La Russie lance son exercice militaire « Zapad 2017 »

Organisé tous les 4 ans, par la Russie l’exercice militaire Zapad (ouest), a lieu cette année sur le territoire biélorusse et dans une moindre échelle, sur le territoire de la Fédération de Russie entre le 14 et le 20 septembre. Officiellement, il s’agit d’un exercice défensif. Mais nombre de pays voisins concernés par ces manœuvres y voient au mieux une réponse aux exercices de l’Otan organisés à proximité de la frontière russe, au pire, une invasion programmée des pays baltes dans une méthode déjà observée en Géorgie et en Ukraine. Au delà des inquiétudes, quelques faits sur l’exercice « Zapad 2017 ».

Des terroristes contre la Russie

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Une démonstration de l’armée russe en août dernier

« Ces dernières années, les forces armées de Russie et de Biélorussie ont observé des changements dans l’organisation des combats et des entraînements opérationnels. L’efficacité de ces changements ne peut être observée que dans la pratique » a assuré le Vice-ministre de la Défense et lieutenant général Alexander Fomin le 29 août dernier, lors de la présentation de l’exercice « Zapad 2017 », au ministère de la Défense russe.

Ces manœuvres font l’objet d’un scénario précis créé par les ministères de la défense russes et biélorusses et correspondent selon ces mêmes ministères, à une menace actuelle : Le terrorisme.

Ce terme doit s’utiliser avec précaution tant sa définition est sujette à interprétations. Par exemple, la guerre russo-ukrainienne qui a éclaté dans l’Est de l’Ukraine en 2014, a longtemps été considérée par les ukrainiens comme une opération terroriste dans le but de qualifier la Russie par la suite, d’État terroriste. Où encore, la Russie qui qualifie ses guerres de Tchétchénie comme des « opérations anti-terroristes ».

Bien que semblable à celui du « Zapad 2013 », le scénario de cette année est intéressant dans le sens où il présente de nombreuses similitudes avec le conflit ukraino-russe. Dans son organisation vu d’Ukraine, dans ses fantasmes (une opération de déstabilisation dirigée par un pays ennemi), vu de la Russie.

« L’exercice prévoit l’entrée de groupes extrémistes fictifs sur les territoires de la République du Bélarus et dans la région de Kaliningrad en Fédération de Russie dans l’objectif de mener des attaques terroristes et de déstabiliser l’union des États russes et biélorusses. Ces extrémistes simulés sont supportés par l’extérieur à travers une assistance logistique, du matériel militaire et l’aviation. Pour combattre cette attaque, les troupes devront réaliser un certain nombre d’épreuves tactiques. Dans un premier temps, le déploiement d’unités militaires des forces groupées (Russie et Belarus) dans la zone rebelle pour isoler les terroristes. Puis, l’aviation et la défense aérienne mèneront des opérations de soutien des forces terrestres et bloqueront les lignes de ravitaillement des groupes armés illégaux. Une opération spéciale sera également menée pour éliminer les groupes armés et stabiliser la situation, puis un blocus naval sera réalisé par le flotte de la Baltique (base de Baltiisk-Kaliningrad) dans le but d’empêcher les terroristes de s’enfuir.

Dans le même temps, un certain nombre d’exercices tactiques anti-terroristes seront organisés avec les hommes du ministère de l’Intérieur, la garde nationale, le FSB et les services de secours. » a expliqué le Vice-ministre de la Défense russe et lieutenant général Alexander Fomin.

D’un point de vue interne, l’objectif pour les deux armées est de tester l’efficacité de la communication, de la collaboration et de l’organisation des armées, du commandement militaire en chef jusqu’aux troupes sur le terrain (troupes terrestres, aviation, marine et artillerie) sensés faire face à cette attaque terroriste simulée, main dans la main. Des exercices basés sur la communication et les méthodes de travail des deux commandements sont par ailleurs déjà menés depuis le mois de mars, toujours dans le cadre du « Zapad ».

Peurs et fantasmes

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Une démonstration de l’armée russe en août dernier

« Depuis plusieurs mois, les médias de l’Ouest puis les politiciens ont tenté de créer un environnement négatif autour de cet événement en mettant l’opinion publique sous pression en amplifiant les allégations et rumeurs autours de cette sus-nommée « menace russe ». Ils ont suggéré les plus incroyables des scénarios, certains d’entre-eux estiment que cet exercice est la préparation d’une « tête de pont » pour une invasion de la Lituanie, de la Pologne et de l’Ukraine. Toutes ces allégations n’ont rien à voir avec la réalité. Ceci a été affirmé à plusieurs reprises par les responsables russes et biélorusses » a déclaré l’ambassade de Russie aux États-Unis début septembre. Il est vrai que l’exercice ne cesse de faire naître des inquiétudes et des fantasmes chez les voisins immédiats de ces deux pays. D’après ces pays, le « Zapad » serait un entraînement pour une future tentative d’isolement des pays baltes et les terroristes dont il est question dans le scénario russe correspondraient aux troupes de l’Otan.

La déstabilisation de la Russie par une intervention extérieure (notamment financière et américaine) fait partie des fantasmes les plus tenaces particulièrement intégrés par la société civile russe actuelle. Des fantasmes qui n’apparaissent pas sans raison, ils sont orchestrés et entretenus personnellement par Vladimir Poutine à travers ses discours et ses décisions politiques (par exemple avec les lois concernant les « agents de l’étranger »).

C’est sur ce risque, partiellement voire totalement fantasmé par les russes que se base cette démonstration ciblant clairement l’ouest, donc les troupes de l’Otan et leurs nombreuses manœuvres organisées dans la région.

La majorité des exercices auront lieu dans un pays imaginaire, la « Veyshnoria », ce qui correspond à la zone ouest-nord-ouest de la Biélorussie. L’autre partie conséquente sera organisée dans l’enclave de Kaliningrad coincée entre la Lituanie et la Pologne. Entre les deux, le passage de Suwalki, un point de crispation identifié et instrumentalisé par les acteurs de la zone depuis déjà plusieurs années. Ce passage long de 60 kilomètres représente une frontière pour la Russie, la Biélorussie, la Pologne, les pays baltes, l’Union Européenne et l’Otan. D’un point de vue militaire, il s’agit d’un point faible : dans le cas d’une tentative d’attaque ou de déstabilisation, les pays baltes et donc l’Otan seraient facilement et rapidement isolés (c’est d’ailleurs ce dont il est question dans l’exercice « Zapad »).

Par ailleurs, les pas de tir/polygones Pravdinksy côté russe (Kaliningrad) et Roujanski côté Bélarus situés aux extrémités du couloir font notamment partie des infrastructures militaires mises en alerte pour l’exercice.

Observateurs

Autres débat et rumeurs venus des pays voisins de l’exercice, le nombre de participants. Officiellement, environ 12 700 hommes participeront à l’exercice dont 7 200 soldats biélorusses et 5 500 soldats russes (la plus grosse partie de l’exercice se concentre sur le territoire biélorusse). 70 avions et hélicoptères, 680 véhicules et pièces d’artillerie (250 tanks, 200 armes de type mortiers et lance-roquettes multiples (Grad)) auxquels s’ajoutent une dizaine de navires positionnés à proximité de l’enclave de Kaliningrad. La Lituanie affirme que ce sont plus de 100 000 hommes qui participeront à l’exercice. Le débat avait déjà eu lieu lors du « Zapad 2013 », la Russie avait été accusée d’avoir utilisé beaucoup plus de soldats qu’annoncé pour son exercice

Mais dans les faits, si l’alliance Russie-Belarus peut effectivement déployer autant de troupes qu’elle le souhaite sur son territoire, elle le fait sous un œil plus ou moins attentif de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) dont des représentants ont été invités à assister à la phase finale de l’exercice. L’OSCE, dont la Russie est membre, impose des limites ainsi qu’une relative transparence à l’exercice. D’après le « Document de Vienne – 2011 », les pays qui souhaitent organiser des exercices militaires doivent inviter un certain nombres de représentants de l’organisation, et le nombre total de personnels impliqués ne doit pas dépasser les 40 000 hommes et 900 tanks ou 2 000 véhicules de combats amphibies ou 900 pièces d’artillerie. Face aux nombreuses rumeurs faisant état de la présence de 100 000 hommes au « Zapad 2017 », le ministère de la Défense russe a multiplié les déclarations ces derniers jours, assurant respecter le règlement imposé par l’OSCE.

Les représentants de l’OSCE ne seront pas les seuls à avoir un œil sur l’exercice. Le ministère de la Défense russe a déclaré fin juillet avoir envoyé des invitations pour observation aux membres de l’Organisation du traité de sécurité collective qui unit la Russie, l’Arménie, la Biélorussie, le Kirghizstan, le Kazakhstan et le Tadjikistan (ОДКБ), l’Union économique eurasiatique (ЕАЭС), la Communauté des États indépendants (СНГ), l’OTAN et donc, l’OSCE. À ces observateurs s’ajoutent la présence des attachés militaires des chancelleries étrangères représentées à Moscou, invités à venir observer la phase finale de l’exercice en présence de Vladimir Poutine, lundi 18 septembre, sur le polygone de Luzhsky, dans la région de Saint-Pétersbourg.

Répliques à l’exercice

 

Déjà échaudés par l’exercice « Joint sea 2017 » mené conjointement par la Russie avec la Chine, et lancé en août dans la mer Baltique (fin prévue mi-septembre), d’autres pays ont décidé de contrer la communication russe en organisant leur propre exercice militaire.

L’Ukraine a débuté le sien lundi en organisant des manœuvres impliquant quinze pays, dont les États-Unis. Cette démonstration est menée annuellement sur la base de Yavoriv (ouest de l’Ukraine) depuis le début du conflit dans l’Est du pays, en 2014. 2 500 hommes participeront à cet exercice nommé « Rapid Trident » et ce, jusqu’au 23 septembre.

Lundi 11 septembre, c’est la Suède qui a également lancé son exercice militaire, nommé « Aurora 17 » (voir photos). Cet exercice inédit qui mettra en alerte la moitié de l’armée suédoise, durera trois semaines et sera organisé en présence de soldats américains, français, danois, estoniens, lituaniens et finlandais. Le scénario de cet exercice représente une vraie réponse à celui de la Russie. 20 000 soldats vont simuler une « attaque de la Suède par un pays fictif venu de l’Est ». Cette attaque fictive se déroulera sur l’île de Gotland (mer Baltique) remilitarisée en vitesse durant ces derniers mois, par peur d’une tentative de déstabilisation russe. Une unité blindée américaine sera de la partie. Une vraie réponse de l’Otan (dont la Suède ne fait pas partie pour le moment), à l’alliance Russie-Bélarus.

Paul GOGO

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Les songes de Maryia

Maryia est infirmière volontaire intégrée dans l’unité 92 de l’armée ukrainienne basée à Marinka, à l’ouest de Donetsk. Le ministère de la défense souhaite en terminer avec l’époque des volontaires en les faisant signer dans l’armée. Pour Maryia, c’est un vrai choix de vie.

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Au loin, les faubourgs de Donetsk. (Olya Morvan/Hans Lucas)

          Nestor entre timidement dans la cuisine de son appartement. Les fenêtres sont calfeutrées, protégées par des sacs de sable, il faut prendre le risque d’ouvrir la porte qui mène au balcon pour éclairer la pièce. C’est ici qu’il vit, avec quelques hommes de son unité, dans cet immeuble jadis occupé par des civils ayant désormais quitté la ville. La cuisine est organisée de façon anarchique mais pratique, comme c’est souvent le cas lorsque l’armée investit un appartement. Le réfrigérateur de la cuisine est criblé de balles. Dans ce quartier, les balles venues de Donetsk ont une fâcheuse tendance à traverser les murs. La dernière fois que c’est arrivé, c’est dans Nestor que la balle a terminé sa course après avoir traversé les murs de l’appartement. Pile entre les deux yeux.

Maryia, érigée infirmière de l’unité 92 à 25 ans, soulève à son tour le voile qui sépare la cuisine du reste de l’habitation et dépose tout son matériel médical sur la table. Nestor le miraculé s’assoie sur une vieille chaise en bois tandis qu’un de ses collègues met de l’eau à chauffer pour préparer du thé. Maryia retire le pansement qui lui recouvre le front. La balle n’a fait que rebondir sur son crâne, sa plaie est plutôt superficielle quoique bien moche. « Je ne savais même pas que c’était possible, arrêter une balle avec son front… » s’amuse-t-il devant l’assistance. Personne ne l’imaginait effectivement possible. L’infirmière lui retire le pansement gorgé de sang et de désinfectant en douceur puis nettoie de nouveau la plaie avant d’y réinstaller un pansement. Alors que le thé est servi, des combattants font des allers-retours dans la cuisine pour venir y piocher des gâteaux fournis par l’armée par centaines. Dehors, ça gronde, ça tire en rafale, les deux collègues de Maryia, Viktor, 32 ans, le chef du groupe et « Soupchik », 21 ans s’éloignent de la porte ouverte du balcon. « Ça va, ça va, c’est “nach”, notre » lancent-ils pour se rassurer.

« Je voulais m’engager pour soigner. J’ai fait des études d’aide-soignante puis j’ai effectué de nombreuses formations, notamment pour apprendre les bases de la médecine d’urgence. Le premier urgentiste est à 15 minutes d’ici. Si un homme est gravement blessé, je dois maîtriser la situation pendant au moins un quart d’heure » raconte-t-elle devant les soldats admiratifs. Mais l’infirmière a déjà fini son travail, elle engloutit son thé et l’équipe retourne à la base. Dans l’ambulance couleur camouflage, les différents instruments et médicaments voltigent de tous les côtés. Il s’agit de passer de bâtiments en bâtiments le plus rapidement possible, le quartier est régulièrement arrosé à l’arme automatique et sur ces routes boueuses trouées de toutes parts, la conduite est sportive. L’ambulance contourne le QG de l’équipe de médecins puis pile en se garant dans son emplacement, une place entourée de sacs de sable située contre le bâtiment, à l’abri des regards séparatistes.

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Sommeil volé en journée. (Olya Morvan/Hans Lucas)

L’immeuble, le QG des médecins volontaires hébergés dans ce bataillon est un ancien hôpital qui abritait il y a quelques mois encore les vétérans des différentes guerres auxquelles a été mêlée l’URSS. Quand la ville de Marinka s’est retrouvée au cœur de cette ligne de front, les vétérans ont laissé leur place aux futurs vétérans, ceux de cette guerre du Donbass. Le bâtiment, ce qu’il en reste, est digne d’un décor de film. Trois étages à monter par la cage d’escaliers extérieure et l’équipe entre dans un grand hall jadis vitré. Les rafales de vent traversent désormais le hall détrempé, faisant bouger tout ce qui pend, câbles, morceaux de plâtres et plaques de métal. Puis ils passent de la lumière du hall aux couloirs sombres menant aux chambres, des armes de tous calibres traînent par terre avec quelques munitions. Le long couloir enfumé par les feux des poêles est parcouru de divers câbles pendus au plafond, il y a de l’électricité dans presque toutes les chambres de l’étage. Enfin, l’équipe atteint un second hall, celui des ascenseurs, qui fait désormais office de cuisine. Sur un mur, une croix rouge, c’est la chambre de Maryia et de ses deux collègues.

Le cosaque

La jeune infirmière entame déjà sa troisième cigarette de l’heure, affalée sur l’un des trois lits, une planche posée sur un sommier fait de ressorts. Un pantalon treillis, un t-shirt gris, des cheveux blonds aux reflets bruns ou le contraire, des joues généreuses, des yeux bleus et un sourire qu’elle tente de contenir, échouant régulièrement. Au-dessus d’elle, deux lance-roquettes et une kalachnikov sont accrochés au mur. Sous son lit traîne comme un mouton de poussière une petite roquette grise métallisée. Le balcon de la chambre est recouvert de plaques de métal. Des sacs de sable recouvrent le mur qui donne sur l’extérieur. Le poêle laisse échapper un peu de fumée, plongeant la pièce dans un brouillard d’autant plus dense qu’on y enchaîne les cigarettes. Les murs sont recouverts de coloriages patriotiques envoyés par des écoliers. On y voit des avions de chasse ukrainiens sur un fond bleu, des enfants avec des fleurs. Les enfants ont usé de stratagèmes pour faire deviner l’ennemi sans jamais le dessiner. Dans le Donbass, peu de choses distinguent l’ennemi de son propre camp.

Des cris émanent de la cuisine, c’est le commandant qui s’énerve « mais comment tu oses t’endormir sur les checkpoints ? Tu fais comment si on t’attaque putain ? » L’homme harangué prétexte être malade et frappe aussitôt à la porte de l’infirmerie : « Bonjour, Je m’endors souvent sur les checkpoints, je suis malade, auriez-vous des médicaments pour me soigner ? »

A soldier is being treated by nurse Masha.
Le Cosaque épuisé (Olya Morvan/Hans Lucas)

« Nous allons voir ça », lui répond doucement Maryia en lui prenant la tension. Le soldat, petit bonhomme rond semble récupérer rien qu’en ayant la possibilité de passer un peu de temps dans un endroit chaud. Et surtout, de discuter. L’infirmière lui installe une perfusion censée lui redonner un peu d’énergie et quitte la pièce le temps d’aller nettoyer ses instruments.

« Je suis arrivé ici à l’occasion de la troisième vague de mobilisation » explique-t-il. « Mon fils a fait partie de la 1ère vague. J’étais très inquiet de le savoir à la guerre, il était dans la région de Lougansk, je dois avouer que ça a été un bonheur quand il est rentré, mais la guerre a fait de lui un homme » confie-t-il.

« Et me voilà maintenant ici. Mais je me dois d’être-là, je suis un ancêtre des cosaques, je suis de Poltava, la région des cosaques, mon père vivait en Russie, en Sibérie, aussi chez les cosaques, c’est culturel chez nous de se battre pour notre terre. Pour être honnête, je suis content d’être ici. J’ai une femme, elle est agricultrice, deux enfants et même un petit fils mais pour moi c’est comme si on m’envoyait en vacances pour six mois » estime-t-il. Mais depuis qu’il s’est lancé dans ce récit, des larmes perlent sur son visage. Il n’est pas malade, il le sait, il est juste physiquement et mentalement épuisé. Maryia qui s’était absentée quelques minutes refait son apparition, l’homme sèche rapidement ses larmes.

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Maryia à l’heure du repas. (Olya Morvan/Hans Lucas)

Songes existentiels

La perfusion se termine, le soldat attrape une cigarette, Maryia en a déjà une nouvelle à la bouche. L’homme se met à parler de son passé dans l’armée rouge, et de son frère installé à Krasnodar en Russie. « Mon frère comprend tout à fait ce qu’il se passe ici » raconte-t-il, ne s’exprimant plus qu’en regardant l’infirmière qui échappe à tous les regards. Le soldat a visiblement besoin de parler, de s’extraire de sa vie quotidienne plus que de médicaments. Mais Maryia est froide, et « Soupchik » entre dans la chambre, tout sourire. La jeune femme lui lance sur un ton maternel, « c’est la guerre dehors ? »

« Oui ! », répond le jeune combattant, tout souriant, content de lui comme s’il avait fait une bêtise.

Toute la chambre fait semblant de ne pas entendre ce qui se passe dehors mais depuis une heure, les combats ont repris. Dans la matinée, une unité d’élite partie faire du renseignement côté séparatiste, est revenue, a débriefé, puis a lancé les combats à l’arme automatique. Les séparatistes, eux, ont ensuite répondu avec de l’artillerie lourde.

Écouter un son enregistré depuis la chambre de Maryia

Un autre soldat entre dans la chambre pour poser son sniper le temps d’aller boire un thé dans la cuisine. « Je viens de descendre un séparatiste, ça c’est fait ! Mais malheureusement on n’a pas pu récupérer le corps » s’écrit-il, en quittant la pièce, suivi par le triste bonhomme déprimé.

Une nouvelle cigarette à la main, Maryia s’explique sur sa froideur, « c’est vrai que je ne rentre pas trop dans la discussion avec eux parce que je ne veux pas m’attacher. On ne sait jamais, je peux être amenée à récupérer leurs cadavres un jour ».

Elle se lève, attrape une gamelle métallique et va chercher sa ration de patate au lard dans la cuisine puis revient s’allonger dans son lit et veiller jusqu’à minuit, l’heure à laquelle les combats se calment généralement. Une sorte de permanence qu’elle tient en cas de coups durs. Une position de tir ukrainienne est installée sur le toit, quelques étages plus haut. Les murs tremblent et les esprits sursautent lorsque reprennent les tirs. Puis quelques minutes après, c’est au tour de l’artillerie séparatiste de répondre et de venir s’évanouir dans les gravats des immeubles du quartier, délaissés par les civils. Les explosions sont sourdes, elles prennent un coté irréel sans les images. L’un de ces obus termine au pied du balcon de la chambre, des éclats volent jusque dans les plaques de métal protégeant la pièce.

Mais allongée dans son lit, Maryia est concentrée sur autre chose. On ne peut pas penser à la guerre en permanence, il faut savoir décrocher, retrouver ses songes pour ne pas se laisser envahir par ses bruits sourds et tremblements. Et c’est un songe particulièrement existentiel qui occupe les trois membres de l’équipe. L’armée, ses services administratifs, ne cessent de relancer Maryia, Viktor et « Soupchik » sur une question: Souhaitent-ils s’engager dans l’armée pour les trois prochaines années?

« Ils attendent une réponse dans les jours qui viennent, les volontaires de l’armée sont amenés à disparaître, nous sommes les derniers. Mais s’engager pour trois ans, c’est … différent » explique Maryia.

« Nous faisons partie d’un groupement appelé «armée des volontaires », ce groupe de volontaires présents partout sur le front sont en fait majoritairement des anciens du bataillon de volontaires (nationalistes) « Pravii Sektor » raconte Viktor, l’ancien professeur d’histoire devenu tatoueur puis soldat. « Désormais nous devons quitter le front ou nous engager, mais trois ans, c’est long » explique-t-il à voix haute. « Oui, c’est long, ça fait déjà deux ans que nous sommes ici, rempiler pour trois ans, c’est un choix de vie » lance Maryia. En Ukraine, près de 65 000 personnes ont déjà signé pour le front.

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Maryia en discussion avec ses collègues le temps de réchauffer un flacon. (Olya Morvan/Hans Lucas)

Les sens de la guerre

Le commandant frappe à la porte. « Eh le français ! Tu veux voir ce qu’il se passe dehors ? ». Viktor nous escorte dans le couloir de l’hôpital. Il fait noir, c’est enfumé, le béton vibre des tirs d’artillerie, il frappe à l’une des portes.

Dans la pièce, un petit homme est affalé dans son fauteuil. À la vue des visiteurs, il coupe précipitamment le film qu’il était en train de regarder sur son ordinateur. À côté, un autre écran d’ordinateur et sur cet écran, la guerre en direct. Des images infrarouges de caméras de vidéo-surveillance positionnées sur le terrain, en direction de Donetsk. C’est un écran en noir et blanc qui permet de mettre des images sur les sons que l’on entend aveuglement lorsque l’on vit à l’abri des tirs. Les images surréalistes font froid dans le dos. On y voit au premier plan un petit étang puis une grande plaine parcourue par des lignes électriques. Au fond, une série de terrils plus ou moins hauts depuis lesquels tirent les séparatistes. Et en haut à droite de l’image, des dizaines de lumières, les lumières des faubourgs de Donetsk situés à deux kilomètres de la périphérie de Marinka. Régulièrement, des traînées blanches traversent l’écran pour exploser à proximité des caméras. Elles sont parfois plusieurs à illuminer le paysage pendant quelques secondes comme des fantômes, soldats de la mort qui font des allers-retours entre deux positions invisibles. Car aucun homme n’apparaît sur les différentes images des caméras. Il faut connaître les emplacements des différentes positions par cœur pour comprendre ce qu’il se passe, là, dehors, derrière les murs de sacs de sable.

Juste avant que le commandant ne revienne en trombe dans la pièce, un tir violent, a atterri dans l’angle gauche de l’écran, faisant trembler l’immeuble «dans la vraie vie». « Repasse-moi les images du tirs. Merde, c’est pas bon ça » grogne-t-il, puis il attrape un chaton qui se promenait dangereusement dans les nœuds de câbles et de fils électriques et le pose sur ses genoux. « Il est tombé où ? Ah, c’est pas loin ça », il prend son talkie-walkie « c’est tombé près de chez vous, ça a touché l’immeuble ? » s’écrit-il, en caressant son chaton.

Dans la pièce d’à côté, une sonnerie de téléphone d’une autre époque retentit, un «dring-dring» froid et fort que l’on a perdu l’habitude d’entendre. « C’est trop dangereux pour nous de communiquer par talkie-walkie, ils nous écoutent de l’autre côté. Du coup, nous avons récupéré ce vieux poste qui est relié par câbles à toutes nos positions » raconte le commandant. Une épaisse liasse de câbles traverse le mur de sacs de sable pour rejoindre le gros boîtier fait de bois. Quand une position appelle, le téléphone sonne et le voyant rouge s’allume. Pour faire passer son message, le soldat en charge de la communication doit tourner une manivelle. « Ce n’est pas super moderne mais en communiquant par téléphone, nous prenons le risque de nous faire couper le réseau, et par talkie-walkie… Nous nous écoutons tous au point de parfois finir sur les mêmes ondes. Ça peut nous arriver de discuter avec les séparatistes même si le plus souvent ils en profitent pour nous insulter ».

« Venez, on va vous montrer quelque chose » lance Viktor. De l’autre côté du bâtiment, une autre chambre dans laquelle s’est installé un militaire arrivé dans l’après-midi ordinateur à la main. Avec deux autres militaires, ils sont installés dans cette chambre vide, occupés à sonder les ondes de la région. « Contrairement aux séparatistes, nous ne communiquons que très peu avec nos talkie-walkie. C’est un avantage que nous avons sur eux. Surtout que généralement, dans le feu de l’action, ils oublient de prendre des précautions lorsqu’ils se balancent leurs positions » raconte l’homme, assis devant son ordinateur.

L’esprit Maidan

« Je fais comment pour me rendre sur ma position si j’ai pas de voiture, putain ? Ils sont où nos véhicules ? J’ai plus de chauffeur, plus de voiture, je fais comment pour vous envoyer vous battre, putain ? La voiture devait être revenue à 9h, il est 9h20, elle n’est toujours pas là, je fais comment, putain ? » Ce matin, c’est le commandant d’une position qui réveille Maryia. Dans le couloir, il houspille un homme ayant cassé l’une des rares voitures du bataillon. La nuit a été calme mais les soldats ont tout de même retrouvé un obus de 122 mm dans le toit de l’immeuble, sûrement l’un de ceux qui ont plu sur le quartier la veille. Mais l’infirmière est encore endormie lorsqu’un jeune homme, les yeux cernés au point d’être marrons, entre dans la pièce. Timide, la capuche treillis sur la tête, une rose à la main, ses regards gênés furtivement lancés en direction des intrus poussent à s’échapper de la chambre.

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Maryia. (Olya Morvan/Hans Lucas)

Viktor, le chef de cette petite brigade de médecins volontaires entre à son tour dans la chambre. Il est vexé. Son ambulance est en panne et il a appris en revenant du garagiste qu’un homme blessé dans la nuit avait été soigné sans que ne soit fait appel à la fine équipe. Le sujet est sensible car les trois tentent de montrer qu’ils sont indispensables, rêvant de conserver ce statut d’intermittents de la guerre non rémunérés. Le tout, dans cette omniprésente réflexion: rejoindre l’armée ou non ? L’armée est envahie de nouvelles recrues sous contrat venues y gagner quelques sous. L’aventure rémunérée à l’autre bout du pays plutôt que le chômage alcoolisé à la maison. Mais Maryia et ses amis sont loin de cet esprit, c’est Maidan et son esprit romantique de volontariat et de solidarité qui les ont amené à rejoindre le front.

Signer un contrat, c’est devenir un professionnel de la guerre. Chacun pèse le pour et le contre de son côté, la jeune femme casse les assourdissantes réflexions silencieuses et relance : « Pourquoi nous battons-nous encore ici aujourd’hui ? Notre quotidien est au final plutôt calme…

« Ça serait six mois ou un an, je signerais sans réfléchir, mais trois ans c’est long, c’est un choix d’avenir ».

La jeune volontaire ne cache pas son appartenance à un milieu social aisé. Forcément, son entourage n’a pas compris qu’elle utilise son diplôme d’aide-soignante pour partir au front. « Ma mère n’aime pas me savoir ici. Elle ne connaît personne dans son entourage dont les enfants sont au front, elle ne comprend pas pourquoi elle doit subir cette situation. Elle me dit souvent que je me bats pour les intérêts des gouvernements. Mais mon copain se bat aussi au front, je ne pouvais pas ne pas m’engager. Et puis ma grand-mère me soutient. Elle a vécu la seconde guerre mondiale, elle est fière que je me batte. A la maison, elle enregistre tous mes passages à la télévision sur une cassette » explique-t-elle.

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Maryia et sa seringue. (Olya Morvan/Hans Lucas)

« Je rêve d’être professeur des écoles, c’est peut-être l’occasion de me lancer, car qui voudrait confier ses enfants à une femme qui a passé cinq ans sur le front ? » Viktor la coupe en rigolant, «personne, ça c’est certain ! Moi je n’ai pas de plans pour la suite, on ne sait pas ce qui peut arriver dans les deux minutes qui viennent, alors ça n’a pas de sens d’essayer de faire des plans pour le futur. Mais je dois avouer que trois ans c’est long, je ne sais pas si je veux continuer à me battre sur ce front… D’un autre côté, j’habite à 200 kilomètres d’ici, ce n’est pas juste pour la guerre que je suis là, c’est aussi parce que c’est chez moi. L’Europe et les USA nous aident mais si nous ne sommes pas sur le terrain pour arrêter les tanks, ils iront jusqu’à Kiev !»

Maryia s’amuse à charger et décharger une kalachnikov qui traînait sur son lit, « je ne sais pas, j’ai déjà sacrifié deux ans de ma vie à la guerre. J’ai 25 ans, je pense que c’est assez… »

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Maryia enlace « Soupchik » de retour du front. (Olya Morvan/Hans Lucas)

« Gardez la santé »

La réflexion collective est alors interrompue par l’arrivée d’un nouveau visiteur, un soldat qui vient chercher sa piqûre. Malicieusement, Maryia lui propose de lui faire sur les fesses. « Je pourrais totalement la faire ailleurs mais autant en profiter » chuchote-t-elle. Mais le copain de Maryia fait justement son entrée et enlace aussitôt son infirmière de copine. L’homme a 40 ans, il en parait encore plus, longue barbe, pas rasé, un bonnet bleu vissé sur la tête… L’amant anonyme de l’infirmière se bat sur une position ukrainienne située au nord de l’aéroport de Donetsk, lui a signé dans l’armée, mais se garde bien de conseiller sa dulcinée sur le sujet.

La nuit s’installant, c’est l’occasion pour les soldats de relancer la bagarre. Ce soir, c’est le camp d’en face qui relance les hostilités. Un homme entre dans la chambre, « qui veut écrire un message pour les séparatistes sur ma roquette ? Je vais la lancer demain matin » s’exclame-t-il comme un enfant. La jeune femme pose la roquette sur ses genoux et écrit « Et surtout, gardez la santé ! » Puis l’homme quitte la pièce en secouant sa roquette dans tous les sens.

« Tiens, puisque les combats reprennent, ça vous dit d’aller voir sur le toit comment ça se passe ? » propose Viktor. Maryia s’y oppose vivement mais trop tard, les gilets pare-balles et les casques sont déjà enfilés.

Le point d’observation du front est situé sur le toit de l’hôpital. La guerre peut parfois se retrouver à une rue de chez soi. Une rue calme, des maisons aux cheminées fumantes, puis, à l’extrémité d’un terrain vague, le chaos. C’est la même chose dans cet immeuble. Il y a la cuisine fumante, paisible, que le cuisinier s’efforce d’alimenter en repas copieux trois fois par jours. Puis, il y a la porte de la cuisine menant vers la cage d’escalier, elle est située à côté des deux ascenseurs hors service. Pour rejoindre le toit, il faut passer cette porte et monter les trois étages en courant dans le noir afin de ne pas attirer les tirs.

Écouter un son enregistré sur le toit de l'immeuble.

En haut de l’immeuble, une mitrailleuse et des caisses de munitions. La guerre fait rage tout autour du bâtiment. À Marinka, la guerre se fait de terrils en terrils et d’habitations en habitations. Collés au mur extérieur de la cage d’escalier, la vue est impressionnante. Les tirs semblent venir de nulle-part. Une fois encore, aucun homme à l’horizon, seulement des traînées rouges et jaunes qui traversent le ciel comme de rapides étoiles filantes mortelles. Les explosions dues à l’artillerie employée par les séparatistes sont proches et violentes, l’immeuble tout entier est secoué. Les ukrainiens situés à l’arrière de nos positions tirent à l’arme automatique, les balles fusent et sifflent à quelques mètres. Tout se mélange, une explosion à gauche, des balles glissent à droite, d’autres nous étant destinées à gauche. Des positions ukrainiennes nous tirent dessus sans nous toucher, les conflits internes reprennent parfois vie sur le terrain…

La pression

Ce matin, les tirs sont rares. Dans les rues ravagées du quartier, quelques soldats osent même revenir du centre-ville à pied, sans courir. Le ciel est bleu et l’absence de tirs a permis de remplacer les aboiements des chiens par les chants des oiseaux. Pour Viktor et « Soupchik », c’est l’occasion de s’entraîner au tir sous le regard désapprobateur de Maryia. Depuis le couloir de l’hôpital, les balles sont tirées d’un bout à l’autre et finissent leur course dans l’immeuble d’en face. Mais la jeune infirmière se glisse discrètement dans une pièce pour répondre au téléphone, une amie l’appelle pour discuter de son éventuel engagement dans l’armée.

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En attendant la fin des bombardements. (Olya Morvan/Hans Lucas)

Puis c’est Viktor qui doit interrompre son entraînement pour répondre au téléphone, « je réfléchis, trois ans c’est long, j’ai besoin de temps pour décider mais il est clair que le gouvernement ukrainien nous met la pression » explique-t-il à une connaissance. Finalement c’est un autre soldat qui coupe l’entraînement : « Quelqu’un s’est plaint de la présence de journalistes dans le bataillon, il faut les évacuer avant que le commandant ou le SBU (services de sécurité) n’arrive ».

Maryia qui était à l’écart n’a pas entendu l’annonce et poursuit sa discussion au téléphone, elle prononce quelques derniers mots : « Si on veut signer le contrat, il va falloir se décider rapidement ou nous allons être remplacés… »

Paul Gogo

Photos d’Olya Morvan, à retrouver sur son site

Sea, mines and sun

Lorsque le conflit a éclaté dans l’Est de l’Ukraine, au sud, c’est au niveau de Shirokine, ville coincée entre la mer d’Azov et Donetsk que la ligne de front a commencé à fluctuer. En 2014, les séparatistes ont investi le centre-ville de Marioupol situé à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Shirokine, puis les ukrainiens ont repoussé le front au-delà de la ville, à quelques kilomètres à l’est de la ville. Enfin, après une période d’incertitude et de combats, Shirokine est devenue ligne de front, sûrement pour un moment.

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Une position séparatiste abandonnée estampillée « DNR » et « Novorossiya » à Shirokine

           La première fois que j’ai pu approcher Shirokine, c’était un an plus tôt, quasiment à la même période, juste avant Noël. Nous étions une petite dizaine de journalistes à avoir fait la demande d’accès à la zone. Kiev nous avait affecté un officier chargé de la presse pour nous escorter sur zone. Nous l’avions attendu près de deux heures à un checkpoint avant de prendre la route vers les positions ukrainiennes en escaladant péniblement les collines de la région en Lada. Puis nous avions atteint une position toute fraîche, encore en construction, c’était juste avant la prise de la ville par les ukrainiens. Les pelleteuses creusaient des tranchées, des camions de l’armée amenaient des troncs d’arbres ensuite découpés et posés sur des conteneurs enterrés quelques mètres sous terre. Des conteneurs offerts par les dockers de Marioupol. Le tout était censé protéger les soldats des tirs d’artillerie. Les positions séparatistes étaient en bas de la plaine, en direction de la mer et tiraient quelques balles de temps en temps. Mais à l’époque, Shirokine était séparatiste le jour, ukrainienne la nuit, et inversement. Les snipers faisaient la loi, les habitants avaient été évacués du centre. Au bout d’une demi-heure, un homme avait accepté de nous emmener à proximité de la ville, à un kilomètre de l’entrée de la ville. Une carcasse de voiture trônait à côté du panneau « Shirokine, 1 kilomètre », en s’approchant d’un buisson, nous avions débusqué malgré nous trois snipers ukrainiens surpris en plein travail. Ils avaient eu la peur de leur vie, le soldat qui nous accompagnait avait eu le droit à une soufflante digne de ce nom.

Un an plus tard, avec ma camarade photographe Olya, nous refaisons une demande d’accès auprès de l’officier en charge de la presse.

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Olya photographiant une mine

Sacha a eu une grande carrière dans l’armée. En fin de carrière, quelques semaines plus tôt il a demandé à l’état major s’il pouvait être chargé de la presse. Aujourd’hui, c’est lui, grand, maigrichon, casquette treillis vissée sur la tête, la cinquantaine et une kalachnikov en bandoulière portée dans le dos comme un sac, qui nous accueille à l’entrée de sa base, l’aéroport désormais militaire de Marioupol. J’ai vu les ukrainiens barricader cet aéroport, deux ans auparavant, lorsque les séparatistes avaient tenté de prendre la ville. Cet aéroport doit son salut au fait qu’il soit situé à l’ouest et non à l’est de la ville. Désormais, plusieurs checkpoints en protègent l’entrée, le territoire entier est protégé par des murs de blocs de béton. C’est également Sacha qui nous a trouvé notre voiture, une vieille voiture d’une marque soviétique quelconque, dont le conducteur est un camarade de pêche de longue date.

Nous traversons Marioupol d’Ouest en Est pour rejoindre la zone fermée, à quelques kilomètres de la banlieue de la ville. Un jeune soldat nous fait signe de nous arrêter à un checkpoint, notre officier descend lui parler. « Bonjour, j’accompagne deux journalistes français, nous allons à Shirokine, par où peut-on passer ? » « Personne ne passe ! » répond sèchement le gamin en treillis.

Embêté, notre officier passe des coups de fil et demande à un soldat de nous rejoindre. Olya tente de négocier avec le jeune soldat. « Nous organisons un concert dans la base cet après-midi, donc personne ne rentre dans la base » réplique-t-il. Les soldats ont juste honte de se montrer devant un concert.

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Concert au bord de la mer pour les soldats ukrainiens

Une vieille camionnette verte arrive à toute vitesse et passe le checkpoint. Ce sont des bénévoles qui viennent assister au concert. L’un d’entre-eux vient nous saluer. « Ah, mais vous voulez voir le concert ? Venez, je vais vous y accompagner » propose-t-il.

« Tu imagines, ce bénévole a plus de pouvoir que notre officier, on n’est pas arrivés à Shirokine… » me chuchote Olya.

Les soldats sont rassemblés dans une ancienne villa avec vue sur mer désormais partiellement détruite. Le salon vitré est explosé, deux tanks sont rangés dans la pièce d’à côté qui ne fait désormais plus qu’une avec le garage. Le quartier est ravagé, le sol est jonché de verre et de morceaux de béton, la mer est à une centaine de mètres. La vue est magnifique. Dans le garage, une jeune fille blonde en treillis joue de la guitare devant une dizaine de soldats. Certains filment le petit concert avec leurs téléphones, d’autres sont occupés à nettoyer leurs armes. Un homme est attablé, son sniper en morceaux dans les mains. Le tout astiqué et remonté, il vérifie que la lunette de son outil de travail soit bien ajustée en visant la chanteuse pas déstabilisée pour un sou. Fin de la chanson, nous quittons les lieux avec un soldat chargés de nous faire visiter Shirokine arrivé entre temps.

La zone est vallonnée. En temps normal il serait agréable de marcher pendant des heures à travers les plaines ensoleillées donnant sur la mer. Mais cette fois-ci, il faudra se concentrer sur les mines et les tirs. Nous arrivons en haut de la plaine, il n’y a pas âme qui vive, mais le chauffeur s’écrit brusquement

– « Oh regardez sur la route!

– Quoi, quoi? Une mine?

– Non, non, une grue cendrée, si seulement j’avais un fusil.. »

Le temps de retrouver un battement de cœur convenable, et nous atteignons un mur de béton disposé au milieu de la route. Une seule solution, le contourner en passant par le champ.

« Attendez, je vais passer un coup de fil pour m’assurer que le chemin n’est pas miné, c’est bizarre que la route soit barrée à cet endroit-là » lance l’officier. Le coup de téléphone passé, la voiture grimpe sur le champ et en redescend en tapant violemment le pare-chocs sur le béton. « Maintenant, soyons vigilants, tout le coin est miné » ajoute notre accompagnateur en coupant une conversation chasse et pêche entre l’officier et le conducteur de la voiture.

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Le sol de Shirokine recouvert de douilles

Nous descendons une route sur 300 mètres puis nous atteignons l’entrée de Shirokine. « Continuons à pied. Le taxi tu nous suis, sois près à décoller si jamais ça tire et surtout fait attention aux mines » ordonne le soldat. Une maison sur deux est détruite, elles ont servi de bases et de positions pour les séparatistes, puis pour les ukrainiens. Au milieu, les civils qui ont maintenant tous déserté le coin. Peu de journalistes ont eu l’occasion de se promener aussi longtemps dans les rues de Shirokine tant les combats ont été violents. Tous les trente mètres, des mines sont plantées dans le béton, parfois au milieu de la route, souvent sur les bas-côtés. Dans certains jardins détruits, d’anciennes positions séparatistes n’ont pas bougé d’un poil. Des caisses de munitions aux couleurs de la « Novorossyia » ou de la « République populaire de Donetsk », des sacs de nourritures estampillées « rationnement, armée russe » (que j’avais déjà eu l’occasion d’apercevoir en grand nombre ailleurs dans le Donbass côté séparatiste) et un sol recouvert de douilles en tous genres. « Les séparatistes ont dû quitter le coin rapidement, il reste même leurs boites de conserves et leurs vêtements » nous explique le soldat. Partout sur le bas-côté, des chaussures et des manteaux défoncés et déchirés. Dans un virage, un camion de l’armée entièrement brûlé rouille depuis quelques mois. « C’est un de chez nous, le camion transportait des hommes, il a été attaqué en début d’année, une dizaine d’ukrainiens y ont péri » raconte le soldat. Parfois, des voitures explosées apparaissent dans les entrées des maisons. « Nous avons estimé qu’une maison du quartier était complètement détruite chaque semaine durant l’année 2015 » précise-t-il.

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L’école de Shirokine

Puis nous atteignons l’école de Shirokine. Elle est elle aussi complètement ravagée. Il n’y a plus une seule vitre en place, certains étages se sont effondrés. « Regardez cette petite boule blanche et noire nous lance le soldat. C’est une grenade non explosée. Elle est très sensible aux changements de température et bien sûr, aux chocs. Donc faites super attention aux endroits où vous marchez, il y en a partout ». Nous entrons dans le bâtiment en zigzaguant, il faut aussi fait attention aux planchers troués. La classe de mathématiques offre une vue incroyable sur la mer d’Azov au premier étage. Au loin, au niveau de la côte, quelques tirs à l’arme automatique et parfois des tirs d’artillerie résonnent. Les tableaux verts des différentes classes sont recouverts de messages patriotiques et/ou de menaces, au cas où l’ennemi viendrait se balader côté ukrainien dans la nuit. C’est toute l’ironie de la guerre, ces tableaux destinés à l’éducation désormais au milieu d’une guerre servent désormais à marquer (à la craie) le territoire des différents bataillons.

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Une classe de l’école de Shirokine
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Un tableau de l’école de Shirokine
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La cantine de l’école de Shirokine

Au rez-de-chaussée, la cantine a l’air d’avoir été abandonnée rapidement. Tout est ravagé, mais étrangement, une pile instable de verres trône encore miraculeusement au milieu de la pièce. La pièce d’à côté faisait office de musée, les statuettes sont désormais en miette. Le célèbre perchiste du Donbass Sergeï boubka est omniprésent dans cette école, en photo, en statuettes. Il a en grande partie financé la rénovation de cet établissement, l’une de ses statuettes est encore posée à l’extérieur de l’école, à côté de celle d’une femme nue, debout toutes les deux.

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Une statuette de Sergeï Boubka déposée dans la cour de l’école de Shirokine

Nous rejoignons une position de l’armée située en contre-bas dans un quartier à l’origine uniquement composé de maisons de vacances avec vue sur mer. L’ensemble du quartier est désormais occupé par l’armée, il s’étire sur quelques centaines de mètres entre la mer et une colline, en direction de Marioupol. C’est le quartier le plus dévasté qu’il m’est été donné de voir en Ukraine. Il est composé d’une grande rue d’où partent une quinzaine de rues perpendiculaires. Le goudron de la rue n’est plus visible tant il y a de débris pour le recouvrir. Des garages sont ouverts, laissant entrapercevoir la vie qu’on pouvait jadis y trouver. Des vélos, des jouets pour enfants, tout a été détruit et/ou pillé par les différents occupants du quartier. Sur la porte d’un garage, un tag annonce : « Nous tirons sur les « journalopes » de 6h à 18h », un tag peut être issu de la « période séparatiste » mais que les ukrainiens se sont bien gardés d’effacer. Car c’est le bataillon en majorité composé de néo-nazis « Azov » qui a longtemps tenu ce front sud.

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Sur la plage de Shirokine, « on tire sur les « journalopes » de 6h à 18h »

« Avant, il y avait plein de pêcheurs au large, ils avaient tendance à s’en foutre un peu de savoir s’ils étaient dans les eaux russes ou ukrainiennes alors des hélicos russes venaient parfois les repousser, ils tiraient dans l’eau et repartaient. Les pêcheurs s’en foutaient, ils voulaient juste pêcher en fait. Maintenant c’est interdit de prendre la mer de ce côté et il faut être courageux pour le faire, les ukrainiens ont mis des mines sous-marine partout » raconte le chauffeur du taxi qui nous a suivi jusque dans les décombres d’un ancien restaurant dont la terrasse était située sur la plage. Au loin, un véhicule de l’armée utilise la plage pour remonter plus rapidement au front, les soldats s’amusent à mordre les vagues et à déraper dans le sable avant de tourner sur leur gauche et de s’engouffrer dans l’une des ruelles du quartier.

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La plage vide de Shirokine
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Dans le garage d’une ancienne maison de vacances, quelques traces d’une vie passée
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L’une des trois ambulances offertes par les américains à l’armée ukrainienne
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La rue principale du « quartier balnéaire » de Shirokine

Nous reprenons la route vers la ville voisine de Berdyansk, le soldat qui nous accompagne explique : « Il va falloir rouler le plus vite possible sans s’arrêter et en slalomant entre les mines parce que la montée vers la sortie du village est à découvert ». Les séparatistes en haut de la colline, au nord, nous, en bas, au sud. La voiture s’élance, le soldat surveille les positions séparatistes tandis que nous annonçons les mines au conducteur. Des tirs à l’arme automatique visent la voiture, le soldat s’agace, « plus vite, plus vite, aller, il faut aller plus vite là »! Le chauffeur est en panique, il est quasiment debout sur son accélérateur, oubliant presque les mines que nous ne manquons pas de lui signaler. Sortis de la zone, nous rejoignons Marioupol par la côte, en s’arrêtant au bord du lac de Vynogradne, déjà la banlieue de Marioupol. Deux jours plus tôt, deux obus de 152 mm y sont tombés. Un homme nettoie les éclats de verre; Pour la population, le traumatisme est important, personne n’a oublié la catastrophe du 24 janvier 2015, quand un tir de lance-roquette Grad séparatiste avait causé la mort de 30 personnes dans les faubourgs de la ville portuaire.

Texte et photos, Paul Gogo.

Allez jeter un coup d’œil aux photos d’Olya sur sa page Hans Lucas.

« La « hipster » du Donbass »

          Il fait super froid. D’ailleurs, la pluie s’est transformée en neige, et la nuit est tombée. Ce n’est que la deuxième fois que je rencontre cette fille, Ioulia. Nous nous rejoignons dans le centre de Kiev. La première fois que je l’ai rencontrée, c’était un an plus tôt, dans le Donbass.

Cela s’est passé par hasard. J’étais en vadrouille dans l’est de l’Ukraine avec Vadim, un ami ukrainien exilé à Kiev après avoir été kidnappé par les séparatistes à Lougansk. Nous nous étions arrêtés dans une petite ville proche du front. Les volontaires qui nous avaient emmenés ne voulaient pas dormir à l’hôtel alors que nous venions de passer 48h dans la voiture par -10. Vadim m’avait parlé d’une amie, Ioulia, qui vivait dans ce village. Nous l’avions rencontrée dans le seul restaurant de la ville dans lequel nous avions englouti un mauvais bortsch et un plat indescriptible nommé « quelque chose po-fransouski » qu’elle nous avait déconseillé de commander. Puis elle nous avait emmené chez elle, une maison de bois, à travers les rues vides, recouvertes par la nuit et la neige. Sa mère professeure, son père ingénieur, nous avaient accueillis à l’entrée, contents de voir leur fille ramener des amis à la maison. Puis nous avions traversé le couloir pour atteindre sa chambre, son lieu de vie, son univers d’artiste du quotidien, d’artiste de la question existentielle.

Ioulia et moi avons le même âge, le même sens du rêve, une nostalgie parfois sombre, parfois salvatrice et des goûts musicaux en conséquence. Elle est grande, elle a de longs cheveux bruns, de beaux yeux, un sourire qu’elle n’ose montrer par timidité et un charme qui dépasse largement son côté sombre. Après nous avoir proposé de s’asseoir sur son lit, verre de vin rouge en main, elle avait lancé du Joy Division sur son ordinateur, histoire « d’égayer » la soirée.

Sa chambre est à son image, un peu sombre, mais aménagée comme un lieu destiné à l’imaginaire et à l’expression des sentiments et des rêves. Quelques bougies, plein de bibelots, un énorme sapin de Noël et un gros chat blanc endormi en son pied. Sa chambre est son monde, celui d’une jeune de 25 ans vivant à la campagne et qui se sent un peu seule. À Kiev, Paris ou Londres, elle serait facilement qualifiée de « hipster ». Mais elle a choisi de rester dans sa bulle. Cette ville du Donbass sidérurgique, celui des gueules noires et des babouchki devenues veuves top tôt. Pas facile lorsqu’on est une jeune femme de 25 ans à l’imagination et à la nostalgie débordantes. « Tu imagines, il n’y a personne qui ne partage mes passions dans cette ville m’explique-t-elle aujourd’hui. Les jeunes de mon âge ils quittent la ville ou ils trouvent du travail dans le coin. Moi je ne sais pas quoi faire ici, mais d’un autre côté, je suis une fille de la campagne, pas une fille de la ville, je ne monterai pas bosser à Kiev ».

Vu du lit sur lequel nous étions assis, au chaud, avec un verre de vin, le monde extérieur paraissait bien hostile.

Il est bien hostile d’ailleurs.

Plus tôt dans l’après-midi, un an après notre première rencontre, Ioulia m’a appelé, « Je suis à Kiev en ce moment, ça te dit qu’on se voit ? Par contre, réfléchis bien parce que je te préviens, je suis totalement déprimée ». L’Ukraine m’a habitué aux drames, je la rejoint en ville.

Je la retrouve devant l’entrée du métro Zoloti Volota, elle est habillée en noir, lunettes de soleil sur le visage, avec un joli sourire qu’elle ne peut s’empêcher d’excuser en le mettant sur le compte de la nervosité. Elle réclame instantanément un café, puis une bouteille de vin. Ioulia a besoin de boire.

En quelques minutes nous nous retrouvons dans le parc situé en haut du funiculaire, dans une aire de jeux pour enfant, surplombant le quartier de Podil, dans le jardin du monastère de Saint-Michael. « Tiens, prends mes clés, ouvre la bouteille » me lance-t-elle. Les derniers enfants quittent les toboggans avec l’arrivée de la nuit et le retour de la neige. J’enfonce la clé dans le bouchon qui tombe dans le vin. La bouteille de vin ukrainien la moins chère que l’on ait trouvé.

« C’est quand même magnifique en bas, la vie peut être super belle parfois » lance-t-elle, en montrant le quartier de Podil du doigt. « Bon, raconte-moi ce qui te mène ici » lui demande-je. « Je suis dans une situation totalement « pizdets » (fucked up). Tu sais, je m’ennuie dans ma ville, je n’ai qu’un voisin avec qui je m’entends, un garçon, mais il a 17 ans, alors tout le monde me juge dans le village parce que les gens s’imaginent des choses. Bon, bref, pour m’occuper, je vais souvent à Odessa, je participe à des raves là-bas. C’est un monde particulier, mais on y boit, on y fume, on s’y drogue et je m’y suis fait beaucoup d’amis. Ce n’est pas mon avenir, je n’y rencontrerai pas de copain, mais au moins, ça m’occupe et je rencontre des jeunes qui me ressemblent. En début de semaine, j’étais à Odessa pour une soirée. C’est un vieux pote de 32 ans qui nous accueillait. ça se passait bien jusqu’au moment où il a sauté par la fenêtre. Je crois qu’il pensait pouvoir voler.

Après avoir fait des analyses, les policiers n’ont pas retrouvé de traces de drogue dans son sang, et comme j’étais à côté, ils commencent à insinuer que c’est parce qu’il était suicidaire ou même que je l’aurait tué. Alors oui, je le déteste maintenant, mais pour toutes les emmerdes qu’il m’apporte. Il me soûle ce con. Il était super sombre voire à moitié suicidaire, mais ce n’est pas un suicide, il était juste en plein « bad trip », c’est ce que j’ai essayé d’expliquer à la police. Du coup, je lui en veut tellement que je ne suis pas allé à son enterrement. Et maintenant, sa famille m’en veut. Elle va débarquer à Kiev la semaine prochaine, ils vont venir de Sibérie pour aller voir la tombe de leur fils.»

Ioulia se répète, enchaîne les clopes, mais ne montre pas d’émotions.

« Son père est un criminel, mon pote m’a raconté qu’il a déjà tué quelques personnes, donc du coup, je ne sais pas trop comment aborder le sujet avec lui… Et s’il me retrouve ? Et s’il va voir mes parents ? Mais en même temps je devrais sûrement le rencontrer pour lui expliquer ce qu’il s’est passé. La dernière fois que je l’ai eu au téléphone, il m’a insulté, j’ai tout enregistré. »

La bouteille de vin arrive déjà à sa fin, ses amis n’arrêtent pas de lui écrire, ils s’inquiètent pour elle. « Je suis un peu chiante pour eux, ils m’hébergent dans leur appartement, je leur parle tout le temps de mon ami, on a passé nos deux dernières soirées à pleurer tous ensemble ». Nous sommes ivres, la bouteille est vide, nous reprenons le chemin du métro.

Dans la longue descente vers les quais du métro, elle ne peut s’empêcher de s’excuser, « désolé, je viens de te ruiner ta soirée, en plus on est bourrés maintenant, on a l’air malins, enfin pour moi c’est pas grave, je vais à une soirée là, tu veux venir d’ailleurs ? »

« Ne t’inquiète pas, tout va s’arranger, penses à ton futur et calme toi sur l’alcool et la drogue. Je vais rentrer chez moi, fais moi signe si ça ne va pas, je suis encore dans le coin quelques jours… ».

Mais Ioulia a déjà sauté dans sa rame de métro.

Paul Gogo

*Prénoms modifiés.

**Histoire non destinée à une publication presse.

Ouest-France. « À quoi ressemble une ligne de front ? »

Reportage publié dans l’édition du Soir de Ouest-France.

Les photos sont de la photographe Olya Morvan.

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Infographie Ouest-France

Une ligne de front ou ligne de démarcation représente une frontière occupée par des armées ayant souvent pour objectif de déplacer cette ligne. Le front peut être actif ou gelé, mais dans tous les cas, la vie y est beaucoup plus présente que ce que l’on peut imaginer. À quoi ressemble une ligne de front en 2016 ? Voici celle du conflit ukrainien, en dix images (…)

Radio VL : En Ukraine, Babi Yar ou les prémices de la solution finale

L’Ukraine voit se refermer cette semaine une dizaine de jours de commémorations des 75 ans du massacre de Babi Yar. Concerts, expositions, conférences, cérémonies, le pays a mis les petits plats dans les grands pour accueillir les centaines de personnes venues saluer la mémoire des dizaines de milliers de morts de ce génocide.

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Les 29 et 30 septembre 1941, 33.700 juifs ukrainiens étaient appelés à se rendre à proximité du ravin de Babi Yar, à proximité du centre de Kiev, sans savoir ce qui les attendaient. Sur place, dépouillés de leurs effets personnels, alignés, hommes et femmes de tous âges se faisaient alors abattre en masse avant d’être poussés et enterrés au pied du ravin. Il s’agit du plus terrible épisode de cette période pré camps de concentration appelée « Shoah par balles », annonciatrice de la solution finale. Toute la semaine, les survivants de se massacre n’ont cessé de raconter leurs terribles histoires dans les médias. Les survivants et témoins de ce massacre ont été particulièrement sollicités durant ces derniers jours, à l’image de Galyna Yakivna Kozyra, survivante de ce génocide dont le témoignage a été mis en avant par les organisateurs des commémorations : « Ma mère parlait plusieurs langages dont l’allemand. Elle m’a pris, moi et mon frère et nous a emmené voir un officier allemand. Elle lui a demandé, « que va-t-il se passer ensuite? ». L’officier lui a répondu, « il n’y aura pas de suite ». Il y avait énormément de fumée, quelle odeur horrible. Qu’est-ce qui brûlait? C’était des corps » raconte-t-elle. Galyna parviendra à échapper au massacre, pas sa mère.

Babi Yar © Paul Gogo

Un mémorial de la Shoah annoncé

Il faut savoir qu’il existe pour trouver le ravin Babi Yar (ravin des bonnes femmes en russe) de 2016. Le lieu est devenu un parc destiné à la promenade des habitants du quartier, seule une petite stèle rappelle l’importance historique du lieu. Des allées et autres aménagements ont bien été réalisés ces derniers temps, mais rien qui ne soit vraiment à la hauteur du drame alors qu’il existe une centaine de mémoriaux dédiés à Babi Yar à travers le monde. Pour remédier à cela, un groupe d’oligarques, d’hommes politiques et de célébrité ukrainiens et russes ont profité de ces commémorations pour annoncer le lancement d’un projet de mémorial de l’Holocauste sur le site. Un projet maintes fois annoncé, mais jamais financé, qui prend subitement son envol.

C’est le maire de Kiev, Vitaly Klitshko qui est à la tête de ce projet. Devant les plus gros porte-monnaie du pays, il a annoncé l’inauguration de l’ouvrage dans les cinq ans. Un projet qui se veut gigantesque, à l’image de ceux d’Auschwitz ou Buchenwald, c’est en tous cas ce que souhaitent les donateurs. Il existe une centaine de mémoriaux à travers le monde en hommage à Babi Yar, mais pas en Ukraine. Pourtant, l’épisode ne peut être considéré comme mineur et le projet a un sens philosophique, il touche à l’identité du pays: « Avec Babi Yar, ils ont compris qu’ils pouvaient tuer des gens en masse. Fin septembre, ils ont trouvé comment procéder : en organisant des fusillades massives réalisées par les Allemands, à l’aide de la population locale. C’est ainsi qu’ils ont assassiné 95% des Juifs sur les territoires occupés de l’Allemagne nazie. Auschwitz et ses chambres à gaz sont arrivés plus tard mais ce n’était qu’un changement de technique. C’est bien Babi Yar qui a montré au départ que Holocauste était possible » n’a cessé de répéter cette semaine, l’historien américain Timothy Snyder, spécialiste de la question, de passage à Kiev. « Ces commémorations sont importantes pour l’Ukraine actuelle. La commémoration de Babi Yar prouve que la société civile ukrainienne fonctionne. La critique et l’analyse profonde de l’histoire sont un bien meilleur moyen de créer une nation que l’invention de mythes » estime l’historien.

© Paul Gogo Babi Yar

Souvenir et contre-propagande

Aussi important et louable soit le projet, sa mise en œuvre entre en jeu dans un timing loin d’être anodin. Celui du conflit ukrainien. Depuis deux ans, la presse russe tente de répandre l’idée d’une Ukraine victime d’un putsch dont les dirigeants seraient des nazis. Propagandes et contre-propagande s’affrontent depuis en permanence sur le sujet car ce mythe y est pour beaucoup dans le soulèvement armé du Donbass. Si Babi Yar est commémoré tous les ans, c’est bien la première fois qu’il prend des formes de « show hollywoodien », pas anodin dans le contexte d’une Ukraine en guerre. Le président Porochenko, n’a d’ailleurs, comme à a son habitude, pas manqué de faire une allusion au conflit lors de son discours d’annonce du projet : « La communauté juive se tient depuis le début aux côtés des autres citoyens ukrainiens pour défendre notre patrie. Nous, ukrainiens, apprécions particulièrement et nous n’oublierons jamais ce fait ». Devoir de mémoire national et/ou argument de contre-propagande, c’est bel et bien l’investissement réel des instigateurs de ce projet souvent repoussé qui prouvera la réelle valeur de cette annonce.

Paul Gogo.

Dans les coulisses du service de presse de Donetsk. Mis à jour le 10/08/16.

Ces « leaks » ont été publiés sur Twitter d’une façon particulièrement étrange. Publiés en alpaguant le SBU puis supprimés quelques heures plus tard. La méthode et le contenu rappellent la méthode Mirotvorets dont certains dossiers mis en ligne à l’époque apparaissent de nouveau, actualisés, dans ces « Donetsk Leaks ». D’un autre côté, à la lecture de ces mails, il apparait que les données personnelles des journalistes passent finalement au second plan, tant les querelles internes deviennent rapidement passionnantes à découvrir.

En attendant de comprendre dans quel but, et par qui ces informations ont été mises en ligne,il convient de dénoncer le silence honteux des ukrainiens. Les atteintes aux journalistes et à la liberté de la presse se font de plus en plus nombreuses ces dernières semaines en Ukraine, et sont à chaque fois suivies d’un silence étourdissant des autorités. Cette fois-ci, nos données se retrouvent une nouvelle fois en ligne, mais pire, nous avons maintenant la preuve, et en détail, que depuis un an, les séparatistes se sont employés à empêcher les médias de travailler dans leur zone. Une situation qui ne devrait pas être négligée ni par l’Ukraine, ni par les organisations internationales (l’OSCE en première ligne), tant la désinformation et la propagande ont des conséquences visibles, directes et importantes sur le front et sur l’avenir du conflit.

Il est également à noter que le peu de médias ukrainiens qui se sont « emparés » du sujet, s’en sont servis pour attaquer la chaîne Inter, une nouvelle fois victime d’une chasse aux sorcières.

Les faits

Jeudi 4 août au matin, un compte Twitter sensé appartenir à Tatiana Egorova, responsable des accréditations presse en auto-proclamée République Populaire de Donetsk, a diffusé un étrange tweet : « Moi, Egorova Tatiana S., employée du MGB (ministère de la sécurité d’état) de la DNR, je ne peux plus mentir et je ne veux plus permettre à d’autres de le faire« . Le SBU tagué, et un lien Dropbox publié. Dedans, 1 449 e-mails et tout autant de pièces-jointes hackés sur la boite mail de la secrétaire. La lecture minutieuse des e-mails laisse entrevoir la vie quotidienne de ce service chargé de contrôler et d’empêcher le travail des journalistes dans le Donbass. Un quotidien fait de complots, d’espionnage, de conflits entre les « fonctionnaires », d’amour, de rebondissements… Bref, une vrai sitcom qui aurait pu être humoristique si elle n’avait pas entraîné une suppression du droit de parole aux gens du Donbass qui, eux, ne sont pas payés pour vivre à Donetsk et vivent bel et bien toujours sous les bombes.

tweet initial

Qui sont les personnages principaux ?

  • La boite mail est gérée par Tatiana Egorova, une fonctionnaire du service de presse des séparatistes de Donetsk chargée de délivrer les indispensables accréditations sur place.
  • La majorité des correspondances ont lieu entre cette Tatiana, et Janus Putkonen, finlandais, responsable du service chargé d’enquêter sur les journalistes mais aussi rédacteur sur le site internet « Doni news », site créé par plusieurs étrangers, payés pour diffuser le message unique de la DNR.
  • Quelques e-mails d’un subalterne de Janus Putkonen, Laurent Brayard, y apparaissent. Brayard est bien connu des journalistes français dont nombre d’entre-eux se sont déjà fait insulter et diffamer sur ses blogs personnels. Il y apparait comme étant légèrement parano, à plusieurs reprises persuadé que des complots se montent dans son dos pour le pousser à quitter Donetsk. La lecture des e-mails montre que Brayard s’est effectivement fait pas mal d’ennemis en quelques mois de présence. Les menaces et rumeurs diffusées à son encontre finiront par l’effrayer suffisamment pour qu’il décide de quitter Donetsk.
  • Svetlana Kissileva, rédactrice à « Novorossiya today »apparait également dans plusieurs e-mails. Brayard l’accuse à plusieurs reprises de vouloir sa perte et d’avoir milité pour sa déportation. Mais c’est semble-t-il elle qui a fait venir Brayard et Erwan Castel (un vieux de la vieille, français dont la participation aux conflits armés est devenu son métier) à Donetsk lors de l’organisation d’un « congrès anti-fascistes » et ce, depuis Moscou (où Brayard vivait). Le rôle de Kissileva dans ce groupe d’étrangers n’est pas clair mais elle semble particulièrement proche de l’Unité continentale (un groupe de combattant français ultra nationaliste, d’extrême droite) et elle dirige un groupe nommé « Novopole », groupe d’extrême droite. Elle était à l’origine plutôt dans le camp de Brayard, dont elle a fait un bon collègue de « ré-information » (toujours garder en tête que nous vous mentons!) jusqu’à qu’elle s’en prenne à lui. Laurent Brayard n’a pas l’air d’être un collègue facile à vivre.
  • Christelle Néant, une française arrivée à Donetsk quelques semaines avant que Laurent Brayard ne disparaissent des écrans radar. Peu d’informations apparaissent à son propos dans ces leaks.

Le traitement de la presse en DNR

Janus, roi du journalisme à Donetsk le déclare plusieurs fois dans ses mails : L’objectif est « de remporter la guerre de l’information« , c’est une obsession chez lui. Pour rappel, un journaliste, lui, contournera la guerre de l’information (par définition menée par des communicants, entre communicants) en informant les gens. Dans les premiers mails, le service de presse de la DNR organise le montage d’un reportage TV destiné à être diffusé sur les médias locaux. Il y a également une revue nommée Панорама (Panorama), dont la responsable de la boite mail reçoit régulièrement les bons à tirer. Elle s’agace parfois d’y trouver des informations trop tristes, ou des informations qui ne correspondent pas au message officiel. Le tout est rapidement corrigé et approuvé à coups de smileys. Elle valide également les reportages d’un certain Sergeï Karpii, journaliste pour un programme de Donbass TV nommé comme la série à découvrir plus bas, « Le facteur humain ».  Il va sans dire que ces fuites montrent clairement qu’aucun des médias de Donetsk n’est indépendant, tous relayent les messages imposés par le service de presse. Comme un air de Corée du Nord…

Sergei corrigé
« Je n’aime pas, à réécrire » Tatiana corrige le reportage de Sergeï lorsqu’une personne interrogée critique la vie en DNR.

La guerre de l’information plus facile sans médias

C’est l’information principale de cette fuite. Les séparatistes du Donbass s’emploient clairement depuis un an à empêcher les journalistes étrangers qui ne respectent pas leurs éléments de langage de venir en DNR (à noter que l’autoproclamée République populaire de Lougansk, LNR, travaille désormais de la même façon en collaboration avec la DNR). La chose est faite en masse, peu de journalistes voient aujourd’hui leurs demandes d’accréditations acceptées. Si les journalistes étaient nombreux à avoir compris la situation, ceci permet désormais d’expliquer aux lecteurs du monde entier pourquoi ils entendent moins parler de Donetsk depuis quelques mois… Il n’y a que la BBC qui bénéficie d’un traitement de faveur : Mail 0-970″La BBC n’est pas « friendly » avec la Russie ni avec la DNR. Mais c’est mieux de leur donner les accréditations parce qu’ils ont de l’influence » explique Janus.

Refus
Le service de presse interdit de visite un photographe français sous prétexte que certaines de ses photos ont fait état de la présence de tanks russes et a utilisé le mot « séparatiste » dans ses légendes.

Plus le temps passe, plus les refus se multiplient, et avec le temps, les réponses positives sont souvent conditionnées à une rencontre avec Janus ou Brayard. Si l’équipe semble avancer en roue libre, il est tout de même question dans l’e-mail 0-1184 à l’intitulé « Top secret », d’un « officier de Moscou » attribué à l’un des collègues de Janus. Ce collègue s’étonnera de sa présence auprès de Janus qui lui répondra un simple « TOP SECRET ». Un James Bond en puissance le Janus.

En parlant de secrets, Janus adore ça les mails à l’objet « Top secret ». Il en envoie très régulièrement à sa secrétaire préférée. En fait, ces e-mails n’ont que peu d’intérêt, il s’agit d’une liste de journalistes particulièrement surveillés (Le Monde, le Figaro, l’AFP, la BBC…) dont toutes les publications sont quotidiennement listées par le service de presse. L’objectif, réagir rapidement si l’un de ces médias se met à publier des choses trop déplaisantes. à noter qu’une autre liste, celle déjà publiée plusieurs fois par des hackers ukrainiens apparait elle aussi très régulièrement mise à jour dans les e-mails de nos deux personnages principaux. Du vert pour les journalistes copains jusqu’au rouge pour les journalistes méchants.

rouges
Les journalistes méchants.

Le fonctionnement du service

Une grande partie des e-mails reçus sont des demandes d’accréditations venues du monde entier. Nous connaissons tous cette adresse que nous avons toujours utilisé pour faire nos demandes d’accréditations. C’est pour cela que ce leak contient une nouvelle fois tant de données personnelles de journalistes. Car à chaque demandes nous envoyions des photocopies de nos passeports et l’objet de nos déplacements à cette secrétaire.

Une fois la demande reçue, la secrétaire demande à Janus si elle peut l’accepter. Janus (où ses collègues) enquêtent (tapent nos noms sur Google) et déterminent notre appartenance au camp des gentils ou des méchants en s’attachant à la réputation du média, du journaliste, et à ses dernières publications.

Il apparait dans au moins deux e-mails que les « fonctionnaires » de ce service sont payés pour y travailler. Dans son émouvante lettre d’adieu, Laurent Brayard explique que lors de son arrivée Svetlana Kissileva lui avait proposé de recevoir 200 € par mois ou 100€ plus un appartement gratuit. Brayard a choisi la seconde proposition. à noter que Brayard est accusé par ses ex collègues d’avoir également bénéficié de financements issus de dons pour vivre à Donetsk. Ce qu’il nie.

Il est à noter que si, comme précisé précédemment, le service a l’air d’agir en roue libre, il apparait au cours des e-mails qu’une hiérarchie garde le service à l’œil. D’ailleurs, certaines décisions de cette hiérarchie auraient tendance à agacer les membres de Doni press des articles pour « l’agence de presse » officielle de la DNR, de travailler comme ils le souhaiteraient. Laurent Brayard s’en fait plusieurs fois l’écho dans des e-mails énervés dans lesquels il regrette de ne pas pouvoir aller travailler sur le front et faire « son travail de journaliste« . Une ironie du sort pour cet homme chargé d’empêcher les vrais journalistes de faire leur travail…

 Les volontaires

Des volontaires écrivent régulièrement à Janus afin de rejoindre les rangs de « l’armée séparatiste ». Ils sont majoritairement français. Ils sont nombreux et envoient leurs passeports et parfois une petite lettre de motivation. Les séparatistes ont beau se battre « contre les nazis ukrainiens », chez les volontaires français, la majorité d’entre-eux sont étroitement liés … au Front National. Plus de détails à venir.

Les visiteurs étrangers

Autant dire que les politiciens, écrivains et chercheurs venus légitimer la DNR sont majoritairement français. Et majoritairement proches de l’extrême-droite et des mouvements anti-atlantisme. D’ailleurs, des représentants du Front-National se font régulièrement inviter à Donetsk. Plus d’informations à venir.

Les perles

  • Mail 0-60. On y retrouve le scénario de « Facteur humain », une série en grande partie tournée à Donetsk et à priori produite par les séparatistes, une sorte de « feux de l’amour » qui se déroule sous les bombes. Pas commun. (Un épisode de Человеческий фактор).
  • Mail 0-1089. Laurent Brayard, le français en charge des accréditations liées à la presse française se retrouve chargé d’une mission particulière par un certain Gérard. L’aider à retrouver sa chérie ukrainienne qui a rejoint le Donbass sans le prévenir. Gérard a rencontré sa jeune et jolie ukrainienne sur un site internet destiné aux rencontres. Dans son email adressé à la DNR, avec lettres d’amour et passeport de sa bien aimée en pièces-jointes, Gérard l’affirme, »au départ, un réel amour s’est installé. » Mais le conflit ayant éclaté dans le Donbass, il décide de ramener sa Yuliia, 28 ans,originaire de Gorlivka (sous contrôle séparatiste et particulièrement touchée par les bombardements) en Auvergne. Là-bas, Yuliia tombera enceinte. Sauf que ce coquin de Gérard ne souhaitant pas laisser son amoureuse retourner voir sa famille à Gorlivka, c’est elle qui finira par filer à l’anglaise et disparaître définitivement. Une histoire d’amour brisée entre le Donbass et l’Auvergne, le tout à base de rencontre virtuelle, incontestablement le winner de ce leak. (L’objet initial de ce mail est « French lover »).
  • Les jeunes de la droite Populaire grillés. Dans un email (23/12/15) à entête « Les Républicains », Pascal Ellul, président des jeunes de la droite populaire déclare son amour pour les séparatistes (et avoue avoir fréquenté Thierry Mariani, désormais fameux relais du Kremlin en France, avant d’écrire son message. Ceci explique cela. Courrier Jeunes Droite Populaire) : « Nous serions ravis et surtout très honorés de pouvoir constater par nous-mêmes la réalité du terrain et pouvoir être des relais en France de ceux qui se battent pour la liberté ». On remercie au passage « la presse libre » d’avoir donné à Pascal un accès à la vérité vraie et on attend avec impatience les photos des jeunes de la droite populaire en visite diplomatique sous les bombes de l’aéroport de Donetsk.
  • Pas facile la vie de séparatiste non reconnu par la Russie… Dans un email envoyé le  31 mars 2016 (Incident de mon interrogatoire le 17 février 2016 à Novoazov-EN), Laurent Brayard fait un « rapport d’incident ». Lors d’un retour de Moscou à Donetsk via Rostov-sur-le-Don et Novoazovsk, Lolo se fait longuement interroger par le FSB. Au delà de l’anecdote, l’histoire illustre les chamailleries entre séparatistes français car Brayard accuse un de ses camarades, Laurent Courtois, supposé proche de la fameuse Svetlana Kisileva, de l’avoir accusé d’être un ennemi de la Russie. L’insulte suprême quand on donne sa vie pour la DNR !
  • Email 0-1139. Le nazi. Si tous les séparatistes ne sont pas hostiles à l’idéologie néo-nazie, il faut au moins reconnaitre à Laurent Brayard que lui, les néo-nazis, il n’aime pas ça. D’autant plus quand la personne accusée a été décorée par Igor Strelkov à Moscou… Alors forcément, lorsqu’il découvre qu’un des français les plus connus de Donetsk est un adepte de l’idéologie nazie… Brayard au rapport !
  • Bloqué. La galère de tout touriste lorsqu’on est à l’étranger, perdre ses papiers… C’est ce qui est arrivé à Erwan Castel, volontaire français, ancien officier de l’armée française. Dans une lettre adressée à Vladimir Poutine, il demande désespérément de l’aide au président, comme on demandait de l’aide directement à Staline ou Lénine à une certaine époque… Et pour cause, l’ambassade de France en Russie ne pouvant rien faire pour lui, elle lui a suggéré de se rendre à l’ambassade de France … En Ukraine. Conscient qu’il n’arriverait pas à Kiev libre, le combattant préfère rester à Donetsk en attendant des nouvelles de la Russie.
  • Grosses couilles de russes. Parlant de notre Laurent Brayard national, un autre français, militant de la DNR décrit le Donbass en ces termes dans une impression d’écran trouvée dans une pièce-jointe : couilles du Donbass

Une vision particulière du « monde russe ».

La suite, ici !

Paul Gogo