Russie : 17 militants LGBT arrêtés à Saint-Pétersbourg

Papier diffusé sur Libération.fr

Répondant à l’appel de l’organisation de l’opposant à Vladimir Poutine Mikhail Khodorkovski, les manifestants s’étaient allongés ce lundi sur l’artère principale de la ville avec drapeaux tchétchènes et LGBT et faux sang pour dénoncer la répression du président Ramzam Kadyrov.

 

Au moins 17 militants LGBT ont été arrêtés ce lundi en marge d’un défilé du 1er mai à Saint-Pétersbourg, selon l’organisation russe spécialisée dans le monitoring de manifestations OVD-info. Affublés d’étendards arc-en-ciel et de drapeaux de la Tchétchénie, les militants se sont allongés sur l’artère principale de la ville, Nevsky prospect, couverts de faux sang. Ils s’en sont alors pris au président de la République de Tchétchénie, Ramzam Kadyrov, en s’écriant «Kadirov, à La Haye !», référence au siège du Tribunal pénal international. Plus tard dans la journée, la police a justifié ces arrestations en faisant état d’un «trouble à l’ordre public».

Ces militants répondaient notamment à l’appel de l’organisation Russie ouverte, de l’oligarque opposant à Vladimir Poutine Mikhail Khodorkovski. Elle est la cible des autorités depuis maintenant plusieurs jours. Samedi, ses représentants ont réuni des centaines de manifestants à travers le pays pour appeler Poutine à ne pas se représenter à la prochaine élection présidentielle, en 2018.

Une action avortée à Moscou

Il y a quelques semaines, une enquête du journal d’opposition et d’investigation Novaïa gazeta décrivait le harcèlement et les menaces dont font l’objet les LGBT de Tchétchénie. Une centaine de personnes, LGBT ou soupçonnées de l’être, auraient ainsi été arrêtées par les autorités tchétchènes puis menacées de mort, voire assassinées, le mois dernier. Les autorités du pays ont nié l’existence de ces méthodes, arguant «qu’on ne pouvait pas détenir et persécuter des gens qui n’existent pas dans notre république».

Si ces révélations et la communication provocatrice du gouvernement tchétchène ont fait le tour du monde, elles n’ont eu de résonance en Russie qu’à travers les réseaux sociaux, où les Russes se sont indignés en nombre. Cette action du 1er mai représente une première tentative de dénoncer le sujet publiquement, qui reste sensible en Russie : les autorités chassent quotidiennement les signes de «propagande homosexuelle».

Toujours à l’appel de la fondation Russie ouverte, des militants «végans et LGBT» (selon les termes de l’organisation) ont également tentés de se faire entendre à Moscou ce lundi. Les 19 militants ont été temporairement retenus par la police, accusés d’avoir déployé un drapeau arc-en-ciel dans le centre-ville puis relâchés sans poursuites.

Paul GOGO

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La chambre de Vladimir Illitch Ulyanov

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La gare de Finlande à Saint-Pétersbourg. C’est de cette gare que Vladimir Lénine revenait de Finlande. On y trouve la dernière statue de Lénine de la ville sur le parvis.

Il y a 100 ans, le 23 février 1917 (8 mars de notre calendrier actuel), jour de la journée de la femme, des ouvrières prenaient les rues de Petrograd, le Saint-Pétersbourg alors capitale de l’empire russe, pour réclamer « du pain et du travail ». Quelques mois plus tard, Lénine de retour d’Europe allait définitivement enterrer les Romanov et mettre les bolcheviks au pouvoir. Si le dénouement de cette révolution a eu lieu en 1917, le personnage Lénine s’est, lui, construit quinze ans plus tôt dans la banlieue de cette même ville, Saint-Pétersbourg.

La chambre de Vladimir Illitch Ulyanov

L’appartement est situé ruelle Bolchoï Kazachy, à quelques pas de la Fontanka, l’un des nombreux canaux de Saint-Pétersbourg. Au numéro 7, il faut entrer dans la cour et monter au deuxième étage. Pour sonner au numéro 13, il faut encore tirer sur une poignée en bronze pour secouer la cloche accrochée dans l’appartement au dessus de la porte.

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Vladimir Ulyanov (Lénine) y a vécu en 1984. « Il en payait 10 anciens roubles par mois pour y vivre » raconte Bogdana, jeune guide au musée du vieux Saint-Pétersbourg, petit musée installé dans un appartement du rez-de-chaussée. « Cet appartement construit en 1825 appartenait à un couple de bourgeois estoniens, les Bodes. Ils occupaient deux chambres, en louaient une à Ulyanov. Charlotte Bodes considérait par contre que la cuisine appartenait à la femme, Lénine avait interdiction d’y accéder ».

À l’époque, Vladimir Ulyanov, jeune avocat de 24 ans, passait d’appartements en appartements pour ne pas trop attirer l’attention des autorités. Le numéro 13 est sa cinquième chambre pétersbourgeoise.

Nous sommes le 12 février 1894, voilà donc Vladimir Ulyanov installé dans cette petite chambre. Un lit, un poêle, un bureau et des lampes à huile qui enfument l’appartement : « Ulyanov devait garder les fenêtres ouvertes en permanence pour ne pas étouffer car les plafonds sont bas. Dès son arrivée, il attrapera une pneumonie, poussant sa mère à le rejoindre pour l’aider à se soigner ». Ces petits appartements que l’on retrouvait en périphérie de Petrograd n’avaient rien des grands appartements bourgeois du centre-ville de l’époque, les intellectuels aimaient s’y retrouver pour boire, discuter, lire et jouer aux échecs…

C’est d’ailleurs ce que faisait Vladimir Ulyanov lorsqu’il ne travaillait pas. Il accueillait ses amis dans sa chambre, ils déplaçaient les meubles et discutaient de leurs théories marxistes en prenant bien soin à ce que le propriétaire n’y prenne pas part. « Ulyanov n’avait parfois même pas de quoi offrir à boire et à manger à ses invités, en payant son loyer, ses hôtes s’engageait à lui offrir deux thés et deux morceaux de pain par jour, rien de plus » raconte Bogdana.

« Le matin, il se levait vers 7h, mangeait un morceau de pain, buvait un thé et il lisait, beaucoup. Il travaillait, allait à la librairie, ses amis lui amenaient parfois de la nourriture. Nombre d’entre-eux venaient de l’institut technologique, désormais situé à une station de métro de l’appartement. À l’époque, c’était là-bas que l’on trouvait les mouvements marxistes les plus importants.

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Maria

De retour d’un voyage en Europe, Vladimir Ulyanov multiplie les lectures qui fonderont son idéologie, notamment le Manifeste de Marx et Engels qu’il ramènera dans le double fond d’une valise. C’est à ce moment qu’il commencera à écrire et à intégrer les différents groupes marxistes de la ville. Il comprendra d’ailleurs très rapidement la nécessite d’unir ces différents groupes de pensée pour arriver à ses fins, la révolution et le renversement du régime impérial. Ulyanov comprend également que la révolution doit aussi venir des campagnes, la révolution doit se faire avec eux, « il faut cultiver les gens, il faut faire la révolution avec eux » affirmait-il dans ses premiers écrits. C’est à ce moment que Vladimir Illitch Ulyanov rencontre Nadejda Kroupskaïa, professeure, sa future épouse.

À Saint-Pétersbourg, les femmes représentaient un lien entre les travailleurs et les révolutionnaires de l’université. Kroupskaïa était bien placée pour le savoir. Elle donnait des cours du soir aux ouvrières pour leur apprendre à lire et à écrire et en profitait au passage pour parler marxisme. Des mouvements de protestation étaient en cours en 1894, les ouvriers écrivaient leurs plaintes sur des papiers qu’ils donnaient à leurs femmes et Nadejda en faisait part dans les discussions à l’université.

Ulyanov part alors passer un mois en Suisse, à Genève, à la rencontre des bolcheviks Suisses. Il y reviendra quelques années avant la révolution en exil, pendant sept ans.

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Le 25 avril 1895, Vladimir Lénine est arrêté au coin de la rue, accusé avec quarante autres militants de rébellion. Il ne reviendra plus au numéro 7 de la rue Bolchoï Kazachy.

Paul Gogo

Ouest-France « En Russie, l’église en quête de ses biens »

À Saint-Pétersbourg, des habitants refusent que la plus grande cathédrale orthodoxe du monde devenue musée revienne à l’église.

L’ampleur de la protestation est plutôt inhabituelle à Saint-Pétersbourg. Des milliers d’habitants se rassemblent régulièrement depuis plusieurs semaines devant la majestueuse cathédrale saint-Isaac pour protester contre un retour du bâtiment aux mains du patriarcat orthodoxe de Moscou. Le monument devenu musée de l’athéisme pendant l’ère soviétique, puis transformé en attraction touristique et lieu d’expositions, accueille désormais près de 4 millions de visiteurs et génère plus de 12 millions d’euros par ans. Les manifestants craignent que les bénéfices de la boutique et du musée finissent dans les poches de l’église et non dans celles de la ville. Les rassemblements désormais interdits, le combat se poursuivra au tribunal.

À l’origine de ce transfert, la mairie s’est appuyée sur une loi datant de 2010. Cette loi permet à l’église de réclamer des biens qu’elle estime liés à son histoire. Mais les contours de cette loi sont flous. D’après le journal russe Novaïa Gazeta, l’enclave russe de Kaliningrad, située entre la Pologne et la Lituanie en a fait l’expérience. Ces dernières années, l’église orthodoxe s’y est attribuée les églises et châteaux locaux. Pourtant, ces bâtiments n’ont rien à voir avec la religion orthodoxe. Après avoir subi une athéisation totale durant l’ère soviétique, ces anciennes terres de l’ordre teutoniques n’ont vu l’installation de communautés orthodoxes qu’à la perestroïka. C’est l’actuel patriarche russe Cyrille de Moscou nommé archevêque de Smolensk et de Kaliningrad en 1988 qui a contribué à cette implantation.

En ce qui concerne la cathédrale Saint-Isaac, cette question historique ne se pose pas. Mais les opposants redoutent un autre risque. La loi en question n’impose pas à l’église l’entretien des bâtiments. Qu’adviendra-t-il de cette cathédrale classée à l’UNESCO ?

 

Paul Gogo