre pour son fauteuil. Pour cela, il s’appuie sur la police et les médias locaux qu’il contrôle aussi. Ce système le rend indéboulonnable. Peut-être que cette fois-ci est celle de trop. Vladimir Poutine va sûrement le remplacer après son inauguration. Mais pas plus tôt, il ne faudrait pas que la rue croit qu’elle a pu exercer une pression sur le Kremlin.»

L’enquête, qui ne fait que commencer, pointe déjà vers une complicité meurtrière des autorités. En 2013, pour ouvrir son complexe au plus vite, la directrice du centre commercial aurait profité d’un arrangement entre amis. L’administration régionale a donné l’autorisation de mettre en exploitation son entreprise, malgré les manques constatés dans la sécurité anti-incendie lors d’une visite d’inspection du ministère des Situations d’urgence. Graisser la pâte des inspecteurs est une pratique courante en Russie, moins coûteuse qu’une mise aux normes. Les autorités ont également accepté d’enregistrer l’établissement comme une petite entreprise, statut qui lui permet d’éviter des contrôles trop réguliers.

«Éviter les vagues»

Devant le mémorial improvisé, une grand-mère essuie ses larmes. «Nous sommes nombreux à avoir cru à un attentat. Ce n’est finalement qu’un accident dû aux négligences de nos dirigeants, c’est presque pire», chuchote-t-elle. «Le flou sur les faits, sur le nombre de victimes, les nombreuses rumeurs, le secret de l’enquête, tout cela vient du fait que le Kremlin souhaite que cette affaire soit la moins médiatique possible. Leur priorité, ce ne sont pas les victimes. Il faut éviter les vagues, la contestation doit rester locale, les mouvements de colère doivent être contrôlés», explique Ekaterina Gordon, journaliste et candidate à la dernière présidentielle, venue enquêter sur place. Vendredi, les pompiers ont quitté les lieux et l’école réquisitionnée pour accueillir les victimes a fermé ses portes. Le rassemblement prévu ce samedi a pris l’eau. Les fonctionnaires locaux peuvent dormir sur leurs deux oreilles, la douleur des habitants a pris le pas sur la colère. Jusqu’à la prochaine catastrophe

Paul GOGO, envoyé spécial pour Libération

En Russie, Vladimir Poutine soigne sa réélection

Point sur la présidentielle russe pour Ouest-France

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Dans une campagne sans suspens ni débat, le maître du Kremlin brigue un quatrième mandat à la tête de la fédération de Russie

Moscou. De notre correspondant

« Un président fort pour une Russie forte », c’est ainsi que Vladimir Poutine, homme fort de la Russie depuis 1999 et candidat à un nouveau mandat de six ans, se présente devant les électeurs. Le 18 janvier, à deux mois pile du vote, le chef du Kremlin lançait sa campagne en plongeant dans les eaux d’un lac gelé pour célébrer la fête de l’Épiphanie. Cette campagne, il la veut la plus courte possible, se posant au-dessus des autres candidats (nationalistes, communistes, libéraux) qui débattront certes à la télévision, mais sans lui.

D’après un sondage de l’institut FOM, 66% des électeurs auraient l’intention de voter Poutine –un score proche de ses 63,2% de la présidentielle de 2012. Le Président est incontestablement populaire. Depuis quelques semaines, il entretient son image d’homme proche du peuple en organisant des déplacements symboliques à la rencontre d’ouvriers, de professeurs, de religieux. Le 3 février, il organisera son premier événement de campagne, en appelant un million de ses partisans à descendre le soutenir dans la rue.

Une opposition sur mesure

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Avant de se lancer dans cette morne campagne, le pouvoir a « organisé » l’opposition. Objectif : que l’élection ait la couleur d’un vote démocratique. Un objectif d’autant plus important à la veille d’accueillir la coupe du monde de football. Il a pour cela fallu contrôler les attaques du trouble-fête Alexeï Navalny, un an durant. Navalny, l’opposant le plus incisif, est finalement interdit de candidature en vertu d’une condamnation ancienne, pour une affaire montée de toutes pièces selon lui.

Depuis janvier 2017, Vladimir Poutine redirige les critiques contre la corruption vers son Premier ministre Medvedev, il calme les jeunes manifestants en les arrêtant, en les faisant expulser de leurs écoles pour s’être « révoltés » ou en envoyant la police chez leurs parents et s’attaque aux réseaux sociaux russes.

L’opposition touchée, le Kremlin a souhaité la diviser en permettant à Ksenia Sobtchak, une opposante populaire chez les jeunes (créditée de 2% des voix) de participer à la campagne. Déclarée candidate une semaine après avoir rencontré Poutine au Kremlin, elle a tous les attributs d’une candidate « autorisée ». Elle a accès aux médias nationaux, ouvre des bureaux à travers le pays sans en être empêchée et bénéficie d’une parole libre. Un véritable traitement de faveur en Russie.

Depuis le début de la campagne, Ksenia Sobtchak a prononcé le nom interdit de « Navalny » sur une télé nationale, déclaré que la Crimée est ukrainienne et s’est rendue, hier, en Tchétchénie pour défier l’autoritaire de cette république autonome, Ramzan Kadyrov.

Alors que Vladimir Poutine mène désormais une bataille contre l’abstention, dernier obstacle qui pourrait délégitimer sa réélection, l’opposition, battue d’avance, se projette déjà dans l’après-Poutine. Une transition dans un monde sans l’homme fort du Kremlin que l’on souhaite organiser, du Kremlin à l’opposition, sans révolution sanglante.

 

Navalny ou la stratégie de l’abstention

Reportage

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Préparation de manifestation au QG moscovite d’Alexeï Navalny

Dimanche matin, Sergei Boiko, coordinateur du QG d’Alexeï Navalny à Moscou, et sa compagne Kristina, chargée des relations avec la presse, sont sortis de chez eux, suivis par des hommes habillés en noir. Effrayés, ils ont couru jusqu’aux bureaux de Navalny. Les policiers ont attrapé Sergeï et l’ont jeté dans une voiture non identifiée.

Navalny, qui avait appelé à manifester dans une centaine de villes, a réussi à atteindre le point de rendez-vous sur une grande artère. Après avoir multiplié les selfies, il a été projeté à terre, puis emmené dans un commissariat. Plus de 240 personnes ont été arrêtées dans le pays.

« Monarque présidentiel »

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« Le Kremlin va dire qu’il n’y avait personne dans les rues. On ne veut pas forcément prouver des choses à Poutine. On veut juste donner envie aux gens de faire bouger la situation » explique Alexandra Sokolova. Cette militante de 31 ans est « choquée » par le maigre salaire de sa mère (10 500 roubles soit 150 €), quand les députés gagnent quinze fois plus et « se disent pauvres ». Elle ne cache pas un certain désarroi dans l’opposition : « Certains ont baissé les bras quand Navalny s’est vu privé de candidature à la présidentielle. Mais c’est le moment ou jamais de montrer qu’on n’est pas d’accord. »

Dimanche, environ 3 000 personnes ont manifesté à Moscou, 1 500 à Saint-Petersbourg, contre une élection qualifiée de « supercherie » par Navalny. L’avocat pourfendeur de la corruption appelle à boycotter les urnes le 18 mars.

Tamara, 80 ans, dénote au milieu d’une foule très jeune. « Mon fils est au chômage depuis deux ans, je suis obligée de m’occuper de lui avec ma petite retraite, je suis fatiguée de cette situation, de ces milliardaires au pouvoir qui nous volent » lance-t-elle, ballottée par le cortège dense, contenu sur les trottoirs par des centaines de policiers, appuyés par la garde nationale. « Je suis contre un monarque présidentiel » scandent les manifestants, régulièrement coupés par les haut-parleurs de la police leur demandant de quitter la zone.

En fin d’après-midi, la candidate d’opposition Ksenia Sobtchak a pu rencontrer Navalny au commissariat. Il a été relâché dans la nuit.

à Moscou, Paul Gogo

Les coulisses du tirage au sort de la Coupe du monde

Reportage diffusé dans l’Edition du soir de Ouest-France

Vendredi, les 32 équipes sélectionnées pour participer à la Coupe du monde de football se verront attribuer des adversaires. Une cérémonie impressionnante organisée en Russie, pays hôte, au cœur du Kremlin.

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Les hommes sont aimables mais strictes. Pas question de prendre des photos du siège du pouvoir russe, ni de marcher en dehors des trottoirs ou des passages piétons. Ce sont les services de sécurité du président russe, Vladimir Poutine, qui assurent la sécurité de la cérémonie du tirage au sort de la Coupe du Monde.

La Russie, pays hôte de l’événement a décidé d’organiser la célèbre cérémonie du tirage au sort des équipes dans le Palais des congrès du Kremlin, un bâtiment qui accueille d’ordinaire les concerts de Mireille Mathieu ou l’annuelle conférence de presse de Vladimir Poutine par ailleurs organisée dans quelques jours. Depuis lundi, une centaine de personnes s’affairent à transformer cette salle de concert en studio de télévision. Autant dire que pour accéder au studio, il faut montrer patte blanche, plusieurs fois.

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Pour cette cérémonie, l’entrée se fait depuis la place rouge et mène au parc du Kremlin. Mais pas question d’aller flâner dans les allées du parc, des policiers en civils veillent à ce qu’aucun journaliste ne s’égare dans le centre du pouvoir politique russe. Gare aux journalistes qui souhaiteraient d’ailleurs accéder au Kremlin en même temps que le président russe.

Mercredi après-midi, certains ont dû patienter une heure sous la neige, attendant que Vladimir Poutine entre dans l’enceinte. Dans la salle de presse, des hommes en civil font des allers-retours autour des journalistes avec un radar : les ondes sont-elles aussi contrôlées. Enfin, autre installation impressionnante, des kilomètres de câbles électriques destinés à l’alimentation du studio et de la salle de presse ont été installés au-dessus de la muraille rouge du Kremlin, à quelques pas de la tombe de Lénine.

Royaume de la communication

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Nous n’en sommes qu’à l’étape du tirage au sort qui déterminera dans quels groupes et contre quels adversaires joueront les 32 équipes sélectionnées, mais la FIFA a décidé d’en faire un événement gigantesque. Car les Russes ont gardé un goût amer des événements internationaux. Les précédents JO, ceux de Sochi, organisés en 2014, avaient débouché sur une annexion, une guerre et un scandale de dopage sans précédent que nombre de Russes ont vécu comme une humiliation.

Les équipes de la FIFA et du comité d’organisation misent sur la communication pour attirer les Russes dans les stades, d’autant plus que la Russie ne part pas forcément favorite. « 742 760 billets ont été vendus durant la première session (pour 3,5 millions de demandes), 53 % d’entre eux ont été achetés par des Russes », explique le responsable des ventes à la FIFA, Falk Eller.

Le prix des billets varie entre 20 € à 1 000 €. Dans quelques jours, tous les transports en commun de Moscou se mettront aux couleurs de l’événement. En attendant, les centaines de journalistes venus du monde entier pour assister à la cérémonie de tirage au sort…

Depuis la salle de presse du Kremlin, ils sont encadrés par une armée de communicants ayant pour objectif de faire du monde de la FIFA, un monde merveilleux, distribuant peluches de la mascotte officielle par dizaines et prospectus invitant les journalistes à se rendre dans les 12 villes hôtes du pays.

30 minutes de spectacle

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Vendredi, l’événement débutera à 16 h (18 h à Moscou). Laurent Blanc, Gordon Banks, Cafu, Fabio Cannavaro, Diego Forlan, Diego Maradona, Carles Puyol et Nikita Simonyan assisteront le présentateur de la cérémonie, Ivan Urgant, le Yann Barthès russe. Le trophée de la Coupe du Monde trône sur le plateau TV depuis deux jours, ainsi que quatre bulles transparentes dans lesquelles seront tirées au sort les équipes ensuite attribuées à huit groupes.

Dans la salle, 30 des 32 sélectionneurs seront présents, dont Didier Deschamps, le sélectionneur français. À l’issue de la cérémonie, vers 16 h 30, les stars du football et les sélectionneurs seront invités par les organisateurs à débriefer le tirage au sort à l’extérieur du bâtiment, seules miettes que les médias non-détenteurs des droits pourront obtenir de l’opération.

Texte et photos : Paul GOGO


En Russie, une mannequin rêve du Kremlin

Papier diffusé dans Ouest-France

  • 5 novembre 1981 Naissance à Saint-Pétersbourg
  • Décembre 2012 Rejoint l’opposition russe
  • 18 octobre 2017 Se déclare candidate à l’élection présidentielle

Qualifiée de « Paris Hilton russe », Ksenia Sobchak s’est déclarée mercredi soir candidate à la présidentielle de mars 2018. Rédactrice en chef du magazine de mode « L’Officiel », journaliste politique sur une chaîne proche de l’opposition « Dojd » ou encore mannequin habituée des défilés de mode, la presse russe peine aujourd’hui à décrire cette étonnante candidate.

Comme de nombreux russes, c’est à la chute de l’URSS que Sobchak a fait sa fortune. Puis, dans les années 2000, la femme d’affaire est devenue personnalité médiatique. Présentatrice d’une émission de télé-réalité intitulée « Dom-2 », sa notoriété a explosé. En 2011, à la veille de la précédente élection présidentielle russe, et après avoir publié un livre intitulé « Comment épouser un millionnaire », Sobchak a rejoint les rangs de l’opposition. Pendant tout un hiver, elle s’écriera « La Russie sans Poutine » dans les rues de Moscou.

Protégée de Poutine

Mais en juin 2012, elle fera partie des opposants visés par une série de perquisitions dirigées par le FSB. De quoi refroidir la militante et lui faire préférer le monde de la mode.

Samedi dernier, c’est Sobchak la journaliste qui avait rendez-vous avec Vladimir Poutine. Officiellement, il s’agissait de discuter d’un projet de film en hommage à son père, Anatoly Sobchak. Mort en 2000, c’est lui qui a mis le pied à l’étrier de la politique à Vladimir Poutine dans les années 90. Le président russe ne l’a jamais oublié. Une rumeur affirme même qu’il est le parrain de sa protégée Ksenia. Le lien est au moins de cœur. Mercredi soir, c’est donc avec l’aval du Kremlin que Ksenia Sobchak a pu présenter sa candidature aujourd’hui accusée d’être commandée par le Kremlin pour diviser l’opposition. De quoi la fâcher avec son ami Alexeï Navalny, toujours emprisonné pour s’être opposé à Vladimir Poutine.

Paul GOGO

En Russie, la dulcinée du Tsar fait scandale

Des croyants radicaux s’opposent à un film relatant une histoire d’amour entre une danseuse et le tsar Nicolas II.

Depuis plusieurs semaines, un groupe nommé « État chrétien – sainte Russie » appelle à la censure et à la destruction des cinémas qui prévoient la diffusion du film « Matilda ». Ce film relatant une histoire d’amour entre le dernier tsar russe Nicolas II et Mathilde Kschessinska, une ballerine, met une frange radicale de l’église orthodoxe en émoi, au point que des croyants appellent à brûler les cinémas. Un appel déjà suivi de faits. Ces derniers jours, plusieurs incendies et menaces de mort à travers la Russie ont convaincu une centaine de cinémas d’annuler leurs projections. Canonisé en 2000, Nicolas II est un symbole pour l’église orthodoxe qui s’est néanmoins désolidarisée des appels à la violence.

Le Kremlin contre la censure

Côté politique, ne reste plus que l’ancienne procureure de Crimée désormais députée au parlement russe, Natalia Poklonskaïa pour mener la croisade. Cette royaliste affirmée a fait appel aux descendants du tsar pour régler l’affaire devant les tribunaux. En Russie les appels à la censure lancés par l’église sont souvent suivis par l’État. Mais cette fois-ci, les extrémistes risquent de perdre la bataille. Le ministère de la culture qui a en partie financé le long-métrage, a validé la licence d’exploitation du film début septembre. Puis Vladimir Poutine s’est exprimé sur le sujet, déclarant : « de nombreux films ont déjà été réalisés sur la famille impériale. […] Beaucoup sont, selon moi, plus sévères que celui d’Alexeï Outchitel (le réalisateur de Matilda) ». Jeudi midi, le ministre de la culture a affirmé avoir vu le film, appelé à sa diffusion et a demandé à la député de cesser la polémique. Mais pour Alexander Kalinin, l’homme à la tête du groupe de fanatiques orthodoxes, rien n’y fait : « À chaque fois qu’un cinéma montrera le film, il sera brulé le lendemain » a-t-il de nouveau déclaré jeudi au site internet « Meduza ».

Paul GOGO

À Moscou, le Bolchoï secoué par un scandale

Article à retrouver sur Ouest-France.fr

Le célèbre théâtre moscovite a annulé la présentation d’un ballet annoncé par la critique comme l’un des meilleurs du XXIe siècle.

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Images de la répétition générale

Le Bolchoï, institution d’excellence, productrice des meilleurs ballets du monde, est au cœur d’un scandale romanesque comme seules les grandes maisons en connaissent. Le 11 juillet, le théâtre devait présenter Noureev, un nouveau ballet retraçant la vie du célèbre danseur étoile Rudolf Noureev. Un chef-d’œuvre à gros budget sur lequel le Bolchoï planchait depuis deux ans.

Au lendemain de la répétition générale, le metteur en scène, Kirill Serebrennikov, a annoncé son annulation et crié à la censure. Depuis quelques années, Serebrennikov, récompensé en 2016 au Festival de Cannes pour son film Le disciple, se pose régulièrement en critique du pouvoir.

Le Kremlin l’aurait-il attaqué via son ballet ? Vladimir Ourine, directeur du Bolchoï, nommé par Vladimir Poutine, s’en est défendu, justifiant cette annulation par un manque de préparation des danseurs et promettant une reprogrammation en mai 2018.

« Un amour pour la danse »

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L’équipe à l’issue de la répétition générale

Mais l’affaire n’est pas close. D’après Alexeï Venediktov, rédacteur en chef de la radio Écho de Moscou, des représentants de l’Église ont assisté à la répétition générale. Ils auraient été choqués par la présence d’un danseur nu sur scène. Et par l’apparition, en flash d’une seconde, d’une célèbre photo de Noureev, nu lui aussi. L’agence russe Tass a annoncé que le ballet avait été considéré comme de la « propagande homosexuelle » par le ministère de la Culture, les histoires d’amour de Noureev, homosexuel, y étant abordées.

Rudolf Noureev, souvent qualifié de meilleur danseur et plus grand chorégraphe au monde, a rejoint la France en 1961. Il est entré dans la légende après avoir échappé aux agents du KGB chargés de le surveiller lors d’une tournée parisienne. Il est devenu directeur de l’Opéra de Paris dans les années 1980 et est mort du sida en 1993.

Ouest-France a pu se procurer des images tournées durant la répétition générale de Noureev. Le spectacle est grandiose. Serebrennikov a tenté de bousculer les vieilles manières du Bolchoï sans s’éloigner du classique. Les histoires d’amour de l’étoile sont dansées avec finesse. Les scènes qui auraient déplu à l’Église sont belles, sans provocations.

Critique du journal Kommersant, la journaliste russe Tatyana Kuznetsova a résumé l’affaire : « Les images montrent un spectacle parfaitement prêt. Le ballet ne parle pas de sexe mais d’amour, un amour pour la danse, pour la vie et pour la liberté. C’est ce qui est d’ailleurs peut-être le plus désagréable pour les homophobes… »

Ouest-France : « Exposition. Le Kremlin, ce musée méconnu »

À Moscou, le célèbre Kremlin n’abrite pas que le bureau du président russe. C’est le troisième lieu le plus visité de Russie ! à retrouver sur Ouest-France.fr

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Dans l’enceinte du Kremlin, pouvoir, histoire et religion sont logés à la même enseigne. Ce quartier de 28 ha, protégé d’une muraille rouge, est composé de dix-sept églises, cathédrales et palais, marqueurs de l’histoire russe et de la religion orthodoxe. Le Kremlin demeure un lieu de visite incontournable pour les touristes de passage. Avec plus de deux millions de visiteurs par an, il est le troisième lieu le plus visité de Russie, après le fameux Ermitage et le musée d’histoire de Saint-Pétersbourg.

N’importe qui peut entrer dans cette enceinte légendaire, sous réserve de montrer patte blanche. Certains de ces bâtiments hébergent le Sénat russe, le palais présidentiel, les services de sécurité du Président… Si les visiteurs ont la possibilité de se promener librement dans certaines allées du Kremlin, de nombreux policiers veillent à ce que personne n’approche des bâtiments officiels.

Toujours dans l’enceinte du Kremlin, se trouve le palais des armures. On retrouve, présentés dans les neuf salles de ce grand bâtiment jaune et blanc surplombant le fleuve Moskova, des siècles de trésors accumulés par les princes et tsars russes : or, pierres précieuses, œufs de Fabergé, trônes, carrosses…

Sanctuaire de 1508

À quelques pas, la cathédrale de l’Archange-Saint-Michel est le second lieu incontournable du Kremlin. Il s’agit du plus ancien sanctuaire de Russie, construit en 1508. L’armée russe y a longtemps célébré ses victoires. On y retrouve quarante-six tombes de princes et tsars russes.

Parmi les édifices ouverts au public, il y a le palais du patriarche, étrange lieu dont l’intérieur ressemble à une église. Construit en 1655, en l’honneur du patriarche Nikon, il renferme une collection d’objets religieux, mobilier, vaisselle et joaillerie du XVIIe siècle. Et notamment un ensemble impressionnant : un poêle destiné à la confection des huiles saintes.

Depuis le début du mois, l’exposition permanente dédiée à la religion orthodoxe est complétée d’une exposition temporaire inédite. Pour la première fois, des objets vieux de plus de 800 ans, de l’époque de Louis IX, ont été sortis de France pour être exposés au Kremlin, dont une couronne reliquaire, un évangile et des vitraux de la Sainte-Chapelle de Paris transportés en avion.

D’après Philippe Bélaval, président du centre des monuments nationaux, «ces objets montrent que le Moyen Âge a également eu une période d’excellence en matière d’architecture et d’art. Voir des objets de la Sainte-Chapelle au Kremlin, c’est un symbole fort.»

Paul Gogo