À Moscou, des milliers d’immeubles menacés de destruction

Le maire de Moscou souhaite détruire les vieux immeubles de sa capitale. Non consultés, les habitants sont inquiets.

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Le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, compte, grâce à un projet de loi soutenu par Vladimir Poutine, détruire 8 000 immeubles durant les mois à venir. En question, l’état des « Khrouchtchevki » ou « piat etaj » (cinq étages). Des petits immeubles construits en périphérie de Moscou par Khrouchtchev en 1954. Il s’agissait alors du plus important plan d’urbanisation de l’époque soviétique. Selon le maire de Moscou, ces immeubles de béton sans ascenseurs construits rapidement, à bas coût et en quelques mois seraient aujourd’hui dans un état de délabrement avancé. Sergueï Sobianine souhaite détruire ces bâtiments aujourd’hui occupés par une classe moyenne, pour les remplacer par des bâtiments plus modernes et donc plus chers. Le projet est gigantesque, 1,6 millions d’habitants sont concernés. Ils étaient 50 000 à manifester le mois dernier à Moscou, quelques milliers ce week-end.

Inquiétudes

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« Cette loi enfreint nos droits ! » Lance Boris, pancarte en main. « Je vis dans un « cinq étages », nos immeubles sont usés mais nous payons des taxes tous les mois pour financer une rénovation qui devait commencer dans les semaines à venir. Ou est passé notre argent? Déménager nous coûtera cher, nous paierons des loyers plus chers et nous vivrons dans des conditions moins bonnes car ces nouveaux immeubles en banlieue sont de très mauvaise qualité, loin du centre et sans métro ». À ces côtés, Natalya, une autre manifestante confirme, « nous tenons à nos quartiers, ils sont verts, nous avons nos magasins, nos appartements sont vieux, mais chacun investit au quotidien pour les moderniser. Nous ne voulons pas être déportés » lance-t-elle, parlant de déportation comme de nombreux autres manifestants.

En Russie, les projets immobiliers font toujours l’objet de méfiances accrues. « Comme pendant les JO de Sochi, on va perdre plein d’argent dans la corruption » craint Natalya. Le maire de Moscou a récemment organisé des manifestations de soutien à son projet. De nombreux habitants du quartier de Kapotnya (excentré, au sud de Moscou), quartier souvent cité par les manifestants, y ont participé. Ils réclamaient à être intégrés dans le projet de rénovation, ils n’ont pas été entendus. « Il y a des immeubles dans des états terribles là-bas. Sauf que le terrain ne vaut rien donc le maire ne veut pas y construire ses immeubles, il préfère s’en prendre à nos beaux quartiers » dénonce Natalya.

Paul GOGO

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Dans les coulisses du Bolchoï en direct

 

Ce dimanche, la société française Pathé Live célébrera son 30e ballet diffusé en direct depuis le Bolchoï de Moscou. Sur place, les équipes françaises travaillent au cœur de cette institution légendaire.

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Il est 19h vendredi, dans les couloirs du Bolchoï, des danseuses dont les longues jambes sont cachées d’un brouillard de tutus sortent précipitamment des ascenseurs du théâtre pour rejoindre la scène. Pour leurs collègues, l’échauffement a déjà commencé dans une toute petite pièce faite d’une barre de répétition et de miroirs, située à l’entrée de la scène. L’orchestre lance les premiers accords de cette répétition, les danseurs piétinent rapidement dans une bassine remplie de résine pour ne pas chuter sur le sol glissant de la scène inclinée. Les regards sont fermés, les corps visiblement fatigués. Ce dimanche, c’est le ballet « Un héros de notre temps », l’histoire d’un jeune officier désabusé en voyage dans les montagnes du Caucase qui sera diffusé en direct depuis Moscou. Le rideau s’ouvre, les étoiles accourent sur scène avec cette précision et cette concentration qui font la réputation de l’institution. Dimanche, à 17h, ce sont les danseurs les plus réputés du Bolchoï qui monteront sur scène.

Un ballet dans le ballet

Côté technique, c’est un autre ballet qui s’organise. Le son et l’image, le tout doit être capté et envoyé instantanément par satellite dans le monde entier. C’est la société française « Pathé live » qui produit. Les soirs de directs, on parle russe et français dans les couloirs du célèbre théâtre. La régie est, elle, installée dans un camion sur le parking. « Nous avons dix caméras disposées dans la salle, une trentaine de micros dans l’orchestre » explique Xavier Fontaine, en charge du son. « Un ballet filmé, c’est un équilibre à trouver entre deux publics. Il faut que le public sur place puisse assister à la soirée dans les meilleures conditions possibles, mais comme c’est filmé, éclairages et maquillages doivent être adaptés aux gros plans des caméras. C’est compliqué, mais le système est rodé » explique Sergeï Timonin, en charge de la seconde scène du Bolchoï.

Paul GOGO

À Moscou, l’opposant Navalny fait le plein

Plus de 1 000 manifestants ont été arrêtés, hier, rien que dans la capitale russe. Alexis Navalny, figure de l’opposition à Poutine et organisateur du défilé contre la corruption, a été arrêté.

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Les moscovites se sont rassemblés par milliers sur l’avenue Tverskaïa dimanche, artère menant au Kremlin, à l’appel de l’opposant à Vladimir Poutine et candidat à la présidentielle russe, Alexeï Navalny. « Il a menti, il a volé, il est temps de partir » était-il écrit sur de nombreuses pancartes, à l’attention du premier ministre Dmitri Medvedev. C’est la première fois depuis 2012 qu’un rassemblement rassemblait autant de monde, à Moscou comme en région où des dizaines de manifestations ont eu lieu, se soldant souvent par des arrestations. « Nous allons nous faire arrêter, mais descendez dans la rue » a lancé Navalny à quelques heures de la manifestation. Cela n’a pas raté. L’opposant a été arrêté avant même d’avoir atteint le rassemblement et son bureau a été perquisitionné par la police dans les heures qui ont suivi. Au total, plus de 1 000 personnes ont été arrêtées dimanche, dont une centaine ayant réussi à atteindre les murs du Kremlin.

Des centaines de chaussures

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Voir une vidéo de l’arrestation d’Alexeï Navalny. Filmé par Paul Gogo pour Ouest-France.

Tout a commencé avec une paire de chaussure. Des chaussures achetées par le premier ministre sous un nom d’emprunt, point de départ d’une longue enquête vue par plus de 10 millions de personnes, dans laquelle Navalny décrit un impressionnant système de corruption mis en place. C’est à ces mots, « stop à la corruption », « Medvedev dehors », « Il doit rendre l’argent » et souvent équipés de paires de chaussures, que les moscovites se sont rassemblés dimanche. La manifestation interdite par les autorités, des policiers anti-émeutes par centaines, renforcés par des membres de la garde-nationale ont bouclé le centre-ville de Moscou, survolé par un hélicoptère. Les forces de l’ordre ont laissé se dérouler la manifestation mais la police a multiplié les arrestations afin d’empêcher d’éventuelles occupations de places et de rues. Si les revendications étaient majoritairement dirigés vers le premier ministre, à un an de la présidentielle russe, cette manifestation constitue une bulle d’air pour l’opposition russe dont de nombreux slogans s’en sont également pris au président russe, Vladimir Poutine.

Paul GOGO

À Moscou, Marine Le Pen s’offre Vladimir Poutine

Reportage pour Ouest-France

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La presse attend Marine Le Pen à la Douma.

A peine était-elle de retour du Tchad que Marine Le Pen s’est envolée vers Moscou pour rencontrer le président russe, Vladimir Poutine. Nul ne sait à quel moment s’est organisée cette rencontre que la candidate à la présidentielle espérait depuis plusieurs mois mais cette réussite représente incontestablement une victoire diplomatique. Sa visite gardée secrète par son entourage a été dévoilée par Leonid Sloutski, président de la commission des affaires étrangère de la Douma, le parlement russe. C’est cet homme politique qui a invité Marine Le Pen à Moscou. Connu pour avoir financé les voyages de députés français en Crimée, il a poussé les journalistes russes à se demander si Marine Le Pen n’était pas venue chercher des financements de campagne à Moscou. Au delà de ses rendez-vous publics, la candidate avait prévu un certain nombre de rendez-vous privés. La question est restée sur la table lorsque la rencontre entre Marine Le Pen et Vladimir Poutine s’est officialisée après que la représentante du FN se soit discrètement éclipsée du parlement.

Écouter intervention à mi-journée pour Europe 1

« Le monde de Poutine »

« Les médias russes sont confus, les banques russes vont-elles financer sa campagne ou non ? » s’est demandé le Moscow Times suite à cette rencontre. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov a affirmé que la question n’avait pas été discutée. Mais Vladimir Poutine a tenu à glisser ce message : « La Russie n’a pas l’intention d’interférer dans les élections françaises« . Sur le fond, Marine Le Pen a réaffirmé devant les députés russes sa volonté de supprimer les sanctions à l’égard de la Russie et de reconnaître la Crimée. Devant le président russe, c’est une proposition de coopération entre les services de renseignement que la candidate est venue défendre. Puis d’aborder la question de la situation des Chrétiens d’Orient. « Vladimir Poutine a émergé un nouveau monde, le monde de Poutine, de Modi en Inde, de Trump aux USA. Je pense que je suis celle qui partage une vision de coopération et non de soumission en France » a déclaré la candidate avant de quitter Moscou.

Paul GOGO

En Russie, les enfants trisomiques trop souvent abandonnés

La fondation moscovite « Downside up » aide les enfants trisomiques à trouver leur place dans une Russie peu concernée par la question.

Reportage par Alexandra DALSBAEK et Paul GOGO

« Ça a été difficile lorsque j’ai appris que mon enfant, Denis, était trisomique. Je ne l’ai appris que lorsqu’il avait trois ans » raconte Elena Kortava, 43 ans. Pour Elena et son mari, une déprime et un sentiment de solitude ont ensuite pris le dessus, « c’était très difficile psychologiquement, on a beaucoup de proches et d’amis qui se sont éloignés, ils nous ont rejeté ». En octobre, la famille a trouvé conseil auprès de la fondation moscovite d’aide aux familles touchées par le syndrome de Down (trisomie 21), « Downside Up« .

Les enfants souvent abandonnés

Durant l’époque soviétique, les enfants handicapés étaient abandonnés puis cachés dans des orphelinats. La situation a nettement évolué depuis. Mais les enfants nés atteints du syndrome de Down sont encore trop souvent déposés à l’orphelinat. « D’après les informations qui remontent de nos centres partenaires en région, nous estimons qu’en Russie, environ 50% des enfants trisomiques sont encore abandonnés à la naissance » explique Tatiana Nechaeva, directrice de la fondation. Parfois, ce sont même encore les médecins qui poussent à l’avortement ou à l’abandon. « Le problème se trouve au niveau de l’état, c’est à nous de leur faire prendre conscience de la situation. Dans la région d’Ekaterinbourg, les élus locaux ont décidé de soutenir les associations d’aide aux familles. Le nombre d’enfants trisomiques abandonnés ne s’y porte plus qu’à 3% » assure la responsable.

Une situation qui s’améliore

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C’est pour éviter ces abandons que la fondation apporte aide et conseils auprès des familles concernées par la trisomie. Aujourd’hui, Elena est soulagée : « si vous m’aviez rencontrée plus tôt, je ne souriais pas autant! Ici, je rencontre un psychologue, mon fils passe du temps avec des professionnels qui l’aident à se développer. Je rencontre des parents dans ma situation, ils m’ont fait comprendre que les enfants trisomiques sont merveilleux ».

Lors de la scolarisation des enfants, c’est souvent la fondation et non l’état qui se charge de former les spécialistes, professeurs et orthophonistes. Mais Tatiana Nechaeva l’assure, la situation tend à s’améliorer en Russie : « Le pays manque d’une infrastructure pour accompagner les enfants trisomiques tout au long de leur vie. Mais des écoles et universités commencent à s’emparer du sujet et il y a de plus en plus de spécialistes en région, c’est plutôt positif. »

Paul GOGO

La chambre de Vladimir Illitch Ulyanov

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La gare de Finlande à Saint-Pétersbourg. C’est de cette gare que Vladimir Lénine revenait de Finlande. On y trouve la dernière statue de Lénine de la ville sur le parvis.

Il y a 100 ans, le 23 février 1917 (8 mars de notre calendrier actuel), jour de la journée de la femme, des ouvrières prenaient les rues de Petrograd, le Saint-Pétersbourg alors capitale de l’empire russe, pour réclamer « du pain et du travail ». Quelques mois plus tard, Lénine de retour d’Europe allait définitivement enterrer les Romanov et mettre les bolcheviks au pouvoir. Si le dénouement de cette révolution a eu lieu en 1917, le personnage Lénine s’est, lui, construit quinze ans plus tôt dans la banlieue de cette même ville, Saint-Pétersbourg.

La chambre de Vladimir Illitch Ulyanov

L’appartement est situé ruelle Bolchoï Kazachy, à quelques pas de la Fontanka, l’un des nombreux canaux de Saint-Pétersbourg. Au numéro 7, il faut entrer dans la cour et monter au deuxième étage. Pour sonner au numéro 13, il faut encore tirer sur une poignée en bronze pour secouer la cloche accrochée dans l’appartement au dessus de la porte.

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Vladimir Ulyanov (Lénine) y a vécu en 1984. « Il en payait 10 anciens roubles par mois pour y vivre » raconte Bogdana, jeune guide au musée du vieux Saint-Pétersbourg, petit musée installé dans un appartement du rez-de-chaussée. « Cet appartement construit en 1825 appartenait à un couple de bourgeois estoniens, les Bodes. Ils occupaient deux chambres, en louaient une à Ulyanov. Charlotte Bodes considérait par contre que la cuisine appartenait à la femme, Lénine avait interdiction d’y accéder ».

À l’époque, Vladimir Ulyanov, jeune avocat de 24 ans, passait d’appartements en appartements pour ne pas trop attirer l’attention des autorités. Le numéro 13 est sa cinquième chambre pétersbourgeoise.

Nous sommes le 12 février 1894, voilà donc Vladimir Ulyanov installé dans cette petite chambre. Un lit, un poêle, un bureau et des lampes à huile qui enfument l’appartement : « Ulyanov devait garder les fenêtres ouvertes en permanence pour ne pas étouffer car les plafonds sont bas. Dès son arrivée, il attrapera une pneumonie, poussant sa mère à le rejoindre pour l’aider à se soigner ». Ces petits appartements que l’on retrouvait en périphérie de Petrograd n’avaient rien des grands appartements bourgeois du centre-ville de l’époque, les intellectuels aimaient s’y retrouver pour boire, discuter, lire et jouer aux échecs…

C’est d’ailleurs ce que faisait Vladimir Ulyanov lorsqu’il ne travaillait pas. Il accueillait ses amis dans sa chambre, ils déplaçaient les meubles et discutaient de leurs théories marxistes en prenant bien soin à ce que le propriétaire n’y prenne pas part. « Ulyanov n’avait parfois même pas de quoi offrir à boire et à manger à ses invités, en payant son loyer, ses hôtes s’engageait à lui offrir deux thés et deux morceaux de pain par jour, rien de plus » raconte Bogdana.

« Le matin, il se levait vers 7h, mangeait un morceau de pain, buvait un thé et il lisait, beaucoup. Il travaillait, allait à la librairie, ses amis lui amenaient parfois de la nourriture. Nombre d’entre-eux venaient de l’institut technologique, désormais situé à une station de métro de l’appartement. À l’époque, c’était là-bas que l’on trouvait les mouvements marxistes les plus importants.

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De retour d’un voyage en Europe, Vladimir Ulyanov multiplie les lectures qui fonderont son idéologie, notamment le Manifeste de Marx et Engels qu’il ramènera dans le double fond d’une valise. C’est à ce moment qu’il commencera à écrire et à intégrer les différents groupes marxistes de la ville. Il comprendra d’ailleurs très rapidement la nécessite d’unir ces différents groupes de pensée pour arriver à ses fins, la révolution et le renversement du régime impérial. Ulyanov comprend également que la révolution doit aussi venir des campagnes, la révolution doit se faire avec eux, « il faut cultiver les gens, il faut faire la révolution avec eux » affirmait-il dans ses premiers écrits. C’est à ce moment que Vladimir Illitch Ulyanov rencontre Nadejda Kroupskaïa, professeure, sa future épouse.

À Saint-Pétersbourg, les femmes représentaient un lien entre les travailleurs et les révolutionnaires de l’université. Kroupskaïa était bien placée pour le savoir. Elle donnait des cours du soir aux ouvrières pour leur apprendre à lire et à écrire et en profitait au passage pour parler marxisme. Des mouvements de protestation étaient en cours en 1894, les ouvriers écrivaient leurs plaintes sur des papiers qu’ils donnaient à leurs femmes et Nadejda en faisait part dans les discussions à l’université.

Ulyanov part alors passer un mois en Suisse, à Genève, à la rencontre des bolcheviks Suisses. Il y reviendra quelques années avant la révolution en exil, pendant sept ans.

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Le 25 avril 1895, Vladimir Lénine est arrêté au coin de la rue, accusé avec quarante autres militants de rébellion. Il ne reviendra plus au numéro 7 de la rue Bolchoï Kazachy.

Paul Gogo