Ouest-France : « Exposition. Le Kremlin, ce musée méconnu »

À Moscou, le célèbre Kremlin n’abrite pas que le bureau du président russe. C’est le troisième lieu le plus visité de Russie ! à retrouver sur Ouest-France.fr

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Dans l’enceinte du Kremlin, pouvoir, histoire et religion sont logés à la même enseigne. Ce quartier de 28 ha, protégé d’une muraille rouge, est composé de dix-sept églises, cathédrales et palais, marqueurs de l’histoire russe et de la religion orthodoxe. Le Kremlin demeure un lieu de visite incontournable pour les touristes de passage. Avec plus de deux millions de visiteurs par an, il est le troisième lieu le plus visité de Russie, après le fameux Ermitage et le musée d’histoire de Saint-Pétersbourg.

N’importe qui peut entrer dans cette enceinte légendaire, sous réserve de montrer patte blanche. Certains de ces bâtiments hébergent le Sénat russe, le palais présidentiel, les services de sécurité du Président… Si les visiteurs ont la possibilité de se promener librement dans certaines allées du Kremlin, de nombreux policiers veillent à ce que personne n’approche des bâtiments officiels.

Toujours dans l’enceinte du Kremlin, se trouve le palais des armures. On retrouve, présentés dans les neuf salles de ce grand bâtiment jaune et blanc surplombant le fleuve Moskova, des siècles de trésors accumulés par les princes et tsars russes : or, pierres précieuses, œufs de Fabergé, trônes, carrosses…

Sanctuaire de 1508

À quelques pas, la cathédrale de l’Archange-Saint-Michel est le second lieu incontournable du Kremlin. Il s’agit du plus ancien sanctuaire de Russie, construit en 1508. L’armée russe y a longtemps célébré ses victoires. On y retrouve quarante-six tombes de princes et tsars russes.

Parmi les édifices ouverts au public, il y a le palais du patriarche, étrange lieu dont l’intérieur ressemble à une église. Construit en 1655, en l’honneur du patriarche Nikon, il renferme une collection d’objets religieux, mobilier, vaisselle et joaillerie du XVIIe siècle. Et notamment un ensemble impressionnant : un poêle destiné à la confection des huiles saintes.

Depuis le début du mois, l’exposition permanente dédiée à la religion orthodoxe est complétée d’une exposition temporaire inédite. Pour la première fois, des objets vieux de plus de 800 ans, de l’époque de Louis IX, ont été sortis de France pour être exposés au Kremlin, dont une couronne reliquaire, un évangile et des vitraux de la Sainte-Chapelle de Paris transportés en avion.

D’après Philippe Bélaval, président du centre des monuments nationaux, «ces objets montrent que le Moyen Âge a également eu une période d’excellence en matière d’architecture et d’art. Voir des objets de la Sainte-Chapelle au Kremlin, c’est un symbole fort.»

Paul Gogo

 

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L’obsession du « terrorisme » du président Porochenko

Il est deux heures du matin, dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 novembre, quand le cabinet du président Porochenko appelle l’ambassadrice de France en Ukraine, Isabelle Dumont. À 11h le lendemain matin, le président, son premier ministre et une partie de son gouvernement débarquent devant l’ambassade pour s’y recueillir. Ont suivi, des dizaines d’ukrainiens. « J’ai été impressionnée par le nombre d’ukrainiens qui sont venus déposer des fleurs devant l’ambassade pour exprimer leur solidarité avec le peuple français » a ensuite déclaré l’ambassadrice.
Les ukrainiens se sentent d’autant plus proches des français qu’ils connaissent le traumatisme et les conséquences d’un massacre causé au cœur d’une capitale.

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Isabelle Dumont, ambassadrice de France et Petro Porochenko, président d’Ukraine. Photo : Paul Gogo

Mais pour le reste, la situation française n’est en rien comparable à la situation ukrainienne.
Au delà de la sincérité certaine des ukrainiens et de leur président, il y a, dans l’ensemble des discours du président Porochenko, une volonté obsessionnelle de faire un lien entre la situation ukrainienne et le terrorisme mondial. C’est parfois clairement dit, parfois insinué, le président ne cesse de répéter que l’Ukraine fait partie des victimes de ce terrorisme mondial. Car si l’ensemble de la presse internationale qualifie le conflit ukrainien de guerre (parfois civile), en Ukraine, pour une question de communication auprès de la population, la guerre du Donbass est considérée comme étant une « opération antiterroriste ». La majorité des médias ukrainiens respectent encore aujourd’hui cet élément de langage pourtant issu de la communication gouvernementale.
Mais cette comparaison grossière entre la guerre du Donbass et les attaques terroristes perpétrées dans le monde entier par l’état islamique trouve un certain écho chez les militants ukrainiens les moins modérés. Après avoir rendu hommage aux victimes des attentats, certains ont ensuite publié des photos de cadavres de soldats ukrainiens sur les réseaux sociaux. « Nous vous soutenons de tout cœur mais lorsque des soldats sont morts cette semaine dans le Donbass, personne n’est venu déposer de fleurs devant l’ambassade d’Ukraine en France » expliquaient-ils. L’Ukraine a parfois du mal à faire la différence entre la mort de ses soldats participants à une guerre et l’assassinat de civils en plein cœur de Paris, ville européenne dont la culture et le symbole de ces actes parlent au monde entier.

Il est vrai que la semaine dernière, au moins sept soldats ukrainiens ont été tués dans l’Est de l’Ukraine. Un regain de tension inédit depuis le cessez-le-feu de septembre dernier. Avec le retour des combats, les rumeurs d’attaques lancées par les renseignements ukrainiens pour mobiliser l’attention de la population se multiplient de nouveau. Au lendemain des attentats de Paris, les responsables Ukrainiens ont fait état de menaces particulières pesant sur les grandes villes du pays. La nature du risque n’a pas été précisée et le communiqué officiel entretien un flou étrange, insinuant (comme l’ont interprétés certains médias), que le risque pouvait être autant islamique que séparatiste…

En liant Vladimir Poutine à l’ensemble des catastrophes mondiales dans une volonté de diabolisation permanente de l’ennemi et de contre-propagande maladroite, le président encourage la naissance des théories du complot. L’idée se répand massivement dans les réseaux ukrainiens que les attaques terroristes de Paris seraient liées à Vladimir Poutine, les militants allant jusqu’à inventer la présence de Tchétchènes lors de cette attaque…

Est-il vraiment utile de démonter cette théorie… L’attaque de vendredi était attendue par les autorités, les responsables connus, notons également que Vladimir Poutine n’est pas plus épargné par les menaces terroristes que les français. 214 russes ont été tués lors du crash du Sinaï il y a deux semaines, 6 cette semaine à Bamako, les moscovites s’attendent à un attentat de grande ampleur dans les mois à venir, prendre le métro à Moscou devient une épreuve pour beaucoup d’habitants… Poutine bombarde peu l’EI, certes, (sûrement toujours plus que la France avant les attentats) mais se positionne sans ambiguïtés contre le groupe terroriste. Les adeptes de cette théorie du complot soulèvent que l’attaque fait le jeu de Vladimir Poutine. C’est vrai, mais il fait aussi sûrement le jeu du Front National, le jeu de l’ensemble des partis d’extrême droite européens, il fait aussi le jeu de Bachar el Assad, et il est même certain que cette nouvelle séquence « attentats » remontera la côte de popularité de François Hollande…

En arrière plan de ces théories tarabiscotées, il y a l’image d’un président ukrainien incapable de projeter l’Ukraine comme un pays mondial, les yeux rivés avec obsession sur le Donbass et sur Vladimir Poutine.
Il y a depuis quelques temps une inquiétude légitime qui traverse la population ukrainienne. Tout simplement celle d’être oublié par la diplomatie internationale. Il faut dire que la guerre s’est arrêtée aussi brutalement qu’elle est arrivée, en septembre dernier. La population comprenant que le Donbass et la Crimée ne reviendraient pas en Ukraine d’aussitôt, le temps était alors venu pour le président Porochenko de communiquer plus fortement sur les réformes en cours afin de conserver un certain soutien de la population, de montrer que le pays pouvait s’en sortir. Mais les événements politiques de ses dernières semaines commencent à fatiguer les ukrainiens qui ne voient plus le bout du tunnel. Un parlement incapable de voter démocratiquement et légalement des lois essentielles à la bataille contre la corruption et à un rapprochement de l’Europe, des élections régionales sabordées par les oligarques et barons défendant leurs citadelles, les mêmes qu’avant la révolution de la Dignité, un président ne tenant pas ses promesses, incapacité à faire condamner les responsables des massacres d’Odessa et de la révolution de la Dignité… Autant de réalités qui réclament des réponses et des actes.
Suite aux attentats parisiens, il y a également l’inquiétude que la France opère un rapprochement vers la Russie. Une inquiétude compréhensible, aux vues des dernières déclarations de Nicolas Sarkozy déclarant désormais ouvertement son amour à la Russie. Quand à François Hollande, il a d’ores-et-déjà entamé un rapprochement avec la Russie, avec en tête cette fameuse unique coalition en Syrie. Ainsi, l’Ukraine craint, que, le temps passant, le pays soit oublié et effacé par une éventuelle coalition syrienne, par l’actualité et par l’évolutions des intérêts politiques. Avec la peur de se retrouver abandonnée en cas de nouvelle attaque russe dans le Donbass, où, d’une façon plus réaliste, que la situation en Syrie pousse l’Europe à lever certaines sanctions au 31 décembre.

Paul Gogo